PFAS : une évaluation du risque de cancers associé à leur présence dans l’eau de boisson

17 avril 2025 Dernière mise à jour : 16-04-2026

Actualité scientifique et médicaleEnvironnementPFAS

Alors que les réglementations se mettent en place pour contrôler les contaminations de l’eau de boisson par les PFAS, des polluants dits « éternels », une étude américaine évalue le poids de cette exposition sur l’incidence de cancer. 

Les PFAS (molécules per- et polyfluoroalkylées) sont des polluants dont les propriétés physico-chimiques leurs permettent de ne presque pas être dégradés dans l’environnement, ce qui leur vaut le triste surnom de polluants éternels. Cette persistance implique des phénomènes massifs d’accumulation dans les milieux naturels et dans les organismes vivants… Or ces polluants ne sont pas neutres d’un point de vue sanitaire. Loin s’en faut. Leurs effets sur la santé humaine, avérés ou potentiels, sont multiples : l’un est un cancérogène pour l’Homme (groupe 1 de la classification du CIRC depuis 2023, le PFOA), un autre est classé dans le groupe 2B du CIRC (« peut-être cancérogène pour l’Homme », le PFOS), d’autres perturbent le système hormonal ou immunitaire…

Pour autant, les conséquences concrètes de cette pollution massive et généralisée ne sont pas précisément connues. Une étude américaine, publiée en début d’année, livre une estimation du poids que pèseraient les PFAS présents dans les eaux de boisson sur l’incidence des cancers.

PFAS – des poids lourds du cancer ?

Pour mener cette étude, les chercheurs ont recueilli des données issues de deux campagnes de mesures des PFAS dans les eaux du robinet (2013-2015 et 2023-2024, 6 puis 10 espèces de PFAS mesurées, respectivement) et, en parallèle, les données épidémiologiques d’incidence des cancers, indiquées à une échelle géographique assez précise (celle des comtés), pour la période 2016-2021.

Sur la base des données de la campagne de mesures 2013-2015, et en prenant en compte les seuils de 4 ou 10 nanogrammes par litre d’eau (selon la nature des PFAS considérés), établis par l’agence américaine de l’environnement comme les seuils de contamination maximum tolérables, les chercheurs ont estimé que l’assimilation de PFAS dans l’eau de boisson pouvait être à l’origine de 4 626 cas de cancers par an aux USA. Quand les chercheurs évaluaient l’impact des PFAS sur la base des données de la campagne de mesures plus récente (2023-2024), cette estimation grimpait à plus de 6 800 cas. Une tendance par franchement rassurante…

De façon plus précise, les chercheurs ont montré que les cancers plus fréquemment associés à la hausse de l’exposition étaient les cancers de la cavité orale et du pharynx. Chez les hommes spécifiquement, ils étaient associés aux cancers du système urinaire, du cerveau, des tissus mous et à des leucémies ; chez les femmes à des cancers de la thyroïde, de la cavité orale et du pharynx et des tissus mous.

PFAS – polluants sous surveillance

Depuis des années, les connaissances progressent au sujet des PFAS. Les agences sanitaires établissent des constats puis des recommandations, qui infusent auprès des pouvoirs publics. Ainsi, des mesures sont réalisées depuis longtemps dans différents contextes et, le 10 avril 2024, l’agence américaine de l’environnement (EPA) a annoncé l’établissement de seuils à respecter dans les réseaux de distribution d’eau de boisson (entre 4 et 10 nanogrammes par litre d’eau, selon les PFAS considérés), ainsi que des mesures permettant le contrôle et accompagnant la mise en conformité des réseaux.
En France, la transposition d’une directive européenne de 2020, relative à la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine, implique la mise en œuvre de contrôles – rendus obligatoires à partir de janvier 2026 – de l’eau du robinet et des ressources naturelles ou artificielles qui servent à la production d’eau de boisson. Là aussi, des seuils de contamination ont été établis, pour la somme des 20 PFAS pointés par la réglementation européenne (100 ng/L dans l’eau du robinet et 2000 ng/L dans l’eau « brute », avant traitement).

Outre ces obligations désormais légales, la Direction générale de la santé (DGS) a mandaté un laboratoire de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour mener une grande campagne nationale de mesures des PFAS en 2010-2011. L’opération est renouvelée pour la période 2023-2026, au cours de laquelle 34 PFAS seront recherchés sur plusieurs centaines d’échantillons. De quoi donner de l’eau (polluée) aux moulins des études écologiques et épidémiologiques, comme celle des chercheurs de l’équipe américaine.

R.D.

Sources :