La chimiothérapie dans le traitement du cancer du pancréas
Dans le cancer du pancréas, la chimiothérapie est systématique, que le retrait chirurgical de la tumeur ait lieu ou non.
La chimiothérapie utilise des médicaments qui détruisent les cellules qui se divisent rapidement, donc en priorité les cellules tumorales qui prolifèrent plus vite que les cellules saines. Les chimiothérapies sont administrées selon des protocoles comportant un ou plusieurs traitements oraux ou injectables.
01 janvier 2025 Dernière mise à jour : 16-04-2026
A quel moment débuter une chimiothérapie ?
En règle générale, la chimiothérapie est proposée :
- À la place de la chirurgie, si la tumeur n’est pas résécable (avancée ou métastatique). Le protocole utilisé est décidé en fonction du patient et des caractéristiques de la tumeur. La chimiothérapie peut permettre de contrôler la progression du cancer, d’atténuer les symptômes et d’augmenter l’espérance de vie. Le protocole de chimiothérapie standard est le « Folfirinox » (5-fluorouracile [5FU] + acide folinique + oxaliplatine + irinotécan), en alternative à la gemcitabine seule ou en association avec le nab-paclitaxel chez les patients. Dans certains cas, la réponse à la chimiothérapie est suffisamment satisfaisante pour qu’une opération puisse secondairement être envisagée.
- Avant une éventuelle chirurgie, en cas de tumeur borderline ou localement avancée (chimiothérapie néoadjuvante). L’oncologue propose le protocole le plus adapté, par exemple Folfirinox ou gemcitabine + nab-paclitaxel. Cette chimiothérapie peut diminuer la taille de la tumeur pour la rendre plus facile à retirer.
- Après la chirurgie (chimiothérapie adjuvante). Proposée à tous les patients opérés quel que soit le stade du cancer, elle vise à éliminer les cellules cancéreuses qui auraient pu localement échapper à l’opération ou se disséminer dans l’organisme. Il a été démontré que la chimiothérapie adjuvante réduisait le risque de rechute et augmentait la survie. Le protocole de référence est le « mFolfirinox » (5FU + acide folinique + oxaliplatine + irinotécan). Le mFolfirinox est une chimiothérapie Folfirinox dont les posologies du 5FU et de l’irinotécan ont été modifiées afin de réduire les effets indésirables. En alternative, une chimiothérapie par l’association gemcitabine + capécitabine (un anticancéreux par voie orale) est donnée aux patients en moins bon état général ou ayant une contre-indication au mFolfirinox. Elle commence dans les trois mois maximum après l’intervention et dure six mois (ou trois mois si les patients ont déjà reçu une chimiothérapie préopératoire – néoadjuvante).
Si ces protocoles de chimiothérapie de référence (de première ligne) ne donnent pas de résultats satisfaisants, d’autres chimiothérapies (de seconde ligne) sont proposées au patient.
Certaines personnes présentent un déficit de l’enzyme dihydropyrimidine–déshydrogénase (DPD) qui ne leur permet pas d’éliminer correctement les médicaments de chimiothérapie de la famille des fluoropyrimidines (5-fluorouracile ou capécitabine).
Avant toute chimiothérapie contenant ces médicaments, ce déficit est recherché par une simple prise de sang. S’il est mis en évidence, les doses de chimiothérapie seront adaptées, voire contre-indiquées si le déficit est complet.
Les modalités d’administration
Une chimiothérapie s’étend sur environ six mois avec plusieurs cycles de traitement espacés de quelques jours ou semaines selon le protocole. Chaque médicament est utilisé selon des règles précises de doses et de durée, qui varient parfois dans le temps.
Les médicaments de chimiothérapie du cancer du pancréas sont principalement administrés par voie intraveineuse. Pour éviter de multiplier les piqûres dans les veines du patient, un cathéter permanent est mis en place. Selon les cas, l’équipe soignante peut avoir recours à un cathéter dont l’extrémité est située au niveau de la clavicule ou à un petit réservoir implanté sous la peau (chambre implantable).
Les traitements de chimiothérapie ne nécessitent pas de séjour prolongé à l’hôpital lorsqu’ils peuvent être délivrés en hôpital de jour : le patient vient le matin à l’hôpital et ressort en fin de journée après avoir reçu son traitement.
Les effets secondaires
En détruisant les cellules cancéreuses, les médicaments de chimiothérapie peuvent aussi attaquer certaines cellules saines qui se multiplient rapidement. C’est ce qui explique l’apparition des effets indésirables de la chimiothérapie. Le plus connu d’entre eux est la chute des cheveux, mais celle-ci est temporaire.
La nature de ces effets secondaires dépend directement du médicament utilisé : le 5-FU induit parfois de la fatigue, une inflammation de la cavité buccale (aphtes), des nausées, des vomissements ou de la diarrhée. La capécitabine peut provoquer des vertiges ou une inflammation de la peau des mains et des pieds. La gemcitabine peut entraîner un syndrome pseudo-grippal. La diarrhée est un effet secondaire plus fréquent avec l’irinotécan. Quant à l’oxaliplatine et au nab-paclitaxel, ils peuvent entraîner des atteintes nerveuses (neuropathies) occasionnant des fourmillements au niveau des extrémités, parfois favorisés par le froid pour l’oxaliplatine.
Quels que soient les médicaments utilisés et les symptômes décrits par le patient, l’équipe médicale est là pour adapter le traitement et soulager certains effets secondaires.
D’autres médicaments peuvent également être proposés lorsque l’analyse de la tumeur pancréatique a révélé une anomalie génétique associée. Par exemple, la présence d’une mutation de BRCA 1/2 peut donner lieu à un traitement par olaparib après stabilisation de la tumeur par une première chimiothérapie conventionnelle. L’olaparib est un nouvel anticancéreux de la classe des « inhibiteurs de PARP », indiqué dans certains cancers (sein, ovaire, prostate et pancréas) avec mutation de BRCA 1/2.
Ce dossier a bénéficié du concours du Pr Vinciane Rebours, cheffe du service de pancréatologie et oncologie digestive, hôpital Beaujon, AP-HP, université Paris-Cité – INSERM UMR1149.