Quels sont les enjeux de la recherche sur les lymphomes non hodgkiniens ?
Malgré les progrès indéniables obtenus en matière d’espérance et de qualité de vie des patients, la lutte contre le lymphome reste une question médicale et scientifique importante qui fait face à de multiples enjeux diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques. De nombreux projets de recherche sont en cours afin d’y répondre.
01 avril 2025 Dernière mise à jour : 08-04-2026
Mieux comprendre les mécanismes en jeu grâce à la recherche fondamentale
Dans les laboratoires de recherche, les biologistes cherchent à mieux comprendre l’ensemble des mécanismes mis en jeu dans la formation des lymphomes et la réponse aux traitements.
Pour cela, les chercheurs peuvent suivre une piste génétique : ils analysent les tumeurs au moyen de techniques de biologie moléculaire, afin de mettre en évidence les anomalies chromosomiques et génétiques récurrentes (mutations, translocations…) et d’en évaluer les conséquences d’un point de vue fonctionnel. Certaines équipes analysent ainsi l’expression des gènes dans les tumeurs, afin d’identifier ceux qui peuvent influer sur la réponse au
traitement et sur la gravité de la maladie. À terme, ces approches pourraient permettre de repérer des cibles pour de nouveaux traitements.
Améliorer la prise en charge grâce à la recherche clinique
Afin de faire progresser encore le taux de guérison des lymphomes, un des défis de la recherche clinique est de parvenir à adapter le traitement à chaque réponse thérapeutique, tout en veillant à limiter les effets secondaires susceptibles de survenir. Si l’enjeu principal reste la guérison, la qualité de vie est un élément majeur qui est de plus en plus pris en compte.
Parmi les axes de recherche relatifs aux lymphomes B, de nombreux essais cliniques sont ainsi menés sur les cellules CAR-T et les anticorps bispécifiques pour déterminer à quels moments du parcours de soins ces traitements peuvent être prescrits (en première ligne de traitement ? en cas de rechute ?…), mais aussi pour identifier les patients les plus à même d’y répondre.
Les lymphomes T font, quant à eux, l’objet d’études cliniques visant à trouver des thérapies ciblées efficaces (peu nombreuses pour le moment) et à déterminer précisément la place de l’autogreffe.
Développer la prévention en précisant les facteurs de risque
De nombreuses études épidémiologiques ont mis en évidence une corrélation entre l’exposition professionnelle ou environnementale aux pesticides et une prévalence plus élevée de LNH. Le glyphosate, un herbicide encore largement utilisé en agriculture et dans l’entretien (et le désherbage) des espaces urbains et industriels, est notamment incriminé. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l’a classé comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur des études montrant un risque accru de LNH chez les personnes exposées. En 2019, AGRICOH a confirmé ce surrisque concluant à une association entre l’exposition au glyphosate et la survenue du lymphome diffus à grandes cellules B chez les individus manipulant régulièrement ce produit phytosanitaire, comme les agriculteurs ou les employés d’entretien des espaces verts (3).
D’autres familles de pesticides, notamment les organophosphorés, les carbamates et les dithiocarbamates, sont également suspectées. Les études ont mis en évidence une augmentation des risques de LNH chez les personnes exposées de manière répétée à ces substances, même à faibles doses (4).
En 2021, les travaux d’INTERLYMPH (s’appuyant sur 9 études cas-témoins pour 8 000 patients atteints de lymphomes) ont montré que l’exposition des agriculteurs à deux insecticides, le carbaryl et le diazinon, était associée à un doublement du risque de certains lymphomes (5). Et en 2022, ce sont les herbicides de type phénoxy – comme le 2,4-D – qui ont été incriminés (6).
Si la plupart des mécanismes sous-jacents commencent à être mieux compris, tous n’ont pas été décryptés et doivent encore être approfondis.
3. Leon ME et al. Pesticide use and risk of non-Hodgkin lymphoid malignancies in agricultural cohorts from France, Norway and the USA: a pooled analysis from the AGRICOH consortium. Int J Epidemiol. 2019 Oct 1;48(5):1519-1535. doi:10.1093/ije/dyz017. PMID: 30880337; PMCID: PMC6857760.
4. Gérard Lasfargues. « Les lymphomes non hodgkiniens et les pesticides. » Bull. Acad. Natle Méd., 2017, 201, nos 7-8-9, 1161-1173, séance du 24 octobre 2017.
5. De Roos AJ et al. Occupational insecticide exposure and risk of non-Hodgkin lymphoma: A pooled case-control study from the InterLymph Consortium. Int J Cancer. 2021 Nov 15;149(10):1768-1786. doi: 10.1002/ijc.33740. Epub 2021 Jul 29. PMID: 34270795; PMCID: PMC10560384.
6. De Roos AJ et al. Herbicide use in farming and other jobs in relation to non-Hodgkin’s lymphoma (NHL) risk. Occup Environ Med. 2022 Dec;79(12):795-806. doi: 10.1136/oemed-2022-108371. Epub 2022 Oct 7. PMID: 36207110; PMCID: PMC9669193.
Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Pr Pierre Sujobert, service d’hématologie biologique et d’hémostase clinique, hôpital Louis Pradel-Hospices civils de Lyon.