Cholangiocarcinome : un résultat clair en faveur de la médecine de précision

16 avril 2026 Dernière mise à jour : 04-05-2026

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Une étude italienne montre que l’identification de mutations dans les tumeurs, lorsqu’elle permet d’administrer un traitement ciblé, ouvre de réelles perspectives thérapeutiques aux patients.

La médecine de précision n’est pas qu’un concept abstrait. Pour les patients atteints de cholangiocarcinome avancé – une forme relativement rare de cancers du foie –, les bénéfices potentiels sont très significatifs, comme l’a montré une étude observationnelle italienne. Celle-ci a analysé en détails le devenir des patients atteints de cholangiocarcinomes avancés et traités dans dix grands centres de prise en charge des cancers en Italie. L’objectif était d’obtenir une estimation de l’impact d’une démarche de médecine de précision sur la survie des patients. En effet, si chaque essai clinique permet de mesurer le bénéfice d’une thérapie ciblée dans le groupe restreint des patients inclus, la somme des situations, pour une population plus large et plus hétérogène de patients est plus complexe à appréhender, à chiffrer.

Les auteurs de l’étude publiée dans le Journal of Hepatology, ont donc recueilli des données de diagnostic, de traitement et de suivi de 486 patients, pris en charge dans dix centres italiens entre les années 2017 et 2023 pour un cholangiocarcinome avancé. Sur cette période, l’exploration moléculaire très approfondie des tumeurs s’est considérablement renforcée (+25,8 %) et presque 80 % des patients avaient pu recevoir une telle analyse, au moment du diagnostic ou d’une rechute. Grâce à cette analyse, des mutations ciblées par des thérapies spécifiques – que les médecins appellent des mutations « actionnables » – ont pu être identifiées chez 139 patients (28,6 %).

Un autre résultat de cette étude interpelle : parmi les 139 patients susceptibles de recevoir de telles thérapies ciblées, seuls 26 en ont effectivement reçu une ou plusieurs (18,7 %). Principale cause de ce décalage, selon les auteurs, une difficulté d’accès aux molécules en cours de développement clinique et d’autorisations de mise sur le marché.

Et pourtant, les résultats montrent que l’enjeu est important pour la prise en charge de ces cancers agressifs et relativement rares : pour les patients chez qui on ne décelait pas de mutation actionnable, la survie médiane était de 17,7 mois, alors qu’elle s’élevait à 68 mois pour les patients qui recevaient une thérapie ciblée. Pour les patients qui n’en recevaient pas, alors même que leur tumeur portait une mutation actionnable, la survie médiane a été estimée à 19,1 mois. Le gain de survie était bien dû au traitement, pas seulement à des différences intrinsèques des tumeurs, porteuses, ou non, de mutations actionnables.

Enfin, le suivi des patients a permis de décrire précisément leurs parcours de soin. Les auteurs expliquent ainsi que l’importante augmentation de la survie médiane repose sur le fait que les thérapies ciblées ont permis aux patients d’accéder à d’autres lignes de traitements successives, en interrompant la progression souvent rapide de la maladie.

Ces résultats, même s’ils comportent des fragilités dues à l’hétérogénéité des patients suivis, illustrent particulièrement bien l’effet levier d’un accès plus ou moins rapide des patients aux molécules en cours de développement. Dans le cas des cancers rares, cet accès est d’autant plus limité que les essais cliniques sont plus complexes à mettre au point, du fait d’un nombre très restreint de patients. D’où la nécessité, souvent, d’organiser la recherche clinique à l’échelle internationale.

R.D.

Source : Genovesi, V. et al ; Molecular profiling and matched targeted treatment in cholangiocarcinoma: Results from the Italian dataset (ANITA) ; Journal of Hepatology ; décembre 2025