Quels sont les enjeux de la recherche sur les cancers qui touchent les adolescents et les jeunes adultes ?
Longtemps la recherche ne s’est pas spécifiquement intéressée à la population AJA. Aujourd’hui, des chercheurs tentent de mieux caractériser les spécificités biologiques de leurs cancers pour améliorer la stratégie thérapeutique, et les laboratoires incluent davantage ces patients dans les essais cliniques. Ils s’intéressent également aux conséquences à long terme de ces cancers et des traitements.
22 juillet 2024 Dernière mise à jour : 19-03-2026
Mieux connaître les cancers des adolescents et les jeunes adultes
En identifiant et caractérisant des altérations moléculaires génétiques et les réponses immunitaires des tumeurs se développant chez les AJA, les chercheurs espèrent mieux les soigner. C’est par exemple le but de l’essai MICCHADO, coordonné par l’Institut Curie à Paris. Il a pour objectif d’améliorer la compréhension des mécanismes d’apparition et de progression des tumeurs chez des patients de moins de 25 ans ayant un cancer à haut risque (neuroblastome, rhabdomyosarcome, sarcome d’Ewing, ostéosarcome, leucémie), car ces patients sont à risque de résistance aux traitements et de rechute.
C’est également le but de projets visant à élaborer de vastes bases de données centrées sur la prise en charge des AJA en cancérologie et destinées à servir de point d’appui à des études épidémiologiques très prometteuses pour améliorer les stratégies thérapeutiques. Le projet Share4kids a ainsi pour but la mise en place d’une plateforme de données visant à caractériser la signature moléculaire des cancers des enfants et des adolescents. La finalité est de permettre aux chercheurs et aux cliniciens français de disposer de données moléculaires exhaustives et de qualité, indispensables pour comprendre l’origine de ces cancers et les mécanismes de résistance aux traitements, afin d’identifier ensuite des marqueurs diagnostiques et de nouvelles cibles thérapeutiques.
Mieux traiter les adolescents et les jeunes adultes
Un grand nombre d’essais cliniques sont ouverts chaque année en France dans le domaine du cancer pour évaluer de nouveaux médicaments ou des associations de traitements. Plusieurs d’entre eux incluent actuellement des AJA.
C’est par exemple le cas du projet COTESARC, coordonné par le Centre Léon Berard à Lyon, qui évalue l’association d’une thérapie ciblée (cobimétinib) et d’une immunothérapie (atézolizumab) chez des patients ayant un sarcome de tissus mous de stade avancé ou métastatique. De même, l’essai Sarcome 13, coordonné par UNICANCER, évalue une combinaison de chimiothérapie postopératoire et d’immunothérapie (mifamurtide) dans les cas d’ostéosarcomes à haut risque de rechute. Le protocole est légèrement différent selon que les patients ont moins de 25 ans ou de plus de 26 ans. Enfin, l’étude PNET 5, coordonnée par l’Institut Curie, compare différents traitements pour le médulloblastome chez les enfants et adolescents.
L’étude des effets à long terme de la maladie chez les adolescents et les jeunes adultes
La recherche s’intéresse également aux effets à long terme de la maladie et des traitements reçus par les AJA. Ces travaux portent sur le devenir des cohortes de personnes ayant eu un cancer dans leur enfance. Un projet coordonné par Gustave Roussy à Villejuif, soutenu par la Fondation ARC, a exploré le risque de cancer secondaire après un cancer primaire pédiatrique. Il a été montré que le fait d’être exposé aux anthracyclines, une chimiothérapie, était associé à un risque accru de cancer du sein par la suite chez les filles, encourageant à une surveillance accrue chez ces personnes.
On compte aussi parmi ces initiatives le projet « UNI AJA » dont la finalité est de constituer une cohorte rétrospective d’adolescents et de jeunes adultes (âgés de 15 à 29 ans) atteints de cancer ou d’hémopathie maligne et pris en charge dans 10 établissements de santé entre 2009 et 2022. Cette cohorte a pour objectif d’étudier le parcours de soin et le devenir de ces patients.
La plateforme LEA – Hémopathies malignes de l’enfant et de l’adolescent, associant 19 CHU, a pour objectif d’étudier les déterminants (médicaux, génétiques, socioéconomiques, comportementaux et environnementaux) du devenir à moyen et long terme de patients ayant été traités pour une hémopathie maligne de l’enfant et de l’adolescent.
Des études portent également sur les conséquences à long terme sur le plan social du cancer au stade AJA. Elles montrent de plus grandes difficultés d’insertion et de réussite professionnelle, incitant à muscler les mesures d’accompagnement des patients pendant et après la maladie. Les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle en tant que support très utilisé par cette population de patients.
Cette brochure a été réalisée en collaboration avec le Dr Marilyne Poirée, oncologue pédiatre dans le service d’hémato-oncologie pédiatrique du CHU de Nice – Hôpital l’Archet et le Dr Pierre Kubicek, oncologue médical à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest à Angers. La brochure a également bénéficié de l’expertise de l’association GO-AJA.