Comment diagnostique-t-on un sarcome des tissus mous et des viscères ?
Lors d’une première consultation, le médecin peut confondre un sarcome avec une lésion bénigne des parties molles comme un lipome (cent fois plus nombreux que les sarcomes).
01 août 2015 Dernière mise à jour : 13-05-2026
Le diagnostic
Pour orienter le diagnostic, une échographie et un scanner sont des examens d’imagerie qui permettent de visualiser la grosseur ; une imagerie par résonance magnétique (IRM), examen clé pour diagnostiquer un sarcome, est ensuite prescrite.
Lorsque la présence d’un sarcome est suspectée, la réalisation d’une biopsie est indispensable. La confirmation du diagnostic de sarcome repose en effet sur l’analyse d’un échantillon de tissu obtenu par biopsie. Il s’agit de prélever un morceau de tissu suspect afin de l’étudier au microscope. La biopsie se déroule généralement sous anesthésie locale par ponction : on parle de biopsie percutanée. Un morceau de la tumeur est prélevé à l’aide d’une grosse aiguille appelée « trocart » sous contrôle scanner ou échographique.
Lorsque la biopsie percutanée n’a pas permis de récupérer un échantillon suffisamment important, une biopsie chirurgicale est nécessaire. Réalisée sous anesthésie générale, elle consiste à prélever soit un petit fragment du tissu suspect, soit toute la boule si elle mesure moins de trois centimètres.
L’examen anatomopathologique permet ensuite d’identifier avec précision le type, voire le sous-type du sarcome, et d’orienter le choix thérapeutique. Il permet aussi de prédire l’agressivité du sarcome : on parle de grade pathologique allant de 1 à 3 (du moins au plus agressif). Grâce aux progrès de la biologie moléculaire, il est aussi possible d’identifier les altérations du matériel génétique qui sont à l’origine du développement de la maladie. Aujourd’hui, ce sont 40 % des sarcomes que l’on peut caractériser par une modification spécifique de l’ADN. Depuis 2010, suivant les recommandations du Plan cancer 2, toute biopsie révélant un sarcome bénéficie d’une double lecture dans un centre expert du réseau national de référence, le Réseau de référence en pathologie des sarcomes pour les tumeurs des tissus mous et des viscères (RRePS-TMV).
Le bilan d'extension
Le bilan d’extension permet d’évaluer l’éventuelle dissémination de la tumeur. L’IRM est l’examen de référence pour observer l’extension locale. Pour visualiser l’extension de la tumeur à distance et localiser d’éventuelles métastases, le médecin prescrit un scanner thoracique, voire abdomino-pelvien, ou une imagerie TEP (topographie par émission de positons).
En 2010, une étude montrait que la moitié des patients atteints d’un sarcome des tissus mous de stade précoce (curable) étaient mal diagnostiqués ou mal pris en charge1 . Or une prise en charge non optimale nuit à la survie des patients et à la conservation du membre atteint2.
Les médecins spécialisés se sont organisés pour sensibiliser leurs confrères à la prise en charge des patients chez qui un sarcome est suspecté. Ils les orientent notamment vers les recommandations européennes de bonne pratique3 qui ont
été reprises pour établir les recommandations françaises.
Pour poser le diagnostic d’un sarcome, différentes étapes bien établies doivent donc être suivies :
- en cas de doute concernant une masse, l’IRM est l’examen à prescrire ;
- si les images de la grosseur laissent suspecter à un sarcome, le patient doit être adressé à un médecin est discutée lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) réunissant des pathologistes, des radiologues, des chirurgiens, des oncologues et des radiothérapeutes ;
- si la biopsie est prescrite, cet examen nécessite un geste « spécialisé », non-anodin qui doit obéir à des règles strictes. Elle doit être réalisée par un chirurgien familiarisé avec ce type de cancer afin d’éviter les risques de dissémination des cellules tumorales ;
- les échantillons de tissu à analyser sont envoyés dans un laboratoire spécialisé du réseau RRePS-TMV.
Si le diagnostic de sarcome est confirmé, et après le bilan d’extension, de nouvelles réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) sont organisées pour que l’équipe médicale détermine la prise en charge thérapeutique la plus pertinente.
1. Mastrangelo et collaborateurs, A European project on incidence, treatment and outcome of sarcoma, BMC Public Health, 2010
2. Ray-Coquard et collaborateurs, Conformity to clinical practice guidelines, multidisciplinary management and outcome of treatment for soft tissue sarcomas, Ann Oncol, 2004
3. www.esmo.org/Guidelines-Practice/Clinical-Practice-Guidelines/Sarcoma-and-GIST
Références
Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Professeur Isabelle Ray-Coquard, oncologue médical au centre Léon Bérard (Lyon) en charge des cancers ovariens, tumeurs rares et sarcomes.