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30 mars 2018

Cancer colorectal : une niche pour le streptocoque « gallolyticus »

Les résultats d’une étude française percent le mystère d’une symbiose entre les cellules de cancer colorectal et une sous-espèce de streptocoque.

Le fait qu’il existe une relation entre le développement de tumeurs colorectales et la nature du microbiote intestinal est aujourd’hui admis. Reste à caractériser la nature de cette relation, certainement aussi complexe que le nombre d’espèces bactériennes colonisant notre tube digestif est grand ! Des chercheurs de l’Institut Pasteur, avec le soutien de la Fondation ARC, ont voulu comprendre cette relation entre la bactérie Streptococcus gallolyticus gallolyticus et le développement de tumeurs colorectales.

C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf… Les chercheurs savent depuis longtemps que la présence massive du streptocoque gallolyticus gallolyticus (SGG) dans le tube digestif est corrélée à la survenue d’un cancer colorectal. Toute la question est de savoir si la colonisation du site par la bactérie favorise le développement du cancer ou si c’est la présence du cancer qui induit la prolifération bactérienne. La poule, ou l’œuf ? Pour mieux comprendre cette corrélation, les chercheurs ont scruté la population de SGG dans un modèle expérimental permettant de suivre le développement de polypes et de cancers colorectaux.

Leurs investigations ont tout d’abord confirmé cette relation entre la bactérie et la survenue de cancers colorectaux, la colonisation par SGG étant mille fois plus importante en présence de tumeurs colorectales que dans les témoins sains. Selon les chercheurs, cette colonisation se faisait au détriment d’autres espèces bactériennes. Le streptocoque bénéficiait donc apparemment d’un avantage sélectif sur les autres bactéries, mais lequel ? Des expériences mettant en présence différentes bactéries de la flore intestinale et SGG ont montré que ce dernier produisait une toxine capable de tuer les autres bactéries, une « bactériocine » activée par les acides biliaires présents dans l’intestin. Les scientifiques sont ensuite parvenus à comprendre pourquoi SGG ne prenait l’ascendant sur ses congénères qu’en présence de tumeurs colorectales : la mutation du gène APC, un des éléments déclencheur du développement de polypes puis de tumeurs, avait pour conséquence de réduire l’expression de la protéine SLC10A2, dont le rôle est d’extraire une partie des acides biliaires du tube digestif pour leur permettre d’être recyclés dans le foie. Au niveau des polypes pré-cancéreux ou des tumeurs, dont les cellules portent une mutation du gène APC, le transporteur SLC10A2 est absent, laissant s’accumuler les acides biliaires dans le tube digestif. Ils permettent localement à la bactériocine, produite par SGG, de tuer les autres bactéries de la flore intestinale, laissant l’opportunité à SGG de se développer.

Chez les humains, la mutation du gène APC est présente dans la très grande majorité des cancers colorectaux et fait partie des tout premiers événements qui déclenchent la transformation en cellule cancéreuse. L’augmentation de la concentration en acides biliaires et la colonisation du tractus intestinal par SGG seraient donc des éléments révélateurs très précoces du développement d’un polype ou d’une tumeur.


R.D.

 

Source : Aymeric, L. et al ; Colorectal cancer specific conditions promote Streptococcus gallolyticus gut colonization ; PNAS ; 26 décembre 2017


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