Comment diagnostique-t-on une leucémie chez un adulte ?
Plusieurs examens sont nécessaires pour établir le diagnostic d'une leucémie.
Le diagnostic des leucémies aigües
La prise de sang
Une leucémie peut être suspectée à la suite d’une simple prise de sang, lorsque la numération de la formule sanguine (NFS) est anormale : l’analyse sanguine montre alors une baisse du nombre de globules rouges, de plaquettes et de polynucléaires. Elle peut aussi mettre en évidence la présence de cellules leucémiques au travers d’une quantité de globules blancs anormalement élevée.
Si les résultats de la NFS laissent suspecter une leucémie aigüe, le patient doit être adressé à un centre d’hématologie spécialisé pour confirmer le diagnostic grâce à un myélogramme.
Le myélogramme
Le myélogramme est l’examen clé permettant de poser un diagnostic de leucémie aigüe. Il consiste à analyser les cellules de la moelle osseuse au microscope. Le prélèvement de moelle osseuse est effectué par ponction dans le sternum ou dans l’os du bassin (épine iliaque) à l’aide d’une aiguille fine. Ce geste ne dure que quelques secondes mais peut être douloureux. Une anesthésie peut être nécessaire, notamment en cas de prélèvement au niveau du bassin. Le diagnostic est confirmé si l’analyse montre que la moelle contient plus de 20 % de cellules immatures appelées blastes. L’analyse morphologique (la forme des cellules) et moléculaire (recherche de protéines à la surface des cellules, caractéristiques d’une leucémie) permet de définir la sous-catégorie de leucémie aigüe.
Les autres examens
D’autres examens biologiques permettent d’obtenir des données complémentaires afin de mieux caractériser la maladie. C’est le cas du caryotype médullaire qui consiste à observer les chromosomes des cellules cancéreuses. C’est également le cas de l’analyse génétique des cellules leucémiques.
Le séquençage d’ADN permet d’identifier des mutations rendant ou non le patient éligible à certains traitements ciblés pour adapter la stratégie thérapeutique. Ces analyses permettent de préciser le pronostic et d’améliorer la personnalisation du traitement.
Dans environ 30 % des cas, la leucémie aigüe lymphoïde est dite « à chromosome Philadelphie ». Elle est provoquée par une altération chromosomique qui la rend éligible à un traitement spécifique.
La leucémie promyélocytaire aigüe est un sous-type de leucémie myéloïde aigüe due à un échange de matériel génétique entre deux chromosomes 15 et 17. Elle représente 10 à 15 % des leucémies myéloïdes aigües, touchant des sujets souvent plus jeunes. Les patients présentent fréquemment un trouble de la coagulation.
Il s’agit d’un chromosome hybride, résultant de la fusion de deux morceaux de chromosomes différents : 9 et 22. Cette anomalie, dont la cause est inconnue, aboutit à la formation d’un gène de fusion BCR-ABL avec un morceau de gène ABL du chromosome 9 et un morceau du gène BCR du chromosome 22. L’expression de ce gène anormal entraîne la synthèse d’une protéine tronquée BCR-ABL appelée oncoprotéine qui stimule en permanence la division des cellules et s’oppose à la destruction des cellules malignes.
Le diagnostic des leucémies chroniques
Le diagnostic de la leucémie lymphoïde chronique
Une leucémie lymphoïde chronique est suspectée dès lors que la numération de la formule sanguine (NFS), réalisée à partir d’une simple prise de sang, montre une augmentation anormale du nombre de lymphocytes. Un examen nommé « immunophénotypage des cellules » est alors indispensable : il caractérise précisément le profil des lymphocytes grâce à des réactifs biologiques. Associées à l’examen clinique du patient, ces données biologiques permettent de déterminer le stade d’avancée de la maladie et donc le traitement le plus approprié :
• au stade A, l’augmentation des lymphocytes est la seule anomalie identifiée. Aucun symptôme n’y est associé. Ce stade de maladie ne justifie pas de traitement car la plupart des malades restent stables pendant de nombreuses années. Cependant, une NFS de contrôle est effectuée tous les six à douze mois afin de repérer une éventuelle aggravation ;
• au stade B, le patient présente une augmentation du volume de la rate ou des ganglions dans trois régions différentes du corps (ganglions cervicaux, axillaires, inguinaux…). Ces anomalies sont dues aux lymphocytes anormaux qui ont quitté le sang et la moelle osseuse pour aller s’accumuler dans ces « réservoirs » ;
• au stade C, l’augmentation du nombre des lymphocytes est associée à une baisse anormale du nombre de globules rouges (anémie) ou de plaquettes (thrombopénie).
Le diagnostic de la leucémie myéloïde chronique
Une leucémie myéloïde chronique est suspectée dès lors que la NFS met en évidence une myélémie, c’est-à-dire la présence de nombreuses cellules jeunes immatures de la moelle osseuse dans le sang. Pour confirmer ce diagnostic, un myélogramme doit être réalisé. La moelle osseuse ainsi prélevée est analysée au microscope. Le diagnostic de leucémie est confirmé si un envahissement de la moelle par des cellules immatures est observé. Parallèlement, le caryotype des cellules, c’est-à-dire leurs chromosomes, est étudié. La présence du chromosome Philadelphie permet de préciser qu’il s’agit bien d’une leucémie myéloïde chronique.
On repère plusieurs phases de la maladie :
• la phase chronique qui peut rester stable durant plusieurs années et qui reste asymptomatique. Moins de 6 % des cellules du sang ou de la moelle osseuse sont alors anormales. Un traitement est proposé dès le stade chronique pour éviter l’évolution de la leucémie myéloïde chronique vers les phases suivantes ;
• Durant la phase accélérée, on compte 6 à 30 % de cellules anormales. Elles commencent à perturber la différenciation des autres cellules du sang ;
• La phase dite « blastique » de la maladie est atteinte lorsqu’il y a plus de 30 % de cellules anormales dans le sang. Ce stade, qui évolue rapidement, met en jeu la vie du patient.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Professeur Bruno Quesnel, du Service des maladies du sang, Hôpital Huriez, CHU Lille et directeur d’équipe INSERM/CNRS à l’Institut pour la recherche sur le cancer de Lille.