La chirurgie dans le traitement du cancer de l'estomac

La chirurgie de l’estomac, ou gastrectomie, est le principal traitement des cancers gastriques localisés. Elle peut être partielle ou totale selon la localisation de la tumeur et l’extension de la maladie.

01 avril 2024 Dernière mise à jour : 24-04-2026

La préparation à la chirurgie

Avant la chirurgie, le patient :

  • est informé sur l’opération par le chirurgien ;
  • consulte l’anesthésiste afin que celui-ci évalue d’éventuelles comorbidités associées du patient et tout risque lié à l’anesthésie ;
  • doit, si possible, arrêter de fumer ;
  • bénéficie pendant les jours précédents d’une complémentation nutritionnelle, par voie orale ou par sonde, avec une préparation enrichie en nutriments. Ainsi le patient, surtout s’il a perdu du poids, supportera mieux l’intervention, luttera plus efficacement contre les éventuelles infections et récupérera plus vite.

Le patient est en général hospitalisé la veille de l’intervention.

Le choix de la chirurgie et ses modalités

La chirurgie de l’estomac, ou gastrectomie, est le principal traitement des cancers gastriques localisés. Elle peut être partielle ou totale selon la localisation de la tumeur et l’extension de la maladie.

  • La gastrectomie partielle peut être pratiquée lorsque la tumeur est située dans la partie inférieure de l’estomac, loin de l’œsophage (antre, pylore) et qu’elle n’est ni trop volumineuse, ni diffuse. Il s’agit d’une opération visant à retirer les 4/5 de l’estomac en laissant en place un « sac » stomacal qui permettra un meilleur confort digestif.
  • La gastrectomie totale est réalisée lorsque la tumeur est située au niveau du corps de l’estomac ou du cardia. L’estomac est retiré entièrement. L’extrémité de l’œsophage est alors raccordée à l’intestin grêle : cette reconstruction est appelée « anastomose œso-jéjunale ».

Dans les deux cas, une marge de sécurité suffisante de tissu apparemment sain doit être prélevée, en quantité plus ou moins importante selon le type de tumeur. Cela permet de s’assurer de retirer toutes les cellules cancéreuses.

 

L’ablation (ou résection) chirurgicale de la tumeur peut être réalisée selon trois modalités.

  • La laparotomie (avec incision de l’abdomen) est la principale méthode utilisée pour une gastrectomie totale ou partielle. Elle est réalisée sous anesthésie générale après une période de jeûne de six heures minimum. L’opération dure généralement quatre à cinq heures.
  • La coelioscopie (ou laparoscopie), simple ou assistée par la robotique, est de plus en plus souvent pratiquée à la place de la laparotomie classique dans des centres experts prenant en charge des personnes atteintes de cancers. La coelioscopie permet d’éviter de faire une large incision à travers la paroi abdominale : trois à cinq petits orifices de quelques centimètres suffisent pour faire passer une micro-caméra et de petits instruments chirurgicaux afin de retirer l’estomac ou une partie de l’estomac. L’assistance robotique peut améliorer la précision du geste opératoire et la visibilité dans l’abdomen. Chez les patients pour qui cette technique est possible, la coelioscopie pour la chirurgie du cancer gastrique réduirait les douleurs, les saignements et d’autres complications post-opératoires, ainsi que la durée de l’hospitalisation et de la récupération, pour une efficacité chirurgicale similaire. Un curage ganglionnaire est réalisé en même temps que la résection chirurgicale : il s’agit de l’ablation des ganglions lymphatiques voisins de l’estomac. Ce geste permet de voir s’il y a des cellules cancéreuses dans les ganglions et le cas échéant, de réduire les risques de dissémination au reste de l’organisme et de récidive. Selon l’avancée de la maladie, le nombre de ganglions retirés est plus ou moins important.
  • La résection par endoscopie est possible si la tumeur a été découverte à un stade précoce (T1), qu’elle est très petite, peu profonde et sans extension au-delà de la muqueuse de l’estomac, aux ganglions lymphatiques ou à d’autres organes. En France, seuls 5 % des cancers de l’estomac peuvent être traités par cette méthode. Le déroulement de l’opération est similaire à celui d’une endoscopie diagnostique, mais la sonde est couplée à de petits instruments chirurgicaux utilisés pour sectionner la tumeur et la retirer. Il n’y a donc aucune incision de la peau de l’abdomen. La technique opératoire s’appelle mucosectomie ou dissection sous-muqueuse.
La chirurgie du cancer du cardia

En cas d’adénocarcinome du cardia, deux pistes peuvent être envisagées :

  • une résection endoscopique en cas de tumeur très superficielle ;
  • une ablation du bas de l’œsophage par voie transthoracique (par une incision au niveau du thorax) associée à une laparotomie ou par voie trans-hiatale (sans incision au niveau du thorax mais avec deux petites incisions) avec gastrectomie totale ou partielle.

 

Cette chirurgie est aussi accompagnée, par précaution, d’un curage ganglionnaire. Selon que la gastrectomie est totale ou partielle, une anastomose entre le haut de l’œsophage et l’intestin grêle ou entre l’œsophage et l’estomac est réalisée.

Les suites de l’intervention chirurgicale

À la fin de l’opération, des drains sont, dans certains cas, posés à travers la peau au niveau de l’abdomen : ces tubes fins permettent d’évacuer à l’extérieur les liquides qui pourraient s’accumuler au niveau de la zone opérée. Ils sont retirés après quelques jours. Une sonde urinaire peut également être posée jusqu’à ce que le patient puisse se lever. La douleur est fréquente après l’opération chirurgicale : un traitement antalgique est proposé à chaque patient, en fonction de l’intensité de la douleur qu’il ressent.
Durant les premiers jours suivant l’opération, le patient est nourri par une fine sonde nasogastrique, c’est-à-dire introduite jusqu’au tube digestif par le nez, ou par voie intraveineuse. En fonction de la méthode opératoire, de l’état général du patient et du risque de complications, le chirurgien décidera du bon moment pour la reprise de l’alimentation par voie orale après l’intervention, de préférence le plus rapidement possible afin de faciliter la récupération. Cette reprise peut débuter progressivement à partir de la fin de la première semaine, si nécessaire après vérification de l’étanchéité de l’anastomose par un examen d’imagerie. Le suivi nutritionnel postopératoire est assuré par un nutritionniste ou un diététicien.

Les risques de l'intervention

À la suite d’une chirurgie d’un cancer de l’estomac, des complications sont possibles, le principal risque (5 à 10 % des cas) étant la formation d’une fistule liée à une désunion de la suture entre l’œsophage et l’intestin. Elle entraîne la fuite du contenu du tube digestif dans la cavité abdominale, ce qui peut favoriser le développement d’un abcès, voire d’une infection généralisée. Selon les cas, le traitement peut être médical avec drainage de la fistule et arrêt de l’alimentation par voie orale, mais une nouvelle intervention chirurgicale peut être nécessaire pour fermer la fistule. Entretemps, un stent couvert de silicone – une sorte de gros ressort – peut être introduit via le tube digestif pour venir obstruer la brèche dans la suture.
Plus rarement, des hémorragies, des phlébites ou des infections au niveau des cicatrices sont observées. Un traitement spécifique sera proposé le cas échéant.

Références

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Julien Taieb et du Pr Aziz Zaanan, gastro-entérologues et oncologues digestifs à l’Hôpital européen Georges Pompidou (Paris).