Glioblastome : décrypter l’effet des traitements sur l’écosystème tumoral pour comprendre les récidives
12 juillet 2024 Dernière mise à jour : 19-09-2025
Des travaux menés par une équipe soutenue par la Fondation ARC révèlent des mécanismes qui, sous l’effet des traitements, semblent expliquer la survenue de rechutes.
Les glioblastomes sont des tumeurs du cerveau que l’on dit infiltrantes, du fait de leur capacité à pénétrer les tissus cérébraux, rendant compliquée – voire impossible – leur ablation totale. En outre, leur réponse aux traitements médicamenteux est rarement complète. Les patients font ainsi fréquemment face à des récidives. Pour dépasser ces constats, de nombreuses équipes s’intéressent au développement de ces tumeurs agressives. C’est le cas de celle de Giorgio Seano, créée à l’Institut Curie (Paris) en 2018 grâce à un soutien conjoint du CNRS, de l’INSERM et de la Fondation ARC.
Dès son installation, cette équipe s’est penchée sur un mécanisme qui permet à certaines cellules cancéreuses de se disséminer à travers les tissus cérébraux, en utilisant les vaisseaux sanguins comme des rails, on en parlait en 2018 ici-même (voir ci-dessous). A l’époque, les chercheurs avaient déjà constaté que ces cellules, qui voyagent par ce mécanisme appelé « co-option », ont des caractéristiques proches de celles de cellules souches, les rendant plus résistantes aux traitements. Dans des travaux récents, Giorgio Seano et ses collaborateurs ont approfondi ces connaissances, montrant que cette résistance des cellules était induite par une action conjointe des vaisseaux sanguins… et des traitements eux-mêmes !
L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, rapporte des résultats obtenus à travers des approches extrêmement variées et complémentaires : imagerie in vivo, culture in vitro d’organoïdes (pour explorer les interactions entre des cellules de différents types), inventaire détaillé des ARN et des protéines dans des modèles expérimentaux et dans des échantillons provenant de patients, analyses de données cliniques…
Leurs conclusions sont passionnantes : sous l’effet de la radiothérapie ou de la chimiothérapie (le temozolomide), les cellules cancéreuses évoluent pour atteindre un état bien particulier, que les chercheurs appellent « VC-Resist » : ces cellules « VC-Resist » sont globalement assez résistantes aux traitements et sont en mesure de se déplacer par co-option sur les vaisseaux sanguins voisins. En outre, les vaisseaux eux-mêmes étaient capable d’envoyer des signaux favorisant cette transition des cellules cancéreuses. Au-delà de ces observations, les chercheurs ont décrypté les mécanismes moléculaires sous-jacents. Ils révèlent que l’état des cellules résistantes et profitant du réseau vasculaire pour se déplacer se situait entre l’état de cellules souches et celui de cellules sénescentes. Par ailleurs, la signature moléculaire de ces cellules (les gènes qu’elles expriment) n’était pas tout à fait celle des cellules que le groupe avait décrites en 2018 (voir l’article ci-dessus) et qui se déplaçaient aussi par co-option. Une différence qui semble se traduire en termes de « comportement » : les cellules VC-Resist décrites dans la récente étude se déplacent en groupe alors que celles qui avaient été étudiées en 2018 étaient solitaires ! Une curiosité ? Un détail ? Peut-être, mais un détail qui correspond aussi à des différences de traitements entre les deux situations. En 2018, les chercheurs avaient observé une augmentation des cellules voyageuses solitaires après exposition à un traitement anti-angiogénique (destiné à restreindre le développement de vaisseaux sanguins), la présente étude se situe dans un contexte de chimio-radiothérapie.
Un parfait exemple de connaissances extrêmement fondamentales qui permettent de mieux comprendre comment les tumeurs réagissent aux traitements, pour envisager des stratégies thérapeutiques complémentaires pertinentes.
R.D.
Source : Pichol-Thievend C. et al ; VC-resist glioblastoma cell state: vessel cooption as a key driver of chemoradiation resistance ; Nature Communications ; 29 avril 2024