Pour lutter contre la cachexie, premiers résultats d’une stratégie qui cible la cause

08 novembre 2024 Dernière mise à jour : 05-09-2025

Actualité scientifique et médicale

Les résultats d’un essai randomisé de phase 2 indiquent qu’une nouvelle thérapie permettrait de lutter contre la cachexie, en s’attaquant à un mécanisme moléculaire impliqué dans la mise en place de ce déséquilibre métabolique complexe.

 

La cachexie est l’une des complications les plus fréquentes et délétères des cancers : fonte musculaire, perte de poids et d’appétit, affaiblissement généralisé. Ce déséquilibre métabolique concerne 50 à 80 % des cas avancés de cancer et il est directement associé à une aggravation du pronostic. La première des prises en charge de la cachexie est nutritionnelle, pour tenter de limiter ses effets, et des traitements médicamenteux peuvent aussi être proposés. Mais, globalement, les bénéfices sont peu satisfaisants. En septembre, les résultats d’un essai de phase 2 randomisé contre placebo, publiés dans le New England Journal of Medicine et présentés au grand congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), ont ouvert une brèche.

L’essai en question visait à évaluer l’effet d’une nouvelle thérapie, un anticorps développé pour se lier à la protéine GDF15, impliquée dans les mécanismes biologiques qui mettent en place la cachexie. Il a été mené auprès de 187 patients souffrant de cancers du poumon, du pancréas ou colorectaux, en situation de cachexie.

GDF15, cancers et cachexie, ce que l’on sait 

La protéine GDF15 est peu présente dans la grande majorité des tissus, mais son expression augmente dans ceux qui sont inflammés, soumis à un stress métabolique, ou en présence d’une tumeur. Chez les patients atteints de cancers, le taux de GDF15 a été associé à la survenue de la cachexie et à une plus faible survie. L’étude des modèles expérimentaux a par ailleurs suggéré que l’effet de la protéine GDF15 sur la cachexie serait médié par son action sur des neurones spécifiquement présents dans une zone postérieure du cerveau. Le ponsegromab, testé dans le présent essai, a été dessiné pour se fixer sur GDF15 et empêcher sa reconnaissance par le récepteur exprimé sur ces neurones.

 

Source : Ling, T. et al ; Role of growth differentiation factor 15 in cancer cachexia (Review) ; Oncological Letters ; Sept 2023

Dans les groupes de patients recevant l’anti-GDF15 (trois groupes, à des doses différentes), une prise de poids significative a pu être obtenue après seulement trois mois de suivi, prise de poids proportionnelle à la dose reçue. Pour les patients recevant la dose la plus élevée, un gain de poids de plus de 5 % a été observé, ainsi qu’une amélioration d’autres facteurs associés à la cachexie : hausse des capacités d’activité physique, de la masse musculaire et retour d’un meilleur appétit. Ces résultats, très positifs, ont en outre été obtenus quels que soient les cancers dont souffraient les patients et quel que soit leur IMC initial. Pour ne rien gâcher, les effets indésirables étaient moins nombreux dans les groupes recevant l’anti-GDF15 que dans le groupe placebo et relevaient presque toujours du traitement anticancéreux administré aux patients.
Enfin, même si l’essai n’avait pas pour objectif d’évaluer un éventuel gain de survie, les médecins ont pu observer une tendance encourageante, cohérente avec le fait que la cachexie est à l’origine du décès d’une proportion importante de patients atteints de cancers.

Avec cette nouvelle thérapie, les médecins pourraient enfin disposer d’une solution efficace pour lutter contre une morbidité particulièrement lourde en cancérologie, qui serait à l’origine du décès de 20 % des patients.

R.D.

Sources : APMnews ; Premières preuves d’efficacité d’un traitement de la cachexie chez les patients cancéreux ; dépêche du 17 septembre 2024
J.D. Groarke et al ; Ponsegromab for the Treatment of Cancer Cachexia ; The New England Journal of Medicine ; 14 septembre 2024