Back to top
Intro donation

Contribuer

à la recherche sur le cancer

Contribuer à la recherche sur le cancer :
Don ponctuel
Don mensuel
Punctual donation buttons
Regular donation buttons

Apaiser les douleurs du cancer

Apaiser la souffrance physique et morale

Antalgiques, traitements du cancer, approches non médicamenteuses… L’objectif est d’atténuer la douleur dès le début des soins pour qu’elle n’envahisse pas le quotidien et ne devienne handicapante.

La douleur doit faire l’objet d’une prise en charge à part entière dans votre parcours de soins oncologiques. Ainsi, le traitement antalgique doit être choisi en fonction de votre pathologie cancéreuse, de la nature des douleurs et de votre état général. « Il est important de souligner que les traitements ou les adaptations apportées au protocole de soins ne pourront pas faire disparaître totalement la douleur. L’objectif est de la contrôler, éviter qu’elle ne perturbe le sommeil et la vie quotidienne des malades. Elle ne doit pas devenir handicapante », insiste le Dr Sophie Laurent1.

Souvenez-vous !

Le bon antidouleur est celui qui vous soulage le mieux en provoquant le moins d'effets indésirables.

Les médicaments antidouleur

La prise en charge s’appuie tout d’abord sur les médicaments antalgiques qui interrompent le circuit de la douleur. Le choix de la classe thérapeutique dépend de la nature des douleurs, de leur intensité et du caractère aigu ou chronique de celles-ci.

Contre les douleurs nociceptives

Les médecins utilisent des antalgiques comme le paracétamol, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, ou des opioïdes (codéine, tramadol, morphine…). Ces médicaments sont classés en trois paliers, des moins puissants aux plus puissants. L’aspirine n’est pratiquement plus utilisée, son effet anticoagulant peut gêner les traitements du cancer.

Au début, votre médecin vous prescrira la dose minimale efficace. Habituellement, deux jours suffisent pour juger de l’efficacité du traitement. S’il n’est pas efficace, il vous proposera d’augmenter la dose, de changer de molécules ou de palier, ou encore d’ajouter un médicament complémentaire. Votre médecin pourra également vous prescrire différentes formes d’administration (orale, transdermique ou intraveineuse).
 

Avis d'expert // Dr Antoine Lemaire

La stratégie dite des trois paliers (voir tableau ci-dessous) permet d’augmenter graduellement la puissance des médicaments. C’est l’une des bases de la prise en charge médicamenteuse de la douleur nociceptive. Mais aujourd’hui cette approche est actualisée par l’OMS dans le cadre des douleurs du cancer*. Les trois paliers classés par puissance d’action sont toujours valides, mais on peut tout à fait choisir au sein des paliers le traitement le plus adapté à chaque patient et à chaque situation. Certains patients pourront donc bénéficier directement de l’utilisation d’un opioïde fort (palier 3) en première intention si leur situation le requiert, et éviter ainsi un délai trop long avant de soulager leur douleur. Il est néanmoins capital d’analyser correctement la douleur afin de guider au mieux les traitements, et d’éviter la prescription de morphiniques si elle n’est pas nécessaire. »

*Révision en cours à l’OMS des recommandations de 1986.

Contre les douleurs neuropathiques

Pour traiter ces douleurs peu sensibles aux antalgiques classiques, les médecins vous proposeront des antidépresseurs et des antiépileptiques. L’évaluation de leur efficacité exige du temps. Leur effet ne se fait sentir qu’au bout de quelques jours, voire semaines. Mais si au bout d’un mois, à dose maximale, la douleur persiste, on peut considérer que la molécule est inefficace et qu’il faut en essayer une autre.
 

Témoignage // Evelyne, 50 ans

« Au début de mes traitements, je refusais de prendre de la morphine. Ce médicament m’effrayait ! Je l’associais à la fin. J’avais le sentiment qu’on me disait qu’il n’y avait plus rien à faire. Or c’est complètement faux ! Il m’a fallu du temps pour le comprendre et apprivoiser cette molécule. J’ai aussi eu la chance de trouver une spécialiste de la douleur attentive et à l’écoute. »

La douleur du cancer se limite rarement à un seul type de douleur. Ainsi, une association des différentes classes thérapeutiques peut être indiquée. Des co-antalgiques sont alors prescrits pour optimiser le traitement médicamenteux. Il peut s’agir de corticoïdes pour lutter contre l’inflammation (maux de tête, mucites…), des biphosphonates pour apaiser les douleurs osseuses ou encore des myorelaxants pour estomper les tensions musculaires. Les antidépresseurs peuvent aussi être prescrits en cas de dépression ou d’anxiété car ces troubles amplifient et entretiennent les sensations douloureuses.
 

paliers

 

Certains traitements du cancer s'avèrent efficaces

 

Dans certains cas, les traitements anti-cancéreux classiques sont envisagés dans une perspective de lutte contre la douleur plus que pour lutter contre le cancer lui-même. En plus de médicaments antalgiques, votre médecin peut donc vous proposer d’avoir recours aux traitements du cancer eux-mêmes. Les soins oncologiques n’ont alors plus seulement une visée curative : en traitant la cause, ces soins oncologiques ont des effets palliatifs.

LA CHIRURGIE permet l’exérèse d’une tumeur ou d’une métastase qui comprime un organe ou un nerf, mais elle peut aussi réparer des fractures causées par le développement de métastases osseuses. La chirurgie va ainsi éliminer la cause des douleurs.

De même, LA RADIOLOGIE INTERVENTIONNELLE consiste à réduire le volume tumoral à l’aide de différents procédés (froid, ultrasons, laser…) ou à consolider un os cassé par une métastase grâce à l’injection d’un ciment biocompatible (technique appelée cimentoplastie). Les métastases vertébrales et du bassin sont les indications les plus fréquentes pour la cimentoplastie.
 

Témoignage // Valérie, 35 ans

« Mon oncologue m’a assuré que mes douleurs disparaitraient d’elles-mêmes, qu’il n’y avait rien à faire. Un jour, elles ont été si fortes que j’ai dû aller aux urgences. Les médecins ont été étonnés d’apprendre que je n’étais pas suivie dans un centre antidouleur et qu’aucun antalgique ne m’avait été prescrit. De retour chez mon oncologue, j’ai exigé de voir un algologue. Ce dernier m’a expliqué que je souffrais de douleurs neuropathiques. Mettre un mot sur mes souffrances m’a délivrée, même si elles sont toujours là, malgré la morphine. Aujourd’hui, je refuse d’être sous hormonothérapie par peur des effets secondaires. Je veux d’abord qu’on m’aide à atténuer ceux qui me paralysent déjà. »

Ces différentes techniques, dites mini-invasives, se pratiquent à travers la peau à l’aide d’une aiguille ou d’un cathéter, ou empruntent les voies naturelles (voies urinaires ou digestives). Les gestes du radiologue sont réalisés sous le contrôle d’un moyen d’imagerie (scanner, IRM, échographie…). Cette approche novatrice en oncologie est plutôt utilisée chez les malades souffrant de douleurs rebelles aux médicaments antalgiques.

Toujours dans le domaine de la radiologie, les rayons ont, eux aussi, un effet antalgique. Ce traitement localisé peut freiner les phénomènes inflammatoires, tout en luttant contre les cellules cancéreuses. LA RADIOTHÉRAPIE EXTERNE s’avère très efficace contre la douleur dans les cancers du pancréas, les cancers ORL ainsi que les tumeurs cérébrales et pelviennes. En outre, les études montrent que les radiations soulagent 60 à 80 % des patients atteints de métastases osseuses. Chez 30 % des malades, on note même une disparition complète de la douleur.

LES THÉRAPIES MÉDICAMENTEUSES (chimiothérapies, hormonothérapies ou immunothérapies), par leur action sur la tumeur, contribuent, elles aussi, à la prise en charge de la douleur. L’hormonothérapie est particulièrement intéressante pour les cancers hormonodépendants métastatiques (sein, prostate mais aussi endomètre). Pour les cancers non hormonosensibles, la chimiothérapie peut être utilisée. Les délais d’efficacité de ces différentes thérapies médicamenteuses sont de l’ordre de plusieurs semaines. Elles ne seront donc pas utilisées pour soulager rapidement des douleurs.
 

Avis d'expert // Nathalie Ferrand
Infirmière coordinatrice à l'Institut Daniel Hollard (Grenoble)

En tant qu’infirmière coordinatrice, mon rôle est de faire le lien entre la ville et l’hôpital. En pratique, je suis les patients tout au long de leur parcours de soins, en particulier à leur retour au domicile. Ils peuvent me joindre s’ils ont des questions, ou si des complications surviennent. Dans le cas de la douleur, je dois l’évaluer et m’assurer qu’ils prennent bien leur traitement. Si les douleurs sont très intenses, je peux contacter le médecin de garde de l’hôpital qui est habilité à prescrire des antalgiques, puis leur pharmacien pour qu’ils puissent les récupérer à l’officine ou directement à leur domicile. Je peux aussi les orienter vers leur médecin traitant, qui est lui aussi impliqué dans le traitement de la douleur. En parallèle, je suis aussi la personne ressource pour les généralistes et les infirmières libérales. Ma mission consiste à faciliter le retour du patient à son domicile en leur transmettant toutes les informations dont ils auraient besoin. De leur côté, ils m’appellent généralement lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés dans leur prise en charge et souhaitent en référer à l’oncologue pour avoir un avis de spécialiste. »

Les approches non médicamenteuses

Du soutien psychologique à l’hypnose, en passant par la kinésithérapie, la relaxation, ou encore la méditation de pleine conscience, les soins non médicamenteux – en complément des médicaments antalgiques et des traitements du cancer – permettent d’apporter un bien-être physique mais aussi moral. Ils aident à gérer la douleur, la fatigue et les effets secondaires. « Ces approches visent à aider les patients à accepter la maladie, à canaliser leur colère et leur anxiété liées, notamment, à l’annonce du diagnostic car cette souffrance psychologique contribue à la douleur physique », souligne le Dr Sophie Laurent.

Pensez-y

Si on ne vous a pas présenté l’organisation des soins de support dans votre hôpital lors de la consultation d’annonce, n’hésitez pas à demander des informations à votre oncologue ou aux infirmier·e·s de votre service.

Traiter les douleurs rebelles

Environ 10 à 15 % des patients douloureux ne sont pas soulagés de façon satisfaisante ou ressentent des effets indésirables sévères limitant l’augmentation des doses d’opioïdes2. « Face à ces douleurs complexes, les oncologues, mais également les médecins généralistes, ne doivent pas hésiter à adresser les patients à des centres spécialisés de lutte contre la douleur (CLUD ou CETD, ndlr). Les patients eux-mêmes peuvent demander à leur médecin à être orientés vers ces unités », insiste le Pr Serge Perrot3.

Dans ces structures de lutte contre la douleur, des équipes pluridisciplinaires évalueront à nouveau vos souffrances et vous proposeront de nouvelles molécules antalgiques. Parmi elles, on peut citer la kétamine à faible dose, ou la méthadone, indiquée en dernier recours lorsque tous les opioïdes ont été mis en échec. De nouvelles voies d’administration comme l’injection d’anesthésiants locaux (lidocaïne par exemple) dans les régions douloureuses peuvent aussi être envisagées.

Si ces méthodes s’avèrent insuffisantes, des techniques neurochirurgicales vous seront proposées. L’une des principales est l’implantation au niveau de l’abdomen d’une pompe contenant un mélange de molécules antalgiques délivré de façon programmée grâce à un cathéter implanté au niveau de la moelle épinière. « Appelée pompe intrathécale, cette méthode permet de délivrer des doses d’opioïdes bien plus faibles que par voie orale ou intraveineuse. En revanche, elle nécessite une opération sous anesthésie générale », décrit le Dr Sophie Laurent.
 

Avis d'expert // Dr Sophie Laurent
Responsable du Centre d'Evaluation et de Traitement de la Douleur (CETD) à Gustave Roussy (Villejuif)

Malgré un traitement antalgique efficace, plus de la moitié des patients atteints de cancer connaissent des pics de douleur très violents et non prévisibles qui peuvent durer plusieurs minutes. Ces exacerbations transitoires sont appelées “accès douloureux paroxystiques”. Ils sont uniquement observés chez les patients confrontés à des douleurs d’origine cancéreuse. Le fentanyl sous forme de patch, de comprimés sublinguaux ou de pulvérisations nasales est le traitement indiqué pour calmer ces douleurs spécifiques. L’avantage de ce médicament est qu’il agit très rapidement. Mais son action est d’une courte durée, c’est pourquoi le fentanyl d’action rapide doit toujours être associé à un traitement opioïde de fond. »


1. Responsable du Centre d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD) de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif)

2. Étude dirigée par le Centre d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD) de l’hôpital Saint-Antoine (Paris).

3. Responsable du Centre de lutte contre la douleur (CLUD) de l’hôpital Cochin (Paris).

 

Ce dossier a été réalisé en collaboration avec Rose Magazine et avec l'aide du Dr Sophie Laurent, responsable du Centre d’évaluation et de traitement de la douleur de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, du Dr Antoine Lemaire, chef du Pôle Cancérologie et Spécialités Médicales du Centre Hospitalier de Valenciennes, de Nathalie Ferrand, infirmière coordinatrice à l’Institut Daniel Hollard à Grenoble et du Pr Serge Perrot, responsable du Centre de lutte contre la douleur de l’Hôpital Cochin à Paris.


Retrouvez-nous
sur les réseaux sociaux