Les thérapies ciblées et les immunothérapies dans le traitement du cancer colorectal
Parallèlement à la chimiothérapie, une classe de médicaments est utilisée depuis quelques années dans certains cas de cancers colorectaux : les thérapies ciblées.
01 avril 2022 Dernière mise à jour : 08-04-2026
Parallèlement à la chimiothérapie, une classe de médicaments est utilisée depuis quelques années dans certains cas de cancers colorectaux : les thérapies ciblées. Il s’agit de molécules capables de bloquer un mécanisme spécifique de croissance ou de prolifération des cellules cancéreuses.
Ces traitements sont prescrits en cures espacées d’une à deux semaines dans le traitement des tumeurs métastatiques, souvent en complément de la chimiothérapie. Une thérapie ciblée et une chimiothérapie peuvent être administrées en même temps pour plus de praticité pour le patient.
Les thérapies ciblées utilisées dans les cancers colorectaux
Les thérapies ciblées les plus anciennes et les plus utilisées sont ce qu’on appelle des anticorps monoclonaux. Ce sont des médicaments qui, à l’image des anticorps produits par l’organisme pour tuer virus, bactéries ou cellules cancéreuses, sont fabriqués pour se fixer sur certaines protéines essentielles au développement de la tumeur.
Aujourd’hui, les plus employés dans les cancers colorectaux sont des inhibiteurs d’une protéine appelée VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor) qui contribue à la formation de vaisseaux sanguins permettant à la tumeur de bénéficier de l’oxygène et des nutriments nécessaires à sa croissance.
En empêchant la formation de ces vaisseaux, les « anti-VEGF » limitent l’apport sanguin vers la tumeur et freinent son développement. On compte parmi eux le bévacizumab (Avastin®), l’aflibercept (Zaltrap®) et le régorafénib (Stivarga®). Ils sont en particulier utilisés en présence d’une anomalie des gènes RAS. D’autres thérapies ciblées bloquent le récepteur de l’EGF (Epidermal Growth Factor), un facteur de croissance situé à la surface des cellules cancéreuses, responsable d’une cascade d’événements à l’intérieur de la cellule aboutissant à sa division. L’inhibition de l’EGF freine ainsi la croissance de la tumeur. Le cetuximab (Erbitux®) et le panitumumab (Vectibix®) en font partie. Les études ont cependant montré qu’en pratique, ces traitements n’étaient pas efficaces chez tous les patients. La présence d’une mutation des gènes RAS rend en effet les cellules cancéreuses moins sensibles à l’action du cetuximab et du panitumumab. C’est pourquoi elle est toujours recherchée avant la mise en place de ces traitements.
Récemment, l’encorafenib (Braftovi®) a été approuvé en France pour cibler la mutation du gène BRAF, en association au cetuximab, dans le traitement de patients atteints de cancer colorectal métastatique porteur de l’anomalie de BRAF.
Les effets secondaires des thérapies ciblées
Les thérapies ciblées sont généralement bien tolérées. Les effets secondaires les plus fréquents sont une hypertension artérielle modérée et la présence de protéines dans les urines pouvant révéler une atteinte de la fonction rénale. Le médecin peut prescrire des traitements permettant de soulager ces symptômes. D’exceptionnelles complications plus graves (perforation, hémorragie, formation de caillots) ont été également rapportées. Les anti-EGFR (cetuximab et panitumumab) peuvent aussi entraîner des troubles cutanés au niveau des mains et des pieds.
Ce sont des traitements qui se basent sur les capacités de notre système immunitaire à nous défendre contre les agents pathogènes, mais aussi les cellules cancéreuses. Elles ne sont utilisées que dans les rares cas de cancer métastatique avec instabilité microsatellitaire, mais peuvent alors être très efficaces. Le pembrolizumab (Keytruda®) représente l’immunothérapie de choix dans cette indication. Il cible une protéine présente à la surface de certaines cellules immunitaires (les lymphocytes T) qui entrave leur activité de défense. Sous l’action du pembrolizumab, les cellules immunitaires retrouvent leur capacité à attaquer les cellules malignes.
Ce dossier a bénéficié du concours du Dr Maximilien Héran, oncologue médical à l’Hôpital Saint-Antoine, Paris.