Les soins de support : la gestion de la fatigue et des effets indésirables des traitements
Le cancer et ses traitements occasionnent couramment d’autres symptômes gênants comme de la fatigue, des problèmes de peau ou des muqueuses, des œdèmes, une chute de cheveux, etc. Des solutions pour les limiter existent.
14 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025
La fatigue
Selon l’âge, le type de cancer, le stade et les traitements mis en œuvre, de 30 à 100 % des patients sont concernés par la fatigue.
La fatigue liée au cancer : de quoi parle-t-on ?
La fatigue liée au cancer est une sensation persistante de fatigue (ou « asthénie ») qui s’accompagne d’une faiblesse générale, d’un manque d’énergie, de troubles de la concentration ou du sommeil. Elle n’est pas proportionnelle à une activité physique récente et ne cède pas complètement au repos ou au sommeil. De nombreux facteurs entrent en jeu dans la fatigue liée au cancer, tels que :
- les modifications biologiques et les altérations de fonctions de l’organisme liées au cancer lui-même ;
- les douleurs ;
- les problèmes nutritionnels (amaigrissement, sédentarité…) ;
- les traitements : chimiothérapie, hormonothérapie, radiothérapie…
- la détresse psychologique, l’anxiété et le stress ;
- la sédentarité, l’immobilisation et le déconditionnement physique.
Pourquoi la prise en charge de la fatigue est-elle importante ?
Du fait de la maladie, la fatigue liée au cancer commence souvent avant même le diagnostic. Elle peut persister pendant et après les traitements. Elle est mal vécue par le malade, car elle interfère fortement avec son fonctionnement habituel : ses gestes de la vie quotidienne, son activité professionnelle, ses relations sociales, son image de soi, etc. La fatigue liée au cancer va miner le moral du patient, altérer son adhésion aux traitements du cancer et, ainsi, sa qualité de vie.
Comment la fatigue est-elle évaluée et traitée ?
L’équipe soignante évalue la fatigue du patient en l’interrogeant sur son ressenti, par des tests physiques et/ou des analyses sanguines, par exemple pour vérifier s’il n’y a pas une anémie qui favorise la fatigue. La prise en charge de la fatigue peut consister en des médicaments qui vont agir sur certaines de ses causes : des antalgiques contre une douleur épuisante, du fer contre l’anémie, etc. Plusieurs soins de support peuvent également contribuer à soulager la fatigue :
- l’activité physique adaptée (APA) ;
- la prise en charge sociale, familiale et professionnelle, en cherchant des solutions personnalisées d’aide quotidienne, d’aménagement professionnel ou de repos ;
- la prise en charge nutritionnelle qui peut corriger une dénutrition et, ainsi, redonner des forces ;
- la prise en charge psychologique pour épauler le patient et diminuer son stress.
L’activité physique peut sembler une solution paradoxale à la fatigue liée au cancer. Mais on sait aujourd’hui que la sédentarité, l’immobilisation et le déconditionnement physique des patients atteints de cancer contribuent à la fatigue. L’activité physique adaptée (APA) réduit d’environ 30 % le niveau de la fatigue, quel que soit le moment de la prise en charge du cancer. L’efficacité maximale est obtenue lorsque l’activité physique est proposée dès le début des traitements.
- Ne considérez la fatigue ni comme une fatalité ni comme un signe d’aggravation de la maladie. N’hésitez pas à en faire part à l’équipe soignante.
- Vous pouvez agir vous-même pour réduire la fatigue en demandant de l’aide à votre entourage pour les tâches quotidiennes, en vous reposant dès que possible dans la journée, en priorisant vos activités et en adoptant une alimentation équilibrée.
- Si vous travaillez, vous pouvez demander un aménagement de poste ou un arrêt de travail : si besoin, demandez l’aide de l’assistant social de l’établissement de soins.
Livret réalisé en collaboration avec Rose magazine
Les autres effets indésirables des traitements du cancer
Outre les troubles digestifs, les traitements des cancers peuvent engendrer d’autres effets indésirables au niveau de la peau et des muqueuses, des phanères (cheveux, ongles), des vaisseaux sanguins ou lymphatiques… Même s’ils sont habituellement passagers, ils peuvent avoir un impact physique et/ou psychologique négatif sur le patient. Ils sont généralement connus de l’équipe soignante et gérés au mieux. Voici quelques exemples courants d’effets gênants pour le bien-être du patient et les solutions principalement mises en œuvre.
Les mucites
Ce sont des inflammations de la bouche pouvant survenir à la suite des traitements par les médicaments ou la radiothérapie. Après une évaluation de l’état buccal, des symptômes (douleur, manque de salivation, saignements…) et de leurs retentissements sur le patient, un protocole de soins est mis en place. Des conseils hygiénodiététiques sont donnés et des traitements peuvent être prescrits au patient : bains de bouche, antidouleurs, anesthésiques locaux, etc. Si l’alimentation devient impossible, une nutrition entérale, voire parentérale, peut être envisagée.
Le lymphœdème du membre supérieur après cancer du sein
Ce gonflement de la main et/ou du bras peut survenir après curage axillaire ou ablation du ganglion sentinelle. Son traitement est la physiothérapie décongestive combinée, comprenant bandages, soins de peau, exercices doux et drainage lymphatique manuel par un kinésithérapeute.
Les problèmes cutanés
Les traitements du cancer peuvent occasionner différents problèmes de peau : rougeurs après une radiothérapie, sécheresse, démangeaisons, acné ou taches d’hyperpigmentation après traitements médicaux spécifiques, etc. Des conseils sont donnés par l’équipe soignante pour gérer ces effets selon les cas, comme poser des compresses froides ou une crème soulageant les brûlures sur les rougeurs après une radiothérapie, éviter de s’exposer au soleil, etc. Certaines affections de la peau plus sévères ou compliquées peuvent nécessiter la prescription de pansements, de crèmes réparatrices, d’un traitement contre l’inflammation ou l’infection, parfois la modification des doses de traitement anticancéreux.
Les plaies et les problèmes de cicatrisation
Certaines plaies dues au cancer ou à ses traitements posent parfois des problèmes de cicatrisation entraînant douleurs et inconforts. Ces problèmes peuvent être prévenus et traités dans le cadre des soins de support. À la demande de l’équipe soignante, des infirmiers spécialisés dans les plaies complexes et la cicatrisation les prennent en charge par des soins et traitements adaptés. Lorsqu’une cicatrice est douloureuse, de consistance, de couleur ou de forme anormales, ce professionnel peut solliciter un kinésithérapeute, une dermatologue, un médecin spécialiste de la douleur (algologue) ou un chirurgien plasticien. De nombreux autres effets indésirables peuvent être prévenus ou traités dans le cadre des soins de support comme les problèmes urinaires, respiratoires, dentaires, etc.
Perte de cheveux, altération de l’aspect de la peau ou des ongles : les effets indésirables des traitements du cancer peuvent retentir sur l’image de soi et le moral des malades. En complément de la prise en charge médicale, la socio-esthétique est aussi un soin de support « de bien-être » ; elle n’est pas un luxe. Elle est couramment disponible dans les établissements prenant en charge des patients atteints de cancer. Elle est assurée par une socio-esthéticienne, c’est-à-dire une esthéticienne formée pour intervenir auprès de personnes malades. La socio-esthéticienne propose aux patients des soins et conseils personnalisés selon leurs problématiques et leurs souhaits : soins pour la peau, les lèvres et les ongles, maquillage correcteur, coiffure, soins associés au rasage, aide au choix d’une perruque ou d’un foulard… Non seulement les séances de socio-esthétique aident le patient à faire face à certaines toxicités et à se réconcilier avec son image, mais elles lui permettent aussi de s’accorder des moments de répit et d’attention bienveillante. Tout cela concourt à améliorer le bien-être du patient et à l’aider à se sentir plus fort face à la maladie.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).