Interleukine 35, somnifère des Natural Killers

24 novembre 2025 Dernière mise à jour : 20-03-2026

Actualité scientifique et médicalecellules NK

Dans une étude publiée récemment, des chercheurs soutenus par la Fondation ARC révèlent un mécanisme clé de l’immunosuppression qui sévit dans le contexte cancéreux. Une potentielle piste pour imaginer de nouvelles stratégies d’immunothérapie.

Les cellules NK, pour Natural Killers, sont des piliers de la réponse immunitaire anti-tumorale. Non seulement elles reconnaissent les cellules « anormales » et les détruisent, mais elles communiquent avec les autres composantes du système immunitaire, en émettant et en réceptionnant des signaux qui activent ou temporisent notre système de défense. Dans l’équipe de Nathalie Bendriss-Vermare, au Centre Léon Bérard de Lyon, on s’intéresse tout particulièrement aux mécanismes qui, dans certains cas, détournent les cellules NK de leur activité anti-tumorale. Une publication récente révèle des résultats qui laissent entrevoir la possibilité d’une nouvelle piste d’immunothérapie…

Avant ces travaux, les chercheurs savaient déjà que les cellules NK peuvent perdre leur réactivité lorsqu’elles sont dans un contexte d’inflammation chronique. Plus précisément, des résultats précédents avaient montré que les cellules NK pouvaient évoluer, se transformer, pour ressembler à d’autres cellules de la même famille, les « cellules lymphoïdes innées » de type 1 (ILC1), dont les propriétés sont très différentes : moindre capacité à tuer des cellules cibles et à interagir avec des cellules immunitaires anti-tumorales et tendance à stimuler la production de vaisseaux sanguins dans les tumeurs (un facteur assez déterminant dans le degré d’agressivité de la tumeur). Enfin, la présence de ces cellules comparables aux ILC1 dans des tumeurs était associée à un pronostic plus sombre chez les patients.

L’article publié par l’équipe lyonnaise est venu ajouter une clé de voûte à cet édifice : les chercheurs ont identifié l’agent qui, par son influence complexe, est capable d’endormir les cellules NK en favorisant leur transformation en cellules comparables aux ILC1. L’interleukine 35, c’est elle, était manifestement capable de transformer, de façon irréversible, les cellules NK. Sous son action, celles-ci produisaient une molécule bien connue des immunologistes (et des biologistes du cancer !), le TGFβ, qui agissait… sur les cellules NK elles-mêmes, en mettant en mouvement d’autres mécanismes qui accéléraient leur endormissement.

Allant rechercher des données moléculaires dans des banques constituées à partir d’échantillons prélevés chez des patients atteints de cancers du sein, de l’œsophages, du poumon, du côlon, Nathalie Bendriss-Vermare et ses collègues ont pu associer l’expression du récepteur à l’interleukine 35 à un moins bon pronostic des patients. Autant de résultats qui font considérer l’IL-35 et son récepteur comme des cibles potentiellement intéressantes pour aider les cellules NK à rester mobilisées contre les cellules cancéreuses.

 

R.D.

Source : Picant, V. et al ; Interleukin-35 impairs human NK cell effector functions and induces their ILC1-like conversion with tissue residency features ; Nature communications ; juillet 2025

En 2018, Nathalie Bendriss-Vermare obtient un financement de 50 000€ pour mener un projet sur l’activation des cellules NK dans les cancers du sein. En 2023, c’est Valentin Picant, alors étudiant dans son équipe, qui est soutenu pour réaliser la 4ème année de son doctorat et faire aboutir ces travaux. Avec Lara Revol-Bauz, il est le co-premier auteur de cette publication, dont la portée dépasse très largement, in fine, le cadre des cancers du sein.

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