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Jeûne et cancer : une analyse solide pour faire le point

Depuis une quinzaine d’années, la pratique du jeûne ou de régimes restrictifs fait l’objet d’un intérêt croissant auprès du grand public mais aussi, plus particulièrement, chez les patients atteints de cancers. Que dit la littérature scientifique et médicale de ces pratiques ? Une expertise collective coordonnée par le réseau NACRe, partenaire de la Fondation ARC, fait le point.

Restriction calorique, jeûne intermittent ou continu, restriction glucidique, régime cétogène… Les modifications du régime alimentaire sont nombreuses et ont, évidemment, des effets très divers sur le métabolisme.

Les objectifs visés par les personnes qui pratiquent ces régimes peuvent aussi être très différents : s’agit-il de prévenir le risque de cancer ? D’optimiser les effets des traitements ? De réduire leurs effets secondaires ? La médiatisation du jeûne ou des bienfaits supposés des régimes restrictifs doit impérativement s’accompagner d’une information scientifique et médicale la plus limpide possible. Dans le cadre du colloque « Cancer, les actualités de la recherche en nutrition », organisé par le Réseau NACRe et la Fondation ARC, le Docteur Bruno Raynard a rapporté les conclusions d’une expertise collective, coordonnée par le réseau. « En tant que diététiciens ou médecins nutritionnistes, nous faisons face à une réalité, somme toute très positive : les patients veulent plus souvent être acteurs de leur prise en charge. Pour eux, le jeûne ou les régimes restrictifs peuvent apparaitre comme des options très prometteuses » constate le chef de l’unité transversale de diététique et de nutrition à Gustave Roussy (Villejuif). « Ce rapport répond à ce besoin d’informations précises, intelligentes et intelligibles que nous pouvons transmettre à ces patients ».

Des conclusions… qui incitent à la prudence !

Qu’il s’agisse de vertus préventives ou thérapeutiques, les experts qui ont décortiqué des centaines de publications sont formels : les travaux publiés et accessibles à la communauté scientifique entre 1947 et 2016 ne permettent pas de conclure à un effet bénéfique - ou délétère -  du jeûne ou des régimes restrictifs. Ces conclusions peuvent sembler décevantes, mais elles reflètent bien la réalité scientifique actuelle.

Pour en arriver là, les médecins, épidémiologistes, biologistes, sociologues et anthropologues qui ont participé à l’expertise ont en effet retenu et analysé plus de 500 articles à l’issue d’une revue de la littérature scientifique la plus exhaustive possible, permettant de faire ressortir les recherches pertinentes sur la question. Pour Bruno Raynard, il était essentiel de recenser l’ensemble des données scientifiques disponibles et de les analyser le plus objectivement possible « pour réussir à déterminer le niveau de preuve actuel ».

Mais l’analyse de cette masse de données a montré qu’il n’était pas possible à l’heure actuelle de faire ressortir une réponse clairement positive ou négative aux différentes questions ! C’est que, prises indépendamment, chacune des questions scientifiques n’est traitée que par un nombre limité d’études, dont les méthodologies diffèrent parfois beaucoup. De plus, les études cliniques sont encore bien minoritaires par rapport aux études réalisées chez l’animal, qui ne permettent pas de faire des extrapolations chez l’être humain…

  • Le jeûne ou les restrictions alimentaires permettent-ils de prévenir les cancers ? Seules deux études cliniques ont été recensées, portant sur l’effet de la restriction calorique. Elles apportent des informations sur la baisse de marqueurs biologiques liés à la cancérogénèse, mais aucunement sur l’incidence des tumeurs dans les populations considérées. Les travaux qui se penchent sur le lien avec les mécanismes biologiques de cancérogenèse ont été menés sur des modèles animaux et donnent des résultats différents selon les études.
  • En ce qui concerne un éventuel bénéfice sur la prise en charge des cancers, même impossibilité de conclure, qu’il s’agisse de la diminution des effets secondaires des chimiothérapies ou d’une régression de la tumeur suite à un jeûne intermittent, une restriction calorique, protéique ou un régime cétogène. Même chez l’animal, si 12 études rapportaient une amélioration de l’efficacité des traitements, 10 ne montraient aucun bénéfice et 2 autres rapportaient une diminution d’efficacité de la chimiothérapie, associée à une baisse de survie.

Seul point commun à la majorité des études cliniques, les régimes ou le jeûne intermittent induisaient une perte de poids significative. Or, chez certains patients celle-ci peut altérer le pronostic, notamment lorsqu’il s’agit d’une perte de masse musculaire. 

En bref 

1 - L’analyse des connaissances scientifiques disponibles ne permet pas de conclure à l’intérêt des régimes restrictifs et du jeûne, qu’ils soient réalisés dans une optique de prévention primaire des cancers ou pour améliorer l’efficacité des traitements ou la qualité de vie des patients.

 

2 - La perte de poids et de masse musculaire qui ont pu être observées lors des études cliniques constituent un risque d’aggravation de la dénutrition et de la sarcopénie, deux facteurs associés à un moins bon pronostic des patients. Une vigilance particulière doit donc être accordée à la surveillance de ces facteurs, par les équipes médicales qui accompagnent les patients souhaitant suivre de tels régimes.

Un besoin criant de précision

Derrière des questions cliniques qui peuvent sembler simples – un jeûne de deux jours avant une chimiothérapie permet-il d’optimiser les effets du traitement ? – réside en fait une très grande complexité physiologique. Le jeûne ou les régimes restrictifs induisent le déplacement d’équilibres métaboliques à l’échelle de tout l’organisme. Si ces modifications commencent à être bien connues chez une personne bien portante, elles le sont beaucoup moins lorsqu’un métabolisme tumoral s’invite dans l’équation ! De plus, l’idée d’un métabolisme tumoral unique laisse place à une vision plus complexe, dictée par la connaissance grandissante de l’hétérogénéité des tumeurs. Toutes les cellules tumorales ne consomment pas les mêmes nutriments, en fonction de leur position au sein de la tumeur ou selon le degré de développement de celle-ci ; il est donc probable que des modifications d’équilibres métaboliques généraux n’aient pas toujours les mêmes effets sur les cellules tumorales.

Mais alors, comment  obtenir des réponses ? Bruno Raynard affirme que des études cliniques de grande envergure doivent être réalisées, intégrant systématiquement un groupe « contrôle ». Le point clé, selon le chercheur, « sera de poser des questions précises et d’y répondre auprès de groupes de patients les plus homogènes possibles». A titre de contre-exemple, Bruno Raynard rappelle que certaines études analysées dans l’expertise ne comportaient pas d’évaluation nutritionnelle des patients lors de leur inclusion dans l’essai. Comment comparer l’effet du jeûne chez un patient sédentaire en surpoids et chez un autre, sportif entraîné ? Ces dernières années, 37 études ont été initiées. Parmi elles, deux ont été suspendues (difficulté à recruter les patients ; régime non suivi), 24 sont encore en cours et 11 sont déjà terminées, dont les résultats se font attendre.

Aujourd’hui, dans la pratique

Quelles que soient les connaissances scientifiques actuelles, l’ensemble des experts du groupe de travail a pris acte du besoin impérieux de dialogue et d’accompagnement des patients qui souhaitent suivre un régime restrictif ou jeûner. L’expertise produite offre des outils aux professionnels pour informer les patients sur les limites de ces pratiques et, en particulier, sur le risque réel de dénutrition ou de sarcopénie (perte de masse musculaire). Parallèlement, les équipes médicales devraient pouvoir s’appuyer sur un suivi nutritionnel tout au long de la prise en charge, pour s’assurer de la bonne « santé métabolique » des patients.

En savoir plus 

Pour en savoir plus, consulter le rapport sur le site du réseau National Alimentation Cancer Recherche : www6.inra.fr/nacre/Le-reseau-NACRe/Outils-pour-professionnels/Rapport-NACRe-jeune-regimes-restrictifs-cancer-2017

 

L’INCa, qui a accompagné la réalisation de ce rapport, a publié une fiche repère qui en synthétise les principaux résultats : www.e-cancer.fr/Actualites-et-evenements/Actualites/Fiche-reperes-Jeune-regimes-restrictifs-et-cancer


R. D.


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