Quels sont les risques de cancer au travail ?

Les facteurs cancérogènes sont nombreux et largement présents dans le monde du travail. Plus les expositions sont longues, multiples et/ou intenses, plus le risque de cancer est important. Les principaux agents cancérogènes dont les risques et effets ont déjà été bien documentés sont présentés dans ce chapitre.

01 février 2026 Dernière mise à jour : 05-05-2026

Selon des études récentes, les principaux agents exposant à des risques de cancers professionnels sont actuellement des substances, mélanges et procédés chimiques : l’amiante, le chrome VI, la silice cristalline, les gaz d’échappement diesel, les fumées de soudage, les huiles minérales, les pesticides agricoles, les poussières et certaines substances contenues dans les peintures (solvants, pigments, métaux…).

Les secteurs des industries chimiques, du cuir et du caoutchouc, du bois, de la métallurgie, pétrolières ou encore de l’agriculture figurent parmi les concernés par l’exposition à ces agents.

 

L’exposition aux cancérogènes au travail en chiffres

En 2017, 11 % des salariés, soit environ 2,5 millions de personnes, auraient été exposés à au moins un produit chimique cancérogène sur leur lieu de travail en France. Du côté des agents physiques, 360 000 travailleurs étaient suivis dans le cadre d’activités professionnelles les exposant à des rayonnements ionisants en 2023. Mais ne l’oublions pas : de nombreux métiers peuvent exposer à plusieurs agents cancérogènes en même temps.

Certains cancérogènes, comme l’amiante, sont aujourd’hui interdits en France. D’autres font l’objet de valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP). C’est le cas notamment du benzène, du chlorure de vinyle, de la silice, du plomb, des poussières de bois… Une VLEP à un agent chimique ou physique est une concentration dans l’air à laquelle un travailleur peut être exposé pendant un temps déterminé sans conséquences attendues pour sa santé. On distingue la VLEP sur 8 h et la VLEP court terme.

Les cancérogènes selon le Code du travail

Entré en vigueur en 2021, un arrêté précise les substances, mélanges et procédés considérés comme cancérogènes et soumis à des règles de prévention en milieu professionnel selon le Code du travail. Outre toute substance ou mélange classé cancérogène de catégorie 1 selon le règlement européen (CLP), il s’agit notamment :

  • de la fabrication d’auramine (colorant) ;
  • du procédé à l’acide fort dans la fabrication d’alcool isopropylique ;
  • des travaux exposant :
    • aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) présents dans la suie, le goudron, la poix, la fumée ou les poussières de la houille ;
    • aux poussières, fumées ou brouillards produits lors du grillage et de l’électro-raffinage des mattes de nickel ;
    • aux poussières de bois inhalables ;
    • au formaldéhyde ;
    • à la poussière de silice cristalline alvéolaire issue de procédés de travail ;
    • à des huiles minérales qui ont été auparavant utilisées dans des moteurs à combustion interne pour lubrifier et refroidir les pièces mobiles du moteur (exposition cutanée) ;
    • aux émissions d’échappement de moteurs diesel.

Il existe également des dispositions du Code du travail concernant la protection des travailleurs exposés à des rayonnements ionisants, qui peuvent entraîner la survenue de cancers.

Les cancérogènes chimiques

Les pesticides

Les pesticides sont des produits utilisés dans l’agriculture pour prévenir ou éliminer des nuisibles : mauvaises herbes, insectes, moisissures, micro-organismes… Les travailleurs de l’agriculture, en particulier de la viticulture et de l’arboriculture, sont particulièrement exposés, y compris les saisonniers, mais aussi les fleuristes, ainsi que les ouvriers des industries des pesticides, voire les anciens employés de voirie et des espaces verts. De nombreuses substances chimiques entrant dans la formulation des pesticides sont classés cancérogènes certains (arsenic), probables (dibromure d’éthylène, glyphosate, malathion…) ou possibles (19 molécules : chlordécone, aramite, hexachlorocyclohexane, parathion…) par le CIRC.

Certains pesticides, notamment des organochlorés désormais interdits, peuvent également favoriser chez les travailleurs agricoles les lymphomes non hodgkiniens (LNH), des cancers qui se développent aux dépens de cellules du système immunitaire, la leucémie myéloïde aigüe ainsi que les leucémies chez l’enfant en cas d’exposition pendant la grossesse. D’autres cancers sont suspectés d’être liés à une exposition professionnelle aux pesticides, comme le cancer du poumon, le mélanome ou le cancer de l’ovaire, mais le lien précis, dissocié d’autres facteurs de risque professionnels (rayons UV, autres produits chimiques…), reste à établir. Concernant le chlordécone, largement utilisé dans les Antilles jusqu’en 1993 dans les bananeraies et très persistant dans l’environnement, des études soulignent la forte présomption d’un lien de cause à effet entre l’exposition et le risque de cancer de la prostate. La majorité des travailleurs agricoles de la banane aux Antilles a été exposée au chlordécone durant sa période d’utilisation.

Aujourd’hui, les LNH, dont la leucémie lymphoïde chronique et le myélome multiple (cancer de la moelle osseuse) et le cancer de la prostate, peuvent être reconnus comme maladies professionnelles pour les travailleurs ayant été exposés à des pesticides, dont le chlordécone. En 2023, 27 cancers de la prostate chez des travailleurs exposés ont été reconnus comme maladie professionnelle par l’Assurance Maladie. Des cancers bronchiques peuvent également être reconnus comme maladies professionnelles chez les travailleurs du secteur de la fabrication de pesticides arsenicaux ou leurs utilisateurs en viticulture avant leur interdiction en 2001. Le Comité d’Information et d’Enquête sur les Expositions aux Produits Pesticides (CIEVEPP) permet également la reconnaissance de pathologies de l’enfant, comme la leucémie, associées à l’exposition parentale aux pesticides.

Le formaldéhyde

Également appelé formol ou aldéhyde formique, le formaldéhyde est un désinfectant, fixateur et conservateur. Il est notamment employé dans l’industrie chimique ou du papier, pour la fabrication de résines, dans l’agriculture, dans la santé (anatomopathologie) ou dans les pompes funèbres (embaumement). Le CIRC a classé le formaldéhyde cancérogène avéré chez l’humain. L’exposition peut entraîner des cancers nasopharyngés et la leucémie myéloïde. En 2017, 185 000 salariés, autant des hommes que des femmes, auraient été exposés au formaldéhyde.

Le benzène

Cancérogène certain selon le CIRC, le benzène est un hydrocarbure aromatique monocyclique. Il est produit par raffinage industriel du pétrole, mais aussi issu d’activités de combustion (gaz d’échappement). Autrefois largement utilisé dans des secteurs comme le caoutchouc ou l’imprimerie, il est encore employé pour la fabrication de nombreux produits chimiques.

Il existe un tableau de maladie professionnelle pour les leucémies provoquées par le benzène. La reconnaissance en tant que maladie professionnelle des cancers dus au benzène intervient chez des personnes plutôt jeunes : 56 ans en moyenne.

Les gaz d’échappement diesel

Les gaz d’échappement diesel sont classés cancérogènes pour l’humain par le CIRC, en particulier pour leur teneur en HAP, benzène et formaldéhyde. Les expositions aux gaz d’échappement diesel seraient le cancérogène qui toucherait le plus grand nombre de salariés : 4 % en France. L’exposition favorise la survenue d’un cancer du poumon, voire du cancer de la vessie. Les travaux les plus à risque sont la conduite souterraine d’engins diesel, mais aussi l’entretien, la réparation et le contrôle technique de véhicules à moteur ou d’engins de chantier.

Pour vous tenir informés des derniers classements d’agents considérés comme « cancérogènes pour l’humain » (Groupe 1), vous pouvez consulter le portail cancer-environnement.fr du centre Léon Bérard (Lyon).

Le trichloréthylène et cancer du rein

Un autre solvant, le trichloréthylène, a été utilisé avant les années 1950 dans les pressings avant son remplacement par le perchloroéthylène. Classé comme cancérogène certain par le CIRC, il est aujourd’hui interdit. L’exposition à ce solvant peut favoriser la survenue de cancers du rein et de lymphomes non hodgkiniens. Depuis 2021, l’Assurance Maladie reconnaît par un tableau de maladie professionnelle ces cancers du rein provoqués par l’exposition au trichloréthylène dans le cadre du travail.

Les cancérogènes physiques

Les cancérogènes physiques correspondent à l’amiante, les poussières, certains métaux et minéraux, et les rayonnements artificiels ou naturels.

L’amiante

Le terme « amiante » désigne un ensemble de minéraux fibreux utilisés dans l’industrie. Pour un faible coût, l’amiante possède diverses propriétés : résistance au feu et à la corrosion, protection thermique ou électrique, etc. C’est pourquoi il a été largement employé dans le bâtiment jusque dans les années 1970. Depuis, il a été classé cancérogène certain pour l’humain par le CIRC. L’exposition à l’amiante est un facteur de risque des cancers du poumon et de la plèvre, mais aussi du larynx et de l’ovaire. Elle est la première cause de cancers reconnus d’origine professionnelle. L’utilisation de l’amiante est interdite en France depuis 1997, mais les professionnels du bâtiment peuvent tout de même être exposés, en particulier lors de travaux d’entretien, de démontage d’équipements et de démolition : aujourd’hui, le port de protections spécifiques et le recours à des entreprises spécialisées sont obligatoires pour ces tâches. En 2017, 122 000 salariés auraient encore été exposés à l’amiante. En 2023, l’Assurance Maladie a reconnu 1 066 cancers liés à l’amiante. Ces cancers peuvent survenir plus de 40 ans après l’exposition. Les personnes concernées par cette reconnaissance en tant que maladie professionnelle sont parmi les plus âgées : 73 ans en moyenne.

La silice cristalline

La silice cristalline est un minéral d’origine naturelle se présentant principalement sous forme de quartz, utilisé pour de nombreuses applications. C’est une substance classée cancérogène certain par le CIRC pour l’humain, responsable de cancers broncho-pulmonaires. Les personnes qui travaillent dans les secteurs de l’extraction, la transformation et l’utilisation de la silice cristalline sont concernées : mines de sable, construction, certaines industries et manufactures (pierre, verre, céramique, fonderie, métallurgie, chimie, peinture sur carrosserie…). En France, 360 000 salariés seraient exposés à la silice et entre 23 000 et 30 000 à des niveaux excédant la VLEP en vigueur.

Les poussières de bois

Des poussières de bois sont émises lors des opérations des travailleurs du secteur du bois : abattage, sciage, transport de sciure, fabrication de meubles ou d’emballages en bois… Classées cancérogènes avérés pour l’humain par le CIRC, elles sont à l’origine de 45 % des cancers de la fosse nasale et des sinus (cancers naso-sinusiens), dits « cancers du menuisier » En 2017, on estimait qu’environ 300 000 travailleurs ont été exposés aux poussières de bois. Tout cancer naso-sinusien chez un travailleur du bois doit faire évoquer une origine professionnelle. Après l’amiante, les poussières de bois sont les causes les plus fréquentes de cancers reconnus en tant que maladie professionnelle par l’Assurance Maladie.

Les fumées de soudage

Les procédés de soudage émettent des fumées nocives formées de gaz et de poussières. Ces fumées contiennent du chrome VI, du nickel, du cadmium ou encore du formaldéhyde, qui peuvent exposer les soudeurs et les travailleurs à proximité à leurs effets cancérogènes. Le CIRC a classé les fumées de soudage cancérogène certain pour l’humain en 2018 sur la base de preuves suffisantes pour les cancers du poumon et de preuves limitées pour le cancer du rein. De nouvelles études de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) permettent aujourd’hui d’ajouter le cancer du larynx. En France, plus de 520 000 salariés seraient exposés aux fumées de soudage.

La houille et le charbon

La houille (brai ou goudron) et la suie de combustion du charbon émettent des HAP cancérogènes. Les secteurs industriels concernés sont, par exemple, les cokeries et la sidérurgie. Des cancers de la vessie, de la peau et du poumon, dus à l’exposition à la houille et au charbon, peuvent être reconnus comme maladies professionnelles.

Les rayonnements ionisants

Les rayonnements ionisants artificiels sont utilisés dans de nombreux secteurs d’activité professionnelle : secteurs médical (radiologie, médecine nucléaire) et vétérinaire, industrie nucléaire, contrôle industriel, exploitation électrique, recherche scientifique… Ils sont la principale source d’exposition professionnelle à des rayonnements ionisants. Selon une étude, 6 % des salariés dans la fonction publique hospitalière seraient exposés à ces rayonnements.

Les rayonnements ionisants naturels concernent principalement l’aviation et le secteur spatial, les personnels navigants pouvant être exposés aux rayonnements cosmiques, mais aussi les travaux réalisés dans des lieux concentrant du radon, un gaz radioactif naturel émis par les sols : souterrains, sous-sols, tunnels, mines…

Des VLEP concernant l’exposition aux rayonnements ionisants ont été fixées par le Code du travail, bien qu’on estime qu’il n’existe pas de dose sans danger pour la santé : l’objectif de la prévention est de réduire au maximum l’exposition. Cette dernière est interdite pour les jeunes de moins de 18 ans et les VLEP diminuées pour les femmes enceintes. L’affectation ou le maintien à un poste à risque élevé d’exposition par les rayonnements ionisants est par ailleurs interdit pour les femmes enceintes et les femmes allaitantes.

Une surveillance individuelle régulière de la dose de rayonnements reçue par les travailleurs est obligatoire pour les entreprises. En 2022, des cancers bronchopulmonaires et des leucémies ont été reconnus comme maladies professionnelles liés aux rayonnements ionisants.

Les rayonnements ultraviolets

L’exposition aux ultraviolets (UV) du soleil est classée cancérogène pour l’homme par le CIRC. En effet, des doses excessives d’UV sont responsables de cancers de la peau. Ce facteur de risque professionnel est considéré comme très répandu. L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) estime même qu’il est le plus fréquent en Europe, avant les gaz d’échappement des moteurs diesel. Les personnes travaillant en plein air (agriculteurs, jardiniers, couvreurs, ouvriers du BTP, personnels de stations balnéaires et de ski…) sont particulièrement exposées. Actuellement, les cancers liés aux UV ne sont pas inscrits aux tableaux des maladies professionnelles. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a cependant recommandé en 2020 que les autorités compétentes reconsidèrent la reconnaissance des cancers de la peau due à l’exposition professionnelle aux UV.

Les champs électromagnétiques de radiofréquence

Les champs électromagnétiques de radiofréquence, notamment émises par les téléphones portables, ont été classés en 2011 par le CIRC cancérogènes possibles pour l’humain, car il est envisageable qu’ils puissent favoriser la survenue de cancers du cerveau (gliomes). Des recherches complémentaires doivent être menées sur l’utilisation intensive à long terme du téléphone portable. Pour le moment, une revue d’études suggère que l’exposition professionnelle aux radiofréquences des téléphones portables n’augmente probablement pas le risque de cancer du cerveau, mais sa conclusion reste prudente.

Stress au travail : pas de lien avec le cancer

À l’heure actuelle, aucun lien de causalité n’a été mis en évidence entre le stress que peuvent ressentir les salariés pendant leur activité professionnelle et la survenue d’un cancer. Cependant, le stress peut être à l’origine de conduites addictives comme le tabagisme ou l’alcoolisme ou encore d’une alimentation déséquilibrée qui, elles, sont des facteurs de risque importants de cancer.

Les cancérogènes biologiques

Certains virus comme ceux des hépatites, les papillomavirus (de type 16 et 18) et le virus d’Epstein-Barr, auxquels les professionnels du secteur médical peuvent être exposés, sont reconnus comme des facteurs de risque de cancer. C’est aussi le cas de l’exposition aux mycotoxines, des substances produites par des champignons microscopiques (moisissures), qui concernent le milieu agricole et l’agroalimentaire. Les infections d’origine professionnelle par les virus des hépatites A, B, C, D et E font l’objet d’un tableau de maladie professionnelle.

Le travail de nuit, un cancérogène probable

Des enquêtes réalisées auprès d’infirmières et d’hôtesses de l’air ont montré que le travail de nuit sur plusieurs années augmentait les risques de cancer du sein. En 2012, une équipe de l’Inserm soutenue par la Fondation ARC a en effet mis en évidence un risque de développer un cancer du sein augmenté d’environ 30 % chez les femmes ayant travaillé de nuit par rapport aux autres femmes. Le travail de nuit est classé « cancérogène probable » par le CIRC depuis 2019. En 2024, 7 personnes en France ont obtenu la reconnaissance de leur cancer du sein comme maladie professionnelle, six femmes et un homme.

Quelles sont les principales voies d’exposition ?

L’inhalation

Poussières et poudres en suspension, gaz, fumées, aérosols, vapeurs, particules radioactives… De nombreux agents cancérogènes, chimiques ou physiques, peuvent être présents dans l’air que l’on respire sur le lieu de travail. Le plus souvent, c’est donc par voie respiratoire qu’a lieu la contamination.

L’ingestion

La contamination de l’organisme par voie orale est plus rare. Toutefois, il est possible d’ingérer des particules de produits cancérogènes en portant ses mains ou des objets contaminés à la bouche. Il est aussi possible d’avaler des particules qui se déposent sur le visage, en particulier sur les lèvres.

La voie cutanée

Certains agents cancérogènes peuvent pénétrer dans l’organisme à travers la peau. La contamination peut avoir lieu lorsque le produit est manipulé à mains nues, mais aussi en recevant des projections du produit ou par contact avec un objet (chiffon imbibé) ou un plan de travail contaminé.

À noter que de nombreux agents peuvent être cancérogènes par plusieurs voies d’exposition.

Par ailleurs, si des particules radioactives peuvent être inhalées, l’exposition aux rayonnements ionisants ou non ionisants n’a pas besoin de contact direct avec l’organisme, puisque la source de rayonnements entraîne des effets à distance (irradiation externe).

Références

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Dr Béatrice Fervers, cancérologue et coordinatrice de l’Unité Cancer Environnement du centre Léon-Bérard (Lyon) et de la FNATH, Association des accidentés de la vie.