Immunothérapies des cancers du poumon : dans la jungle des lymphocytes intra-tumoraux

29 janvier 2025 Dernière mise à jour : 19-09-2025

Actualité scientifique et médicaleImmunothérapiePoumon

Des travaux menés sur des populations très spécifiques de lymphocytes éclairent la nature de la réponse aux immunothérapies proposées aux patients atteints de cancers du poumon dits « non à petites cellules ».

Un écologue pourrait-il décrire une forêt en parlant de façon générique « des arbres », sans faire de différence entre les hêtres, les chênes ou les châtaigniers ? Sans distinguer les individus jeunes des plus âgés, sans considérer les interactions qui se jouent entre les racines de ces espèces et les champignons microscopiques du sol ? Pour les immunologistes et les « onco-immunologistes », la question est la même lorsqu’il s’agit de décrire les relations entre notre système immunitaire et les cellules cancéreuses.

Ainsi, depuis des décennies, des générations d’immunologistes œuvrent pour distinguer des groupes, des populations de cellules immunitaires, pour déterminer leur implication dans telle ou telle fonction, la façon dont elles s’activent ou s’endorment dans tel ou tel contexte… A l’Hôpital européen Georges Pompidou (Paris), l’équipe d’Eric Tartour contribue à cette tâche dantesque. Ses travaux, que nous avons soutenus entre 2018 et 2024, et qu’il a récemment publiés, offrent une incursion dans la jungle de ce que les chercheurs appellent les lymphocytes intra-tumoraux. Par cette approche, ils contribuent à expliquer pourquoi certains patients répondent plus ou moins bien aux anti-PD1 ou aux anti-PDL1, les immunothérapies  prescrites face aux cancers du poumon.

L’intérêt pour ces lymphocytes, qui sont en première ligne face aux cellules cancéreuses, n’est pas nouveau. En introduction de l’article publié en décembre 2024, les auteurs rappellent en effet qu’il y a plus de vingt ans, travaillant sur des modèles infectieux, des chercheurs avaient décrit des populations de lymphocytes T qu’ils avaient qualifiés de « résidents mémoire », parce qu’ils restaient sur le site de l’infection et gardaient leur capacité à reconnaitre l’agent infectieux longtemps après que l’infection avait été résorbée. Ces populations de lymphocytes TRM ont ensuite été retrouvées au sein des tumeurs, avec des caractéristiques similaires, leur présence étant généralement associée à un meilleur pronostic des patients traités par immunothérapie. Dans l’équipe d’Eric Tartour, Léa Paolini a voulu savoir plus précisément pourquoi ce meilleur pronostic n’était malheureusement qu’une tendance moyenne mais pas systématique. Pour avoir une réponse, il a fallu se pencher de plus près sur cette population de lymphocytes TRM et descendre à un niveau encore plus précis de la caractérisation de ces cellules. Des travaux avaient déjà montré que tous les lymphocytes TRM n’étaient pas strictement identiques. Léa Paolini et ses collègues ont tout d’abord montré que deux sous populations pouvaient être distinguées. Surtout, les chercheurs ont montré que c’est l’infiltration massive de l’une de ces deux populations, au sein de la tumeur, qui permettait de prédire la bonne réponse du patient à l’immunothérapie. Pour les médecins, cette information ouvre un espoir pour, à termes, disposer d’outils capables de les aider à mieux orienter la prescription des immunothérapies. Pour les chercheurs, elle dégage des pistes importantes afin de comprendre comment agissent ces immunothérapies (sur quelles cellules et par quels mécanismes) et comment on pourrait optimiser leur efficacité.

Fiche : Soigner un cancer par immunothérapie
Fiche
Comprendre et agir
Fiche Immunothérapie Couv Hd
Télécharger Fiche : Soigner un cancer par immunothérapie (pdf - 424.3 Ko)
52 777 cas de cancers du poumon en 2023
1 000 000€ attribués, depuis 2018, aux travaux menés par Eric Tartour et Fathia Mami-Chouaib
1ère cause de décès par cancer. (30 400 décès en 2021)

R.D.
Source : Paolini, L. et al ; Differential predictive value of resident memory CD8+T cell subpopulations in patients with non-small-cell lung cancer treated by immunotherapy ; Journal of ImmunoTherapy of Cancer ; Décembre 2024