Prix Nobel de physiologie et médecine : le contrôle du système immunitaire sur le devant de la scène scientifique (encore!)
08 octobre 2025 Dernière mise à jour : 12-06-2026
En 2025, le Prix Nobel de Physiologie et de Médecine va être décerné à Mary E. Brunkow, Fred Ramsdell et Shimon Sakaguchi, pour leur travaux sur les lymphocytes T dits « régulateurs » et leur rôle dans la « tolérance périphérique ». Des découvertes fondatrices pour de nombreux champs de recherche, fondamentale et biomédicale.
1995 - découverte d'une fonction immunitaire
Dans les années 90, Shimon Sakaguchi met le doigt sur une fonction qui semble vitale, sans laquelle nos organismes seraient perpétuellement exposés à des réactions auto-immunes (notre système de défense réagit contre des éléments de notre propre organisme) ou à des réactions de défense disproportionnées (notre système de défense sur-réagit face à des menaces mineurs et/ou déjà circonscrites). Ce qui est salué aujourd’hui, tout juste 30 ans après ses publications fondatrices, c’est l’identification d’une population de cellules immunitaires de la famille des lymphocytes T, les cellules T régulatrices (Treg). Une population bien particulière qui parvient à calmer ses congénères, les lymphocytes T helper ou T killer, qui organisent la reconnaissance et la destruction des agents pathogènes, des cellules infectées ou malades… Les Treg, disséminées à travers nos organisme, permettrait d’imposer un état de tolérance à notre système immunitaire, potentiellement trop prompt à montrer les dents.
2001 - Une chercheuse et un chercheur américains identifient un gène dont la mutation est impliquée dans l'émergence de troubles auto-immuns sévères.
C’est une quête de 60 à laquelle Mary Brunkow et Fred Ramsdell mettent fin, en 2001, lorsqu’ils publient un article dans la revue Nature Genetics, qui décrit le gène Foxp3 comme étant la clé d’une question qui avait émergé dans les années 40 : dans le laboratoire qui mettait au point la bombe nucléaire, des chercheurs qui étudiaient les conséquences des radiations avaient décrit des souris qui souffraient des troubles auto-immuns (des lymphocytes T agressaient les propres tissus des souris). Une conditions très sévères, qui pouvait se transmettre d’une génération à l’autre. L’avènement des outils d’analyse moléculaire ont eut raison de la question à la fin des années 90 et, en 2001, donc, le lien est fait entre la mutation de Foxp3 et les troubles auto-immuns sévères, chez les souris du Projet Manhattan comme chez les nourrissons humains touchés par un syndrome complexe et (heureusement) rare, le syndrome IPEX.
2003 - le puzzle est assemblé
Avec la découverte de ce gène, les découvertes de Shimon Sakaguchi peuvent être analysées sous un nouveau jour. Et de fait, celui-ci publie à peine deux ans plus tard, dans la revue Science, un autre article fondateur pour l’immunologie moderne : la protéine FOXP3 est responsable de la destinée « régulatrice » des lymphocyte T qui l’expriment !
En cancérologie, la régulation des défenses immunitaires est une clé
Ces découvertes, depuis les années 90, ont évidemment été majeures pour le domaine de la lutte contre les maladies auto-immunes et pour celui des greffes, notamment. Mais elles ont aussi permis de mieux comprendre comment les cancers se développent en passant sous les radars du système immunitaire. Il y a sept ans, d’ailleurs, un duo américano japonais recevait déjà le précieux Prix Nobel, pour des travaux sur la description des points de contrôle immunitaire, à l’origine des immunothérapies qui ont radicalement changé la donne face à de nombreux cancers. (Prix Nobel de médecine et physiologie : le temps des immunothérapies – Fondation ARC pour la recher…).
Les relations entre les cellules tumorales et les cellules Treg sont nombreuses et complexes et constituent un champ d’investigation qui reste à explorer et laisse imaginer de multiples stratégies thérapeutiques potentielles.