Quels sont les enjeux de la recherche sur les sarcomes des tissus mous et des viscères ?
Les progrès de la recherche ont permis d’améliorer significativement le pronostic de certains sarcomes comme les GIST. Les travaux se poursuivent afin de trouver de nouvelles molécules de thérapie ciblée et de proposer des techniques chirurgicales les plus conservatrices possible. Dans le domaine des sciences humaines, les chercheurs évaluent les diverses modalités de prise en charge des patients.
01 août 2015 Dernière mise à jour : 13-05-2026
Développer les thérapies ciblées
Outils clés de la médecine personnalisée qui vise à adapter le traitement en fonction des caractéristiques de la tumeur de chaque patient, les thérapies ciblées sont déjà utilisées pour le traitement de certains sarcomes digestifs notamment les GIST. D’autres thérapies ciblées ont été mises au point ces dix dernières années et les recherches se poursuivent pour trouver de nouvelles cibles dans d’autres types de sarcome.
L’opportunité d’utiliser des molécules antiangiogéniques (en premier lieu, les inhibiteurs du VEGF), qui affament les cellules tumorales en les empêchant de stimuler la fabrication de nouveaux vaisseaux sanguins, est aussi explorée pour les angiosarcomes.
Si les thérapies ciblées ont engendré un enthousiasme très important dans les premiers temps, l’expérience montre que leur toxicité n’est pas négligeable et que des phénomènes de résistance réduisent fréquemment le bénéfice de ces approches après quelques mois ou années de traitement. Les chercheurs se penchent donc sur le développement de nouveaux protocoles et de nouvelles molécules pour réduire les potentiels effets secondaires et contourner les résistances.
Rendre les traitements plus conservateurs
Certaines recherches visent à augmenter la capacité des traitements à préserver les organes ou les tissus. C’est le cas, par exemple, de la radiofréquence qui consiste à détruire la tumeur grâce à la chaleur. Guidé par l’imagerie, le médecin place au niveau de la tumeur une électrode qui émet des ondes produisant une chaleur supérieure à 60 °C. Autre méthode novatrice de destruction de la tumeur in situ : la cryothérapie, qui consiste à détruire les cellules tumorales par le froid. Il s’agit d’introduire, grâce à un guidage par imagerie (échographie ou IRM), une sonde qui gèle localement les cellules. Ces deux méthodes sont aujourd’hui utilisées pour les récidives locales des sarcomes car dans ce cas, la chirurgie est encore plus délicate et les complications qu’elle entraîne sont plus sévères que celles de l’ablation de la tumeur initiale.
Optimiser la prise en charge
Des études montrent l’importance d’être pris en charge dans un centre de référence dès le début du diagnostic, avant même la biopsie de la tumeur. Réalisée au début des années 1990, une des premières études sur ce sujet a étudié le devenir de patients atteints d’un sarcome des membres ou du tronc. Elle a montré que les patients qui n’avaient pas été adressés à un centre spécialisé présentaient plus de récidive locale.
Aujourd’hui encore, la prise en charge demeure un frein à la guérison. C’est pourquoi des études qui évaluent les pratiques médicales (diagnostic, stratégie thérapeutique, filières et coûts des traitements, suivi des patients) se poursuivent, notamment au sein de l’équipe Évaluation médicale et sarcomes (EMS) du centre Léon Bérard à Lyon. En 2012, cette équipe a conclu qu’une prise en charge chirurgicale conforme aux recommandations nationales diminuait de 66 % le nombre de décès par rapport à des prises en charge non spécifiques. Des progrès sont attendus notamment du côté de la formation des médecins.
Des chercheurs français ont mis en évidence une signature de 67 gènes qui permet de prédire si un sarcome aura la capacité de se disséminer, c’est-à-dire de former des métastases à distance de la tumeur initiale. Les chercheurs ont utilisé des outils de biologie moléculaire dont les progrès permettent, depuis le milieu des années 2000, d’analyser les gènes des tumeurs en un temps et un coût acceptables. Non seulement les chercheurs ont identifié ces 67 gènes, mais ils ont aussi étudié leur niveau d’expression en fonction de l’agressivité des tumeurs.
C’est donc à la fois la présence de mutations dans ces gènes et leur niveau d’expression qui constituent la signature moléculaire pronostique CINSARC (complexity index in sarcomas). Utilisée aujourd’hui dans des essais cliniques, cette signature sera peut-être un jour utilisée en routine.*
* Chibon et collaborateurs, Validated prediction of clinical outcome in sarcomas and multiple types of cancer on
the basis of a gene expression signature related to genome complexity, Nature Medicine, 2010
Références
Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Professeur Isabelle Ray-Coquard, oncologue médical au centre Léon Bérard (Lyon) en charge des cancers ovariens, tumeurs rares et sarcomes.