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17 octobre 2016

Personnes âgées et cancer : pour une prise en charge personnalisée

La prise en charge des personnes âgées atteintes d’un cancer est un défi pour les professionnels de santé. Les traitements standards ne sont en effet pas souvent adaptés à ces patients fragiles qui nécessitent par ailleurs un accompagnement global spécifique. Grâce à une structuration nationale de l’oncogériatrie, la recherche peut aujourd’hui s’organiser, en particulier autour de grands projets fondateurs, à l’image de celui que portent Joël Guigay et ses collaborateurs : le programme ELAN.

En 2015, sur les 385 000 nouveaux cas de cancers diagnostiqués en France, l’Institut national du cancer (INCa) estimait que 234 000 concernaient des patients âgés de plus de 65 ans dont 122 000 de plus de 75 ans.

Ces chiffres, si élevés soient-ils, ne sont pas surprenants : l’âge est le premier facteur de risque de cancer. Aujourd’hui, on estime qu’environ un tiers des patients atteints d’un cancer a plus de 75 ans et cette proportion pourrait être d’un sur deux d’ici à 2050.

Structurer l’offre de soins pour les personnes âgées

Les patients âgés ne peuvent pas être pris en charge comme les adultes plus jeunes, dont la forme physique est plus solide : bien souvent le cancer doit être pris en charge parallèlement à d’autres pathologies, la capacité à tolérer des traitements lourds peut être altérée, le risque de perdre son autonomie est plus élevé…

Les autorités de santé se sont mobilisées dès le premier Plan cancer (2003-2008). À cette époque, 15 « unités pilotes » avaient été créées, intégrant différentes spécialités pour appréhender l’ensemble des besoins propres aux personnes âgées atteintes de cancers. L’enjeu était aussi, déjà, de favoriser une pluridisciplinarité dans les activités de recherche. L’oncogériatrie, qui désigne cette rencontre entre la prise en charge des cancers et la gestion de l’état de santé général des patients âgés, s’est ensuite structurée de façon plus systématique avec, en 2011, le déploiement d’unités de coordination en oncogériatrie (UCOG) ou, a minima, d’antennes d’oncogériatrie (AOG) à travers toutes les régions françaises. Leurs principales missions : permettre la diffusion des bonnes pratiques et favoriser le développement de la recherche clinique à destination des personnes âgées atteintes de cancer.

Développer une recherche clinique dynamique

Aujourd’hui, selon Joel Guigay, Professeur d’oncologie médicale thoracique et ORL et directeur général du Centre Antoine Lacassagne de Nice, « les UCOG sont bien présentes et opérationnelles sur le territoire. Elles identifient et fédèrent les professionnels de l’oncogériatrie et ont, de ce fait, contribué à la genèse du programme ELAN, qui mobilise plus de 50 centres hospitaliers à travers la France ». Initié en 2011, grâce au financement conjoint de l’INCa, de la Ligue nationale contre le cancer et de la Fondation ARC1, le programme ELAN vise à proposer un traitement personnalisé, après évaluation gériatrique, à des patients âgés de 70 ans ou plus, atteints de cancer épidermoïde inopérable de la tête et du cou. Il part d’un constat simple : les patients âgés ne sont que très rarement inclus dans les essais cliniques et les standards de traitements sont, de fait, adaptés aux patients plus jeunes. Il est donc capital de mettre au point des protocoles de soins et de suivi qui soient adaptés à ces patients fragiles.

Le premier enjeu du programme consistait à évaluer la faisabilité d’une évaluation gériatrique adaptée à la situation des quelques 450 patients inclus dans le programme : les critères de fragilité d’un patient âgé atteint d’un cancer ORL ne sont en effet pas les mêmes que ceux d’une patiente touchée par un cancer du sein. « Le test de dépistage des fragilités gériatriques doit être simple à mettre en œuvre, précise Joël Guigay, la principale raison étant qu’il faut le réaliser le plus précocement possible pour garantir les meilleures chances de prise en charge au patient. Par conséquent il doit pouvoir être réalisé par des professionnels qui ne sont pas nécessairement spécialisés en gériatrie ». En effet, si l’oncogériatrie est bien structurée en France, pour l’oncologue la discipline souffre d’un nombre de gériatres insuffisant. Quoi qu’il en soit, les premiers résultats du programme ELAN semblent montrer que cette étape d’évaluation gériatrique adaptée aux patients atteints d’un cancer inopérable de la tête et du cou est faisable – près de 450 patients ont été évalués – et permet de distinguer les patients fragiles de ceux qui le sont moins. Pour les premiers, une évaluation plus fine est ensuite possible, permettant de pointer plus précisément les fragilités critiques.

Etape suivante du projet : établir les traitements les plus adaptés aux patients, en fonction de leur état de santé général. « Grâce à cette évaluation gériatrique préliminaire, nous avons pu inclure des patients âgés de 70 à 95 ans dans des essais cliniques, en assurant évidemment un suivi parfaitement adapté ». Pour ceux qui présentaient un bon état de santé général, les chercheurs ont déjà pu montrer qu’il était possible d’envisager des traitements intensifs. Pour l’ensemble des patients du programme, trois essais sont actuellement en cours et, s’il est encore trop tôt pour parler de progression de l’espérance de vie, différents indicateurs semblent prometteurs.

Etendre le champ d’action

Grâce au programme ELAN, des essais de phase II et III ont déjà été initiés dans 55 centres, sous la houlette des docteurs Anne Aupérin (Villejuif), Hervé Le Caer (Saint-Brieuc), Cécile Mertens (Bordeaux) et Cécile Ortholan (Monaco) pour comparer des options thérapeutiques de chimiothérapie, de radiothérapie et de thérapie dite ciblée. Dans un avenir proche les chercheurs espèrent aussi proposer des essais d’immunothérapie et de chirurgie à leurs patients âgés. « L’enjeu est de faire en sorte que ces patients accèdent à l’innovation thérapeutique, pour que les options les plus adaptées soient trouvées » rappelle Joël Guigay.

Mais le médecin insiste aussi sur le fait que l’amélioration de la prise en charge ne dépend pas que du développement de la recherche clinique. Une fédération hospitalo-universitaire appelée OncoAge a ainsi été labellisée en 2016 pour réunir des établissements de santé, des universités et des organismes de recherche. Son objectif est vaste puisqu’elle doit faire émerger des projets de recherche qui touchent aussi bien à la prise en charge des patients qu’à la biologie fondamentale en passant par la formation des professionnels de santé.

« L’oncogériatrie française bénéficie d’une structuration solide, mais nous devons maintenant soutenir un effort financier et humain très important pour que les grands projets qui ont été initiés ces dernières années puissent se déployer », conclut le Professeur Joël Guigay.

Pour en savoir plus sur la prise en charge du cancer chez les personnes âgées, découvrez notre nouvelle brochure Personnes âgées et cancer.


R.D.

1 Appel à projet du Programme d’Actions Intégrées de Recherche « cancers des voies aéro-digestives supérieures » (PAIR VADS).


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