Quels sont les enjeux de la recherche sur les cancers professionnels ?
La recherche sur les liens entre expositions professionnelles et cancers est longue et complexe. Face à cette problématique, les scientifiques s’activent sur plusieurs fronts. Leur principal objectif est de contribuer à mieux protéger les travailleurs.
01 février 2026 Dernière mise à jour : 05-05-2026
Mieux identifier et évaluer les risques de cancers professionnels
Les chercheurs s’efforcent d’identifier de nouveaux cancérogènes et de mener des études plus poussées sur des cancérogènes probables ou possibles afin de statuer de façon plus définitive sur leur dangerosité. Ils cherchent également à découvrir si des cancérogènes, dont le lien avec des cancers particuliers est déjà connu, pourraient également augmenter les risques d’autres cancers. L’impact sur les risques de cancers des multi-expositions, très fréquentes en milieu professionnel, représente également un sujet de préoccupation. Enfin, des scientifiques se consacrent à améliorer la recherche épidémiologique sur les cancers professionnels, tant en termes d’outils statistiques que de marqueurs biologiques.
La diversité des substances concernées et la multiplicité des situations d’exposition, les effets à faibles doses, les interactions entre différents agents (« effet cocktail »), ainsi que la complexité de leurs mécanismes d’action, constituent autant de défis pour la recherche et pour l’établissement de liens de causalité solides.
Quelques exemples de recherches en cours
Plusieurs projets de recherche évaluent actuellement les risques de cancers professionnels associés à des agents cancérogènes, par exemple les rayonnements ionisants chez les professionnels de santé et le personnel navigant. Certains travaux explorent les surrisques de divers cancers dans certains métiers, par exemple chez les professionnels de santé exposés aux médicaments anticancéreux, aux rayonnements d’imagerie ou aux agents infectieux sanguins. D’autres encore cherchent à déterminer un lien entre des cancers et des expositions spécifiques, par exemple entre le cancer de l’ovaire et l’exposition à l’amiante. Les risques de cancers liés aux pesticides chez les agriculteurs et autres professionnels utilisant ces produits sont aussi particulièrement étudiés : plusieurs projets cherchent ainsi à mettre en évidence ou confirmer un lien entre exposition aux pesticides et plusieurs cancers (LNH, cancer de la prostate, cancer du sein, tumeurs germinales du testicule…).
Explorer de nouveaux aspects des cancers professionnels
Des études se consacrent à investiguer l’impact d’expositions professionnelles fréquentes mais moins évaluées sur la survenue des cancers, comme les rayons UV solaires chez les travailleurs en extérieur et les perturbations des rythmes circadiens chez les personnes exerçant de nuit ou en horaires décalés. D’autres abordent également l’impact de perturbateurs endocriniens, comme les polychlorobiphényles utilisés dans l’agriculture ou l’industrie chimique, et des composés per- et polyfluoroalkylées (PFAS) auxquels les militaires ou pompiers peuvent être exposés, dans l’apparition de certains cancers. Enfin, des travaux scientifiques étudient les déterminants du recours à la demande de reconnaissance en maladie professionnelle, comme le niveau socio-économique.
En France, l’ANSES apporte son expertise sur les dangers, les expositions et l’évaluation des risques professionnels. Elle propose par exemple une méthode pour évaluer les risques de cancers liés à certains procédés : exposition aux médicaments anticancéreux chez les professionnels de santé ou encore aux huiles de friture chez les cuisiniers. En 2024, l’ANSES a également milité pour une mise à jour des tableaux professionnels sur des bases scientifiques, avec davantage de cancers liés à des expositions à des cancérogènes avérés.
Références
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Dr Béatrice Fervers, cancérologue et coordinatrice de l’Unité Cancer Environnement du centre Léon-Bérard (Lyon) et de la FNATH, Association des accidentés de la vie.