Le rôle des polluants de l’air dans le risque de cancer du sein

29 mai 2026 Dernière mise à jour : 29-05-2026

Cancer du seinRecherche

A la direction du département « Prévention Cancer Environnement » du Centre Léon Bérard, à Lyon, la professeure Béatrice Fervers nous présente les résultats de l’étude XENAIR soutenue par la Fondation ARC.

Béatrice Fervers
Pr Béatrice Fervers

Quel était l’objectif de vos recherches sur le cancer du sein ?

La pollution atmosphérique en général et plusieurs polluants en particulier ont été classés « cancérogènes certains » en 2013, avec un lien causal notamment pour le cancer du poumon.

En revanche, les données concernant le cancer du sein étaient insuffisantes pour établir un tel lien. En 2016, avec le soutien de la Fondation ARC, j’ai lancé l’une des plus grandes études au monde sur ce thème, l’étude XENAIR, afin d’explorer les liens entre pollution de l’air et cancer du sein.

Comment avez-vous procédé pour mener cette étude ?

Cette étude s’appuie sur la cohorte nationale française E3N Générations et inclut les données de 5 000 femmes ayant eu un cancer du sein entre 1990 et 2011, comparées à celles de 5 000 femmes similaires qui n’en avaient pas. À partir de leurs adresses d’habitation successives et à l’aide de nouveaux modèles de cartographie des concentrations et de la dispersion de huit polluants de l’air (issus de rejets industriels, des processus de combustion, du trafic routier, etc.), nous avons estimé les niveaux d’exposition de chacune à ces polluants. Les facteurs de risque connus de cancer du sein ont été pris en compte dans l’analyse, qu’ils soient hormonaux, génétiques, comportementaux ou environnementaux. Nous avons ensuite comparé les expositions à ces huit polluants de l’air, des femmes atteintes de cancer du sein à celles du groupe témoin.

Quels sont les résultats que vous avez obtenus ?

Nous avons mis en évidence une association entre le risque de cancer du sein et l’exposition chronique à faible dose pour cinq de ces polluants.

L’association était significative pour le dioxyde d’azote (NO²), les polychlorobiphényles (PCB) et le benzoapyrène (BaP), et positive pour les particules PM10 et PM2,5. Nos derniers résultats ont de plus montré une augmentation du risque chez les femmes exposées simultanément à des niveaux élevés de plusieurs polluants, notamment le NO², le PCB et les PM en milieu urbain dense (métropoles de Lyon et de Paris). Ces résultats suggèrent que réduire les niveaux de concentrations dans l’air de ces cinq polluants permettrait de contribuer à diminuer le risque de cancer du sein.