Cellules souches cancéreuses : l’épreuve du fer
28 juillet 2017 Dernière mise à jour : 04-09-2025
Le travail conjoint de chimistes et de biologistes permet de préciser le mode d’action de certaines molécules susceptibles de s’attaquer spécifiquement aux cellules souches cancéreuses et de réduire ainsi les risques de récidive ou de métastases.
Résistance aux chimiothérapies, récidives, formation de métastases… À l’origine de ces phénomènes, qui constituent les grands défis des traitements des cancers, c’est invariablement la grande diversité des cellules cancéreuses qui est pointée du doigt par les chercheurs.
Au sein d’une même tumeur, certaines sont plus ou moins sensibles aux différents traitements, ou plus ou moins enclines à s’échapper de la tumeur primaire pour tenter l’aventure dans d’autres tissus. Depuis quelques années, un certain nombre d’études ont permis de décrire un type particulier de cellules cancéreuses, que les chercheurs appellent cellules « souches » cancéreuses (CSC). En effet, elles sont à la fois capables de se multiplier mais aussi de donner naissance aux différents sous-types de cellules cancéreuses. Cibler de telles cellules représente donc, pour les chercheurs, un objectif de taille.
Dès le début des années 2010, la salinomycine, connue pour ses propriétés antibiotiques, est apparue comme une molécule toxique pour les CSC mais les résultats alors obtenus ne permettaient pas de comprendre précisément son mode opératoire. Fruit d’une collaboration entre des chercheurs en chimie et en biologie, une étude publiée dans la revue scientifique Nature Chemistry a levé le voile sur son mode d’action et permis par la même occasion de mettre en avant une nouvelle molécule, l’ironomycine 5, une candidate encore plus prometteuse contre les tumeurs. Ce dérivé de la salinomycine, mis au point par une équipe de chimistes de l’Institut Curie, est en effet dix fois plus efficace contre les CSC que la salinomycine, tout en étant moins toxique pour des cellules saines.
Selon les études menées sur les cellules exposées à l’ironomycine 5 – ou à la salinomycine – les effets observés seraient liés à une anomalie majeure dans la gestion du fer, présent dans toutes nos cellules. En présence de ces molécules, les cellules accumulent de façon incontrôlée le fer, jusqu’à l’excès, entrainant les cellules sur une pente… fatale. La spécificité d’action de l’ironomycine 5 contre les CSC permet non seulement d’imaginer un débouché clinique pour cette molécule, mais aussi d’explorer encore plus avant la piste du fer pour cibler les CSC, afin de lutter plus efficacement contre les récidives et les métastases.
Source : Mai, T.T. et al ; Salinomycin kills cancer stem cells by sequestering iron in lysosomes; Nature Chemistry; mai 2017