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Séquelles des traitements : quelle recherche pour quelle prévention ?

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Chimiothérapies et radiothérapie sont des traitements dont les effets indésirables sont parfois lourds, y compris à long terme. Prévenir les séquelles de ces traitements est un axe prioritaire en cancérologie. La Fondation ARC s’y engage dans le cadre d’un programme d’actions pour développer une prévention personnalisée  proposant des outils pour adapter les traitements, le suivi et les recommandations à chaque patient, adultes et enfants.

20170213 lna84On connait bien les effets indésirables que peuvent avoir à supporter les patients atteints de cancers pendant leurs traitements : douleurs, nausées, fatigue intense, fragilité immunitaire… Malheureusement, ces traitements peuvent aussi avoir des répercutions – parfois graves – des années plus tard. Seconds cancers et maladies cardiovasculaires font ainsi partie des pathologies à surveiller chez les anciens patients. Au-delà de la surveillance, les chercheurs élaborent des outils de prévention à destination des anciens patients mais aussi de ceux qui sont actuellement soignés. 

Traitements de l'enfant et risque cardiovasculaire

Les chimiothérapies et les traitements de radiothérapie réalisés dans la zone thoracique augmentent le risque de maladies cardiovasculaires (MCV), une observation particulièrement vraie chez les enfants traités pour un cancer qui, 30 à 40 ans après les traitements, présentent un taux de MCV bien plus important que celui de la population générale. Ces personnes doivent donc bénéficier d’un suivi à très long terme et être accompagnées pour adopter des comportements préventifs (arrêt du tabac et limitation de l’alcool, maintien d’une alimentation équilibrée, pratique d’une activité physique…).

Afin de permettre un suivi et un accompagnement adaptés au niveau de risque de chaque ancien patient, Rodrigue Allodji (biostatisticien) et Agnès Dumas (sociologue) à Gustave Roussy (Villejuif) ont mis sur pieds le projet CHART, que la Fondation ARC a choisi de soutenir à hauteur de 309 000 euros dans le cadre de son engagement en prévention tertiaire1. L’objectif des chercheurs est de faire correspondre, pour chaque profil d’ancien patient, un niveau de risque de MCV et des recommandations de prévention. Selon les chercheurs, l’algorithme actuellement disponible pour établir un niveau de risque est trop peu précis et inadapté aux patients français : mis au point aux États-Unis, ce « test » est adapté à cette population, dans laquelle les facteurs de risques ne sont pas identiques à ceux de la population française (alimentation, sédentarité, pratiques médicales…) ; par ailleurs, il ne prend en compte ni les antécédents familiaux ni les comportements de santé.

Pour mettre au point l’algorithme CHART, les chercheurs s’appuieront sur une cohorte conséquente de quelques 7 000 anciens patients suivis depuis plus de 20 ans. Pour chacun d’eux, la dose cumulée de chimiothérapies cardiotoxiques administrées et la dose d’irradiation reçue précisément au niveau du cœur seront recueillies. S’ajouteront les antécédents familiaux et les habitudes de chacun en termes de tabagisme, de consommation d’alcool, de sédentarité ou d’alimentation, autant de facteurs susceptibles d’influer drastiquement sur le risque de MCV.

Une fois construit, l’outil pourra attribuer un profil (lequel correspond à un niveau de risque) pour chaque personne ayant été traitée dans son enfance. Des recommandations de suivi et de prévention spécifiquement adaptées à sa situation pourront ainsi lui être adressées pour qu’il puisse agir sur ce risque.

Intégré à un logiciel destiné aux professionnels de santé, l’algorithme permettra aux oncologues, cardiologues ou médecins généralistes de réaliser le suivi des anciens patients. Il est aussi prévu que l’outil soit disponible sur Internet, pour que toutes les personnes qui ont été traitées pour un cancer dans leur enfance puissent s’en saisir et « visualiser » leur niveau de risque ainsi que les moyens qui sont à leur portée pour le réduire.

Prévention des risques de seconds cancers dès les traitements du premier

Pour prévenir les effets secondaires d’un traitement, certains chercheurs tentent aussi d’intervenir plus tôt… dès le choix du traitement en question ! C’est le cas de Thierry Frébourg et de son équipe du CHU de Rouen, qui portent un vaste projet destiné à améliorer la prise en charge des patients atteints du syndrome de Li-Fraumeni, sélectionné en 2014 par la Fondation ARC (financement de 350 000 euros sur trois ans). Chez ces patients, une mutation du gène P53 provoque non seulement un risque accru de cancers qui peuvent survenir dès l’enfance, mais aussi de seconds cancers, déclenchés par les traitements du premier.

Le mécanisme sous-jacent est désormais relativement bien connu : les mutations de P53 entrainent à la fois une mauvaise réparation des erreurs qui surviennent dans le patrimoine génétique mais aussi l’arrêt des mécanismes de suicides des cellules ayant accumulé trop d’anomalies. Lorsque les patients touchés par ce syndrome reçoivent des chimiothérapies ou de la radiothérapie, dont le mode d’action est justement d’introduire des anomalies dans le patrimoine génétique (on parle de traitements génotoxiques), le phénomène est amplifié et peut se traduire par le développement de nouveaux cancers.

Face à la situation des familles touchées par le syndrome de Li-Fraumeni, Thierry Frébourg et de ses collaborateurs ont mené deux batailles parallèles : grâce à une étude détaillée de 214 familles, ils ont d’abord pu mieux décrire les nombreuses mutations de P53 et les associer aux différents degrés de sévérité du syndrome. Ayant mis au point un test de génotoxicité, ils identifient actuellement in vivo les traitements les moins génotoxiques qui permettraient de réduire le risque de seconds cancers chez ces patients à haut risque.

Idéalement, les oncologues devraient pouvoir choisir, sur la base d’une analyse génétique de P53, le traitement qui permettra de combattre au mieux la tumeur de leur patient, sans pour autant augmenter ses risques de développer un second cancer quelques années plus tard. Une prise en charge parfaitement personnalisée en somme, du traitement anti-tumoral à la prévention de ses effets indésirables.

Pour en savoir plus, consulter notre dossier de presse.

R. D.

1. La Fondation ARC pilote l’action 8.7 du Plan Cancer 2014-2019, qui vise à favoriser l’observation et la recherche dédiée à la prévention des séquelles des cancers. L’appel à projet « La prévention tertiaire en cancérologie » a été lancé en juillet 2016 par la Fondation ARC et l’Institut national du cancer.

Dernière mise à jour : 15-02-2017

Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, reconnue d'utilité publique

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