La chirurgie dans le traitement du cancer colorectal

Si la chirurgie constitue le traitement de base du cancer colorectal, la chimiothérapie et les thérapies ciblées seront parfois utilisées seules ou en association selon le stade de la maladie.

01 avril 2022 Dernière mise à jour : 08-04-2026

La chirurgie constitue le traitement de référence des cancers colorectaux. À moins d’une contre-indication particulière (âge, état général du patient…), elle est proposée à tous les stades de la maladie. L’intervention consiste à enlever la zone du côlon ou du rectum comprenant la tumeur ainsi qu’une marge de sécurité (5 cm minimum en général, 1 cm minimum pour certains cancers du rectum) autour de la tumeur afin de ne pas laisser de cellules cancéreuses en place. La zone retirée est plus ou moins importante selon la localisation de la tumeur et son extension :

  • l’hémicolectomie droite ou gauche est nécessaire lorsque la tumeur est respectivement dans le côlon droit ou gauche ; ce geste consiste à retirer la moitié droite ou gauche du côlon ainsi que la moitié adjacente du côlon transverse ;
  • on parle de sigmoïdectomie lorsque la tumeur est située sur la partie terminale (sigmoïde) du côlon ;
  • pour quelques cas très avancés, il est nécessaire de retirer la totalité du côlon : on parle de colectomie totale ;
  • pour les tumeurs localisées au niveau du rectum, tout ou partie de ce dernier doit être retiré : c’est une proctectomie.

Dans tous les cas, les ganglions lymphatiques drainant la zone du corps affectée doivent également être retirés car ils peuvent contenir des cellules cancéreuses ayant déjà commencé à se disséminer. Par ailleurs, le retrait de la partie du mésocôlon ou du mésorectum qui entoure la tumeur permet d’améliorer le succès de l’opération en diminuant le risque de récidive.

Si la tumeur est très localisée et sans atteinte ganglionnaire, l’intervention chirurgicale est dite curative, c’est-à-dire que le patient est considéré comme traité par la chirurgie seule.

Si la tumeur a envahi les organes voisins, l’ensemble des lésions locales doit être retiré en même temps. Une chimiothérapie est souvent prescrite avant la chirurgie pour diminuer le volume des lésions à retirer.

Enfin, si le cancer est métastatique, il est possible de retirer les métastases immédiatement et/ou dans un second temps, mais à ce stade, l’intérêt de la chirurgie dépendra de l’extension de la maladie, de l’effet du traitement par chimiothérapie et de l’état général du patient.

Le déroulement de l'opération

La chirurgie nécessite une préparation du côlon comme celle qui est réalisée avant une coloscopie. Elle se déroule sous anesthésie générale.

Trois possibilités s’offrent au chirurgien :

  • la laparotomie : c’est l’opération chirurgicale classique qui consiste à faire une incision dans la paroi abdominale. Le chirurgien retire la tumeur et la partie de l’intestin touchée, ainsi que les vaisseaux et les zones voisines contenant des ganglions lymphatiques. Une suture relie alors les deux extrémités du côlon ;
  • la coelioscopie : c’est une alternative fréquente à la laparotomie, aujourd’hui recommandée pour les tumeurs n’ayant pas envahi les organes à proximité. Elle permet d’éviter de faire une large incision à travers la paroi abdominale : trois ou quatre petits orifices d’environ un centimètre suffisent pour faire passer une micro-caméra et les instruments chirurgicaux. La tumeur et le tissu adjacent sont prélevés par l’un de ces orifices. Les deux extrémités du tube digestif sont ensuite raccordées. La coelioscopie offre la même sécurité que la laparotomie tout en améliorant la qualité de vie des patients en diminuant la douleur postopératoire, la durée d’hospitalisation ainsi que les risques d’occlusion intestinale et d’éventration abdominale.
  • l’exérèse par voie transanale : il est possible de passer par les voies naturelles pour retirer les tumeurs petites et superficielles du rectum situées suffisamment près de l’anus. La microchirurgie endoscopique transanale consiste à retirer la paroi malade du rectum en utilisant un appareil de visualisation (rectoscope) permettant l’insertion des instruments chirurgicaux. Encore en développement en France, cette procédure nécessite une expertise particulière.

La tumeur et tous les tissus retirés lors de l’opération sont analysés par microscopie. Cet examen permet d’affiner le stade d’évolution de la tumeur et de déterminer si une chimiothérapie devra être prescrite après l’opération.

Les suites et les effets secondaires de la chirurgie

Si, au cours de l’opération, l’inflammation locale est trop importante ou que la cicatrisation des deux extrémités du tube digestif semble difficile, le chirurgien peut décider de mettre en place une colostomie : il s’agit d’une poche collée à un orifice de l’abdomen dans laquelle sont récoltées les selles. La plupart du temps, celle-ci est temporaire et la continuité du transit est rétablie une fois la cicatrisation achevée.

À l’issue de l’opération, des antalgiques sont prescrits pour soulager les douleurs fréquemment ressenties au niveau du ventre.

Un drain est mis en place pour collecter durant les quelques jours postopératoires le sang ou la lymphe qui pourraient s’accumuler dans la zone opérée. Il n’est pas possible de reprendre immédiatement une alimentation normale. Des perfusions intraveineuses de nutrition la remplacent pendant un à deux jours. Ensuite, une alimentation entérale, administrée par sonde, peut être temporairement nécessaire. Progressivement, le patient pourra manger à nouveau normalement. Des diarrhées, parfois invalidantes, peuvent cependant persister deux à trois mois après l’opération.

Ce dossier a bénéficié du concours du Dr Maximilien Héran, oncologue médical à l’Hôpital Saint-Antoine, Paris.