Quels sont les enjeux de la recherche sur les lymphomes hodgkiniens ?
En quarante ans, les progrès réalisés dans la prise en charge thérapeutique ont permis de révolutionner le pronostic du lymphome hodgkinien. Aujourd’hui, les chercheurs travaillent à mettre au point de nouveaux traitements, aussi efficaces mais présentant moins d’effets secondaires, et des stratégies pour lutter contre les formes résistantes de la maladie.
01 novembre 2024 Dernière mise à jour : 16-04-2026
Les thérapies ciblées
De nombreuses molécules de thérapie ciblée sont aujourd’hui en cours d’évaluation. Ce sont des médicaments qui agissent directement au niveau de la cellule cancéreuse en bloquant des mécanismes biologiques indispensables à sa survie. C’est le cas des anticorps monoclonaux qui reconnaissent spécifiquement les cellules du lymphome mais ne se lient pas aux cellules saines. Un premier anticorps monoclonal, le brentuximab vedotin a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en 2012. Il se lie aux molécules CD30, présentes en très grand nombre sur la membrane des cellules de Reed-Sternberg. Son indication en monothérapie concerne, pour le moment, uniquement les patients adultes en rechute après une greffe autologue de cellules souches ou après un échec des traitements conventionnels. Si les résultats des études se confirment, ce médicament pourrait, à terme, être proposé en première ligne de traitement.
Les oncologues disposent d’un autre anticorps monoclonal qui cible le récepteur PD1 présent à la surface des lymphocytes T du microenvironnement tumoral. Cet inhibiteur de point de contrôle (checkpoint inhibitor), ou antiPD1, est couplé à la chimiothérapie chez les jeunes malades, et prescrit en monothérapie chez les plus âgés. Il est proposé aux patients en situation de rechute, en particulier ceux éligibles à la greffe de cellules souches de moelle osseuse chez lesquels il donne d’excellents résultats (taux de réponse global de 95 %) ; il est par ailleurs actuellement testé en première ligne de traitement dans des essais thérapeutiques.
Un des outils thérapeutiques les plus prometteurs en oncologie repose sur l’association d’un anticorps à une molécule anticancéreuse. Ces anticorps couplés à des cytotoxiques sont aussi appelés immunoconjugués ou anticorps conjugués ; c’est toutefois le plus souvent l’acronyme de leur nom en anglais, antibodydrug conjugate (ADC), qui est utilisé. Capable de reconnaître spécifiquement la cellule tumorale, l’anticorps se fixe à sa surface, puis pénètre à l’intérieur de la cellule où le médicament peut agir. Cette thérapie ciblée permet de délivrer une molécule toxique à haute dose exclusivement dans les cellules malades, ce qui permet de limiter les effets délétères sur les tissus sains. Le brentuximab vedotin est actuellement le seul ADC dont disposent les hématologues pour traiter le lymphome hodgkinien et une forme rare de lymphome non hodgkinien, le lymphome anaplasique à grandes cellules systémique. Mais de nombreux autres anticorps couplés sont en cours de développement.
La désescalade thérapeutique
Aujourd’hui, l’un des objectifs de la recherche est de conserver les mêmes outils thérapeutiques qui ont prouvé leur efficacité mais d’en limiter le risque de séquelles à long terme. Comment ? En diminuant les doses délivrées de façon contrôlée par une évaluation métabolique dès le deuxième cycle de traitement. C’est ce qu’on appelle la désescalade thérapeutique. Depuis les années 1990, les doses de radiothérapie ont diminué et le champ d’irradiation a été restreint aux zones atteintes par le lymphome. Aujourd’hui, chercheurs et médecins tentent de définir le profil de patients présentant une forme localisée qui pourraient recevoir uniquement une chimiothérapie. Actuellement, pour les formes localisées, le traitement de référence reste l’association d’une chimiothérapie et d’une irradiation. Chez les patients les plus jeunes néanmoins, la radiothérapie peut être omise pour éviter les effets indésirables à long terme.
L’apport du TEP-scanner
Depuis 2006, les médecins disposent d’un outil important pour contrôler l’efficacité de la chimiothérapie : l’imagerie TEP (tomographie par émission de positons). Elle permet de visualiser l’évolution du cancer et donc d’identifier les patients qui présentent une forme chimiosensible ou, au contraire, particulièrement agressive et réfractaire aux traitements conventionnels. L’objectif serait de pouvoir identifier, dès le diagnostic, cette catégorie de patients au mauvais pronostic. Cela permettrait de débuter le traitement avec des doses plus élevées de chimiothérapie.
Ce dossier a été réalisé grâce au concours de la Pr Catherine Thiéblemont, cheffe du service d’hémato-oncologie à l’hôpital Saint-Louis, Assistance publique – Hôpitaux de Paris, université Paris Cité (Paris).