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12 septembre 2013

Lutter contre les virus responsables de cancer

Près d'un cancer sur six dans le monde est associé à une infection. De nombreux virus sont notamment responsables de l'apparition de cancers, selon des mécanismes complexes qui font l'objet de nombreux projets de recherche.

Les infections, qu'elles soient causées par des bactéries, des parasites ou des virus, sont à l'origine de multiples maladies et, on le sait moins, de nombreux cancers.

Une étude publiée en 2012 par la revue britannique The Lancet a évalué le poids des infections dans les cas de cancers1. Environ 2 millions de nouveaux cas de cancers seraient ainsi associés à une infection, soit environ 16 % des cancers diagnostiqués dans le monde en 2008. Ces chiffres masquent toutefois une importante différence entre les pays développés, où les infections sont à l'origine de 7,4 % des cancers, et les pays en voie de développement où la part attribuable aux infections s'élève à 22,9 %, soit près d'un cancer sur quatre ! Quelles sont ces infections à l'origine de nombreux cancers ?

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a mis à jour en février 2009 la liste des agents biologiques cancérigènes, s'appuyant sur le travail d'une équipe de 36 chercheurs issus de 16 pays membres du consortium international2. Apparaissent ainsi 11 micro-organismes (bactéries, parasites et surtout virus) responsables de cancers touchant différents organes. Parmi eux, on peut citer le cancer de l'estomac causé par la bactérie Helicobacter pylori, l'hépatocarcinome (le cancer primitif du foie) par les virus des hépatites B et C, le cancer du col de l'utérus par les papillomavirus humains (HPV), le cancer du nasopharynx par le virus d'Epstein-Barr (EBV), le sarcome de Kaposi par l'herpèsvirus humain type 8, la leucémie/lymphome T de l’adulte par le rétrovirus HTLV-1 et ou encore certains cancers de la vessie par le parasite Schistosoma haematobium.

Des mécanismes complexes et variés

L'infection par l'un de ces virus cancérigènes (on dit plutôt oncogènes) est fréquente, même en zone tempérée ou dans les pays où l'hygiène est correcte. Toutefois, le Pr Antoine Gessain, chef de l'Unité d'Épidémiologie et Physiopathologie des Virus Oncogènes à l'Institut Pasteur (Paris), insiste : « Seule une petite partie des personnes infectées vont développer des cancers. Les virus oncogènes sont en effet des agents nécessaires mais pas suffisants pour développer un cancer. » La présence de cofacteurs, qu'ils soient de nature environnementale, socio-économique, alimentaire ou encore génétique, est essentielle pour que l'infection des cellules par un virus oncogène déclenche leur transformation en cellules cancéreuses.

« Dans la quasi-totalité de ces cancers, la cancérogenèse virale est un processus à long terme qui comporte de multiples étapes, explique le Pr Gessain. Le délai entre l'infection primaire et le développement du cancer est fréquemment de plusieurs décennies. » Ainsi, dans le cas du rétrovirus HTLV-1 (présent principalement en Amérique du Sud, dans les Caraïbes, en Afrique centrale et au Japon), l'infection, à l’origine éventuelle du développement d’une très sévère leucémie, a lieu principalement lors de l'allaitement prolongé d’un enfant par sa mère infectée. Toutefois, seuls 2 à 6 % des personnes infectées pendant leur enfance développeront ce très sévère cancer du sang et des ganglions, et le plus souvent vers l'âge de 50-60 ans.

Ainsi, il est parfois difficile d'étudier les virus oncogènes et d'établir le lien entre l'infection par un virus et l'apparition d'un cancer, d'une part, en raison de l'importance des cofacteurs (qui expliquent qu'une faible proportion des personnes infectées développe une tumeur) et, de l'autre, en raison du délai important entre les deux événements. De plus, les mécanismes de cancérogenèse sont variés et parfois encore mal connus : « Certains virus sont directement oncogènes, via l'action d'une protéine produite par le virus qui aboutit à la transformation des cellules et à l'apparition d'un cancer, comme par exemple pour les HPV. Dans d'autres cas, il s'agit d'un mécanisme plutôt indirect : le virus de l'hépatite B détruit une partie du foie, et des anomalies peuvent ensuite apparaître lors de la régénération du tissu hépatique. » Il peut également arriver que le matériel génétique du virus soit intégré de façon définitive dans l'ADN de la cellule infectée comme dans le cas de l’HTLV-1, mais ce n'est pas le cas pour tous les virus

 Enfin, les travaux de recherche visent à comprendre pourquoi les virus oncogènes sont associés à certaines localisations cancéreuses. « Il peut exister un tropisme spécifique du virus en cause pour un tissu spécifique, qui va développer la tumeur », explique le Pr Gessain en prenant l'exemple de l'HTLV-1 qui infecte principalement un type spécifique de cellules, les lymphocytes T. Dans certains cas, le tissu infecté peut dépendre du mode de transmission : les HPV, transmis lors des rapports sexuels, infectent ainsi principalement les muqueuses utérines et anales.

Un espoir : la vaccination anti-virale

Cette meilleure connaissance des mécanismes propres aux virus oncogènes a-t-elle permis des avancées pour les patients ? Le Pr Gessain reconnaît que « à ce jour, il existe encore peu de thérapeutique antivirale ciblée qui s’avère efficace contre ces tumeurs ». Même si des progrès ont été réalisés dans certains cas comme la leucémie T de l’adulte et l’HTLV-1 ou certains lymphomes liés à une infection par le virus de l’hépatite C, les cancers viro-induits restent pour la quasi-totalité traités selon les thérapies conventionnelles (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie), indépendamment de leur origine infectieuse. Toutefois, il est un domaine porteur d'espoir : le développement de vaccins pour prévenir l'infection virale et donc l'apparition des cancers associés. Ainsi, une campagne de vaccination contre quatre sous-types du HPV a été lancée il y a quelques années en France à destination des jeunes filles pour les protéger contre le risque de cancer du col de l'utérus. Grâce à une couverture suffisante, la population pourrait être ainsi protégée contre des souches de HPV responsables de 70 % des cas de cancers du col de l'utérus, ce qui pourrait faire à terme diminuer drastiquement l'incidence de ce cancer. Des essais cliniques sont également en cours pour évaluer un vaccin contre le virus d'Epstein-Barr3.

L'action de la Fondation ARC sur les cancers viro-induits

Dans le cadre du Programme d'actions intégrées de recherche (PAIR) 2011, bénéficiant du soutien de la Fondation ARC (à hauteur de 66 667 €), de l'Institut national du cancer (INCa) et de la Ligue contre le cancer, le Pr Gessain coordonne, avec le Dr Chloé Bertolus à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), un projet collaboratif, associant plusieurs équipes de l’Institut Pasteur, consacré aux cancers de la bouche. « Notre but est de rechercher une éventuelle origine virale de ces tumeurs et ainsi de mieux comprendre le développement de ces cancers avec l’espoir à long terme de mieux les dépister et de mieux les traiter » Si l'implication des HPV est d'ores et déjà suspectée dans certains cas, les chercheurs pensent pouvoir identifier d'autres souches virales associées à ces cancers. Pour cela, ils mobilisent différentes techniques d'analyse moléculaire permettant de rechercher des traces d'ADN et d’ARN viral dans les lésions malignes mais aussi précancéreuses.

La Fondation ARC finance de nombreux autres travaux sur le lien entre infection et cancers. On peut notamment citer les équipes de Sophie Caillat-Zucman (hôpital Necker, Paris) et de Julie Gavard (Institut Cochin, Paris) qui s'intéressent toutes deux aux mécanismes de la formation des cancers associés à l'herpèsvirus humain type 8, les travaux de l’équipe du Pr Gessain sur le carcinome cutané de Merkel et le polyomavirus associé et enfin les travaux de Jean-Pierre Vartanian (Institut Pasteur, Paris) consacrés aux cancers associés aux HPV.


G.F.

1 C. de Martel et al. Global burden of cancers attribuable to infections in 2008: a review and synthetic analysis. The Lancet Oncology. 2012;13(6):607-15.
2 V. Bouvard et al. A review of human carcinogens-Part B: biological agents. The Lancet Oncology. 2009;10(4):321-22.
3 J.I. Cohen et al. The need and challenges for development of an Epstein-Barr virus vaccine. Vaccine. 2013;31:B194-96.


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