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23 mars 2016

Médecines complémentaires : quelle place dans la prise en charge des patients ?

Phytothérapie, médecines traditionnelles chinoises, homéopathie, prise de compléments alimentaires, ostéopathie, hypnose… Les thérapies ou médecines dites « complémentaires » sont des recours pour de nombreux patients atteints de cancers. Pour en tirer parti de manière raisonnée en s’assurant qu’elles ne représentent pas un leurre, voire un danger, pour certains patients, médecins et chercheurs tentent d'encadrer leur intégration dans les parcours de soin.

Qu'il s'agisse de calmer des douleurs, d'amoindrir certains effets secondaires des traitements, de gérer le stress, etc. de nombreux patients ont recours aux médecines complémentaires. Pour les qualifier, les médecins distinguent bien le terme « complémentaires » du terme « alternatives » parfois aussi utilisé.

En effet, ce dernier laisse entendre que ces médecines pourraient se substituer au traitement conventionnel, ce qui en oncologie, ferait courir des risques très importants aux patients. Si les professionnels ont remarqué que le recours aux médecines complémentaires était souvent associé à une meilleure prise en main de leur santé par les patients, ils ont aussi constaté que la démarche se faisait souvent à l'insu de l'équipe soignante. Un détail qui peut avoir des conséquences sérieuses si la médecine complémentaire présente des effets secondaires ou interagit avec les traitements conventionnels prescrits ! Pour mieux encadrer ces pratiques, mais aussi pour les rendre disponibles à un plus grand nombre de patients lorsqu’elles sont bénéfiques, le corps médical cherche à intégrer ces médecines complémentaires au sein des centres de soin.

De la ville à l'hôpital

Publié en mai 2012, un rapport commandé dans le cadre du plan stratégique 2010-2014 de l'Assistante publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) faisait un inventaire des pratiques qui, d'une manière ou d'une autre, avaient déjà fait leur entrée dans l'hôpital. Acupuncture, ostéopathie, hypnose, relaxation ou toucher thérapeutique faisaient ainsi partie de la quinzaine de thérapies complémentaires proposées par l'AP-HP. Cependant, le rapport pointait le fait que la place des médecines complémentaires n'était pas encore parfaitement claire : par exemple, les intervenants comprenaient à la fois des professionnels de santé titulaires ou contractuels et des bénévoles associatifs. L’enquête montrait d’ailleurs que l'intervention des associations était particulièrement importante dans le cadre des pathologies cancéreuses.

Partant du principe que les patients se tournaient de fait vers ces approches complémentaires, la démarche d'inclure ces pratiques à la prise en charge hospitalière permettait non seulement de les rendre plus accessibles - la prise en charge en ville n'étant pas nécessairement à la portée de tous - mais aussi d'en maîtriser la teneur, afin d’éviter, par exemple, les fausses promesses ou les réels dangers sur le plan médical. Pour ce faire, une attention particulière a été portée à la formation des professionnels de santé des Centres hospitaliers universitaires (CHU). Des diplômes universitaires, traditionnellement ouverts aux médecins, ont ainsi inclus des infirmiers, des kinésithérapeutes, des psychologues cliniciens… afin que l’ensemble des équipes soignantes soit en capacité de proposer une approche complémentaire parfaitement intégrée aux traitements conventionnels de la maladie.

Une telle cohabitation dans les CHU, permettait aussi d’envisager une évaluation clinique rigoureuse de ces médecines : comment interagissent-elles avec les traitements conventionnels anti-cancer ? Lesquelles sont réellement bénéfiques, et pour quels patients ?

L’exemple des compléments alimentaires

Depuis plusieurs décennies la consommation de compléments alimentaires (vitamines, minéraux...) a augmenté considérablement en France. Censée combler des carences, stimuler le système immunitaire, faciliter la digestion... la prise de compléments alimentaires (CA) est considérée comme une médecine complémentaire en tant que telle. Au sein de l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, Mathilde Touvier, chercheuse à l’Inserm (U1153), s’intéresse à ces milliers de produits qui sont commercialisés en dehors de toute prescription médicale. Comment évaluer leurs effets, bénéfiques ou délétères pour les patients atteints de cancer ? « Dans un premier temps, des études dites « observationnelles », qui suivent un grand nombre de patients, permettent de caractériser l’effet d’un ou de plusieurs CA. Elles ont l’avantage de décrire des situations réelles et d’appréhender un grand nombre de paramètres » explique la chercheuse. Ensuite, si un effet bénéfique est pressenti pour un CA chez certains patients, des essais cliniques randomisés peuvent être mis en place. Ceux-ci comparent rigoureusement l’efficacité d’un traitement associé à la prise du CA à celle du traitement seul.

Pour Mathilde Touvier, le premier enjeu est de qualifier et de quantifier cette consommation. Pour cela elle s’appuie sur l’étude NutriNet-santé qui, en 2009, a mis en place une cohorte de près de 160 000 volontaires. Ceux-ci ont renseigné de nombreux paramètres nutritionnels et fourni divers échantillons biologiques permettant d’enrichir une bio-banque, que la Fondation ARC a contribué à créer. Parmi les « Nutrinautes » à qui un cancer a été diagnostiqué au cours du suivi, près d’un tiers des hommes et le double de femmes déclaraient avoir consommé au moins un CA après le diagnostic. Dans 45 % des cas, il s’agissait d’une automédication et plus d’un tiers des consommateurs n’avaient pas mentionné le recours à cette médecine complémentaire à leur médecin. Cette « photo » de l’utilisation des CA permet à l’épidémiologiste d’émettre une première recommandation : « dans l’absolu, il est essentiel de ne pas avoir recours à l’automédication et d’échanger avec l’équipe soignante pour savoir si la prise de certains CA peut apporter des solutions, en cas de carences bien identifiées par exemple ».

Parallèlement à cet état des lieux de la consommation, c’est une caractérisation bien plus fine des produits dont les chercheurs ont besoin. L’équipe de Mathilde Touvier s’est donc lancé un défi de taille : établir la table de composition complète des quelques 9 000 CA répertoriés en France dans le cadre de l’étude NutriNet-Santé...

Les chercheurs œuvrent pour la mise au point de recommandations précises concernant la prise de CA ou le recours à d’autres thérapies complémentaires. Dans l’immédiat, Mathilde Touvier rappelle que les patients ont à leur portée d’autres leviers dont on sait qu’ils aident à lutter contre la maladie : « arrêter de fumer, limiter sa consommation d’alcool, pratiquer une activité physique régulière ou avoir une alimentation équilibrée sont des recommandations valables pour tous les patients, sans effets délétères connus ! »


R.D.


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