Quels sont les enjeux de la recherche sur les cancers chez les personnes âgées ?
La recherche en oncogériatrie vise à produire de nouvelles connaissances en vue de permettre une prise en charge adaptée aux patients âgés.
13 juin 2022 Dernière mise à jour : 16-07-2025
Améliorer le dépistage
Les patients de plus de 75 ans sont exclus des programmes de dépistage organisé en France. Des travaux sont en cours pour valider la pertinence de ce seuil. En outre, des équipes s’intéressent aux critères de dépistage individuel dans différents cancers pour éventuellement les améliorer chez les personnes de plus de 75 ans.
Améliorer l’évaluation gériatrique
Cette évaluation est indispensable car les patients présentent, avec l’âge, des profils hétérogènes. Bien faite, elle peut véritablement améliorer le pronostic du patient en réduisant le risque de toxicité des traitements et en maintenant un état fonctionnel et une qualité de vie satisfaisants. Compte tenu de l’augmentation du nombre de personnes âgées atteintes de cancer et du nombre limité de gériatres, des équipes travaillent sur de nouveaux outils rapides et faciles d’utilisation, permettant une évaluation gériatrique approfondie et réalisable par différents professionnels de santé, notamment des infirmiers. Cet outil doit pouvoir évaluer les fonctions essentielles hépatique, rénale, cardiaque ou encore cognitive) et les fragilités (état nutritionnel, autonomie, sarcopénie, etc.) du patient pour apporter toutes les réponses utiles à l’oncologue. L’objectif est de disposer de données standardisées facilitant la prise de décision.
Pour faciliter cette évaluation gériatrique, la recherche s’oriente vers l’identification de biomarqueurs de fragilité reflétant l’état nutritionnel, le degré de sarcopénie (fonte musculaire) ou encore l’état de santé général des patients âgés. Ces biomarqueurs seraient particulièrement utiles pour identifier les sujets ne présentant pas de faiblesse apparente à l’issue de l’évaluation clinique mais qui risquent d’être fragilisés par les traitements, et pour qui des soins de support doivent rapidement être mis en place. Des travaux portent, par exemple, sur la sarcopénie, associée à la progression tumorale et au risque de mortalité. À l’inverse, des marqueurs de résilience permettraient de prédire les chances de bonne tolérance au traitement. Ils sont recherchés chez des individus répondant bien aux traitements et ayant démontré une bonne résistance face au risque de toxicité malgré un âge avancé.
Cette évaluation s’inscrit également dans le cadre d’une meilleure préparation à la chirurgie ou au traitement médical grâce aux techniques d’intervention gériatrique (préhabilitation) ou d’une meilleure convalescence après chirurgie ou après chimiothérapie (réhabilitation). Certaines fragilités peuvent, en effet, aggraver les risques de ces traitements qui peuvent eux-mêmes aggraver une fragilité ou une comorbidité et réduire les chances de rétablissement du patient. Des travaux de recherche portent sur la mise
en place de mesures ciblées en amont et pendant ces traitements pour améliorer leur tolérance. L’objectif est d’augmenter l’adhésion au traitement « standard » offrant les meilleures chances de guérison. Parmi ces mesures, les chercheurs s’intéressent à la gestion de la durée d’hospitalisation afin de mieux l’adapter au cas par cas selon la capacité musculaire (prédictive d’un risque de chute par la suite) ou encore l’autonomie du
patient, mais aussi à des interventions nutritionnelles, d’activité physique, en lien avec la cognition (des troubles cognitifs peuvent être accrus avec la chimiothérapie) ou encore en lien avec la polymédication (prise de plusieurs médicaments) pouvant accroitre un risque d’hypotension ou encore de confusion mentale à l’issue d’une hospitalisation. Le but de ces travaux est d’obtenir des preuves d’efficacité des différentes mesures destinées à protéger les patients.
Valider l’efficacité et la tolérance des thérapies ciblées et immunothérapies, plus récemment introduites dans l’arsenal thérapeutique
Les sujets âgés n’étant pas ou rarement inclus dans les essais cliniques de développement des médicaments, il est nécessaire de mener des travaux spécifiques dans cette population pour confirmer l’efficacité des traitements ou découvrir de nouveaux effets indésirables dans cette population. Des travaux sont en cours sur les thérapies ciblées et immunothérapies dont il faut évaluer la sécurité d’utilisation chez des sujets âgés, présentant souvent des pathologies chroniques, indépendamment du cancer, et prenant déjà de nombreux autres médicaments.
Développer des modèles de soins en oncologie gériatrique
La croissance rapide du nombre de personnes âgées recevant un diagnostic de cancer et guéries d’un cancer nécessitera une réorganisation des soins impliquant davantage les professionnels de santé en ville et les personnels paramédicaux. À ce titre, des études sont en cours pour développer des outils d’information et de communication ville-hôpital, en particulier numériques. Les chercheurs travaillent notamment sur la standardisation des données de patient facilitant le suivi et les prises de décision, ainsi que sur la transmission sécurisée des données à tous les soignants qui côtoient le malade.
Ce travail numérique inclut le développement d’applications facilitant le suivi des malades. Un questionnaire simple à remplir régulièrement via une application numérique permet au malade de déclarer lui-même son état de santé. Les données sont transmises de façon automatique à une plateforme gérée par un professionnel de santé qui détecte toute complication ou anomalie et informe le médecin. Ces outils permettent d’agir rapidement, au lieu d’attendre une visite programmée plusieurs semaines plus tard.
Ces nouveaux outils vont, par ailleurs, dans le sens d’une médecine pertinente sur le plan médico-économique avec des interventions rapides permettant de réduire le risque de complication majeure, d’interactions médicamenteuses et, au final, d’hospitalisation non programmée.
S’aider de l’intelligence artificielle
Pour faciliter l’évaluation gériatrique et assister les prises de décision, les chercheurs développent des programmes d’intelligence artificielle. Ils analysent des données du patient : type de cancer, comorbidités, situation sociale, préférences par rapport au traitement (notamment, rester chez soi ou non), etc., et proposent un traitement et des interventions adaptés. L’équipe en discute en réunion de concertation pluridisciplinaire et les valide ou les amende. Le résultat est transmis au programme qui apprend régulièrement de ces conclusions au fur et à mesure des nouveaux dossiers traités. De tels programmes sont pour l’instant développés pour des patients dont la prise en charge ne présente pas de réelles difficultés.
Améliorer la prise en charge des cancers de mauvais pronostic
Certains cancers sont de mauvais pronostic malgré des traitements qui peuvent, par ailleurs, s’avérer très agressifs et fragiliser les patients âgés. Des travaux de recherche portent sur l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques pour apporter à ces patients des traitements mieux tolérés.
D’autres travaux enfin, portent sur les soins palliatifs. Comme pour les patients plus jeunes, l’intervention des soins de support doit être précoce. Qui plus est, les besoins des personnes âgées atteintes de cancer sont spécifiques et font appel à des soins gériatriques et des soins de support qu’il faut bien identifier et valider.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Pierre Soubeyran, oncologue médical et directeur de la recherche au sein de l’Institut Bergonié, Bordeaux.