Quels sont les liens entre l'âge et le cancer ?
Si le cancer peut survenir à tout âge, il touche majoritairement les personnes de plus de 60 ans. En effet, l’âge constitue le premier facteur de risque de la maladie. Avec l’augmentation du nombre de personnes âgées dans la population française, la prise en charge de celles atteintes de cancer est devenue une problématique majeure pour les pouvoirs publics et les équipes soignantes.
13 juin 2022 Dernière mise à jour : 16-07-2025
Depuis plus de vingt ans, la population française vieillit : les personnes de plus de 65 ans représentent désormais 20,5 % de la population. Cette tendance s’explique par l’avancée en âge de la génération du babyboom et par l’augmentation de l’espérance de vie globale. Cette progression constante de la population âgée devrait se poursuivre sur les prochaines décennies. Ainsi, les projections démographiques de l’Insee prévoient qu’en 2070, il y aura deux fois plus de personnes de 75 ans ou plus qu’en 2013.
Compte tenu du risque de perte d’autonomie et de survenue de maladies chroniques chez les seniors, les pouvoirs publics se mobilisent depuis plusieurs années autour des questions de santé relatives à cette population. Dans ce contexte, le cancer est une problématique à part entière.
L’âge : premier facteur de risque de cancer
Avec l’avancée en âge, les mutations génétiques s’accumulent au sein des cellules de l’organisme de façon aléatoire ou sous l’influence de facteurs de risque exogènes (comme les composants de la fumée de tabac, les rayonnements UV, etc.). Plus nous vieillissons et plus ces anomalies génétiques sont nombreuses et peuvent aboutir au développement d’un cancer. Même si les cancers surviennent chez des patients de tous âges, leur risque de survenue augmente avec le vieillissement, notamment après 65 ans. Les données nationales le montrent : parmi les 382 000 nouveaux cas de cancers survenus en 2018, près de 233 000 touchaient les 65 ans ou plus (61 %), 119 000 les plus de 75 ans (31 %) et environ 41 000 les 85 ans et plus (10,5 %). Parallèlement, 75 % des décès par cancer relevés en France la même année concernaient des personnes de 65 ans et plus (soit près de 112 600 décès).
Le cancer est ainsi la première cause de mortalité des sujets âgés, devant les maladies cardiovasculaires. Cette forte mortalité s’explique par plusieurs facteurs : la nature des tumeurs incriminées, différentes de celles touchant les patients plus jeunes, mais aussi le moins bon état de santé des sujets âgés, le retard de diagnostic et les traitements qui ne sont pas toujours adaptés.
Adapter la prise en charge
Pendant longtemps, les traitements anti-cancer prescrits aux personnes âgées n’étaient pas nécessairement adaptés aux spécificités de cette classe d’âge : maladies chroniques associées, moindre capacité à tolérer les traitements, perte éventuelle d’autonomie… Depuis une quinzaine d’années, la situation a nettement évolué : la nécessité d’une prise en charge spécifique de la personne âgée atteinte de cancer a été reconnue et elle est devenue une préoccupation majeure des pouvoirs publics et des équipes soignantes. Ainsi, notamment à travers les Plans Cancer successifs, des efforts ont été faits pour développer et structurer une nouvelle spécialité : l’oncogériatrie. Cette pratique favorise les passerelles entre les professionnels de santé concernés – oncologues, gériatres…– dans le but de mutualiser leurs compétences et de définir la meilleure prise en charge pour chaque personne âgée, selon son profil clinique, son état général et ses attentes. C’est ainsi que depuis maintenant plusieurs années, les sociétés savantes, les tutelles sanitaires et en particulier l’Institut national du cancer (INCa) accompagnent le développement de l’oncogériatrie ; elles mettent notamment à disposition des professionnels de santé des recommandations sur la prise en charge des personnes âgées atteintes de cancer.
Depuis 2003, des plans d’action sont définis et mis en œuvre pour organiser et améliorer la lutte contre le cancer en France. Le développement de l’oncogériatrie a été intégré à cette politique dès le premier Plan Cancer (2003-2008) : à l’époque, 15 unités pilotes en oncogériatrie ont été créées dans le but d’intégrer la pluridisciplinarité dans toutes les activités de soins et de recherche. Depuis, ces unités se sont structurées et développées partout en France ; appelées unités de coordination et antennes en oncogériatrie (UCOG, AOG), elles sont implantées dans chaque région et permettent de diffuser les bonnes pratiques dans tous les établissements de santé habilités à soigner le cancer. Elles favorisent aussi le développement de la recherche clinique au bénéfice des patients âgés atteints de cancer.
Dans le cadre de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers (2021-2030), plusieurs mesures sont destinées spécifiquement à améliorer le dépistage, la prise en charge et l’accompagnement des personnes âgées, par exemple :
- dans l’attente de la mise en place d’un dépistage de précision, re-questionner les bornes d’âge et proposer des recommandations pour les personnes qui n’en relèveraient pas (action I.12.5) ;
- expérimenter des services d’accompagnement de proximité, digitaux ou non, dans les territoires isolés (« conciergerie ») (action II.8.3) ;
- passer d’une approche générale de la lutte contre les inégalités à une approche ciblée par groupe de population (action IV.3.1) ;
- proposer un accompagnement adapté aux personnes (avec référents, en téléconsultation) (action IV.3.3) ;
- mobiliser l’intelligence artificielle pour analyser les données (aide
au diagnostic, prédiction de l’efficacité…) (action IV.6.4).
La Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 est décrite en détail sur le site de l’INCa (www.cancer.fr).
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Pierre Soubeyran, oncologue médical et directeur de la recherche au sein de l’Institut Bergonié, Bordeaux.