Les soins de support pour prendre en charge la douleur liée au cancer
La douleur liée au cancer n’est pas une fatalité : la soulager est une des priorités fondamentales pour les équipes soignantes et un droit pour tout malade atteint de cancer. Aujourd’hui, différentes solutions efficaces permettent de prévenir ou de limiter la majorité des douleurs de toutes natures.
09 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025
La douleur : de quoi parle-t-on ?
La douleur est « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes ». Cela signifie que la douleur est à la fois physique et psychique, que chacun perçoit la douleur différemment et qu’elle est ce que la personne en dit : elle n’a pas besoin d’être « prouvée ». Il existe plusieurs types de douleurs classées en fonction de leur durée et de leur mécanisme.
La douleur aigüe dure depuis moins de 3 mois. Elle est vive, de cause identifiée (une piqûre, une incision, etc.) et passe généralement en quelques heures ou semaines.
La douleur chronique dure depuis plus de 3 mois et peut être due aux séquelles de la cause initiale : elle est usante moralement et physiquement.
La douleur nociceptive résulte d’une lésion au niveau des tissus de l’organisme. Tant que sa cause (traumatisme, inflammation, etc.) persiste, la douleur subsiste, mais elle évolue vers la guérison quand la cause disparaît ou est traitée.
La douleur neuropathique est secondaire aux lésions nerveuses séquellaires et se traduit par des douleurs particulières : élancements, picotements, décharges électriques, sensations de brûlure ou de froid, etc. Elle apparaît dans les suites de la douleur initiale et, en général, avec un certain décalage, parfois des mois ou même des années après la lésion. Elle devient souvent chronique. Parmi les douleurs de type neuropathique figurent les « douleurs d’organe fantôme » qui sont ressenties au niveau de l’organe, le plus souvent un membre amputé.
70 % des douleurs du cancer sont des douleurs nociceptives, les autres sont neuropathiques, seules ou associées à une douleur nociceptive persistante.
D’où vient la douleur du cancer ?
La douleur du cancer est le plus souvent liée à la maladie elle-même, principalement par le développement de la tumeur primitive ou par des métastases. Elle peut être aussi liée aux examens ou aux traitements de la maladie, sachant que des mesures préventives doivent être prises pour les atténuer ou mieux les contrôler :
- chirurgie : douleurs dues à l’incision de la peau, à l’immobilisation, etc. ;
- radiothérapie : douleurs dues à l’inflammation dans la zone irradiée ;
- médicaments : effets indésirables divers comme l’inflammation des muqueuses ou des tissus cutanés, douleurs musculaires associées à une hormonothérapie, etc. ;
- soins : douleurs associées aux injections, pansements, etc.
Pourquoi la prise en charge de la douleur est-elle importante ?
Plus de la moitié des patients pris en charge pour un cancer éprouvent des douleurs à un moment donné. Toutes ces douleurs doivent être prévenues ou traitées au plus tôt et le plus efficacement possible pour améliorer le confort du patient et éviter qu’elles ne deviennent chroniques. En effet, des douleurs durables ou répétées peuvent affecter le moral du patient, menacer son adhésion aux traitements contre le cancer et entraîner ainsi une perte de chance dans la guérison. La prise en charge de la douleur permet donc au patient de conserver une meilleure qualité de vie et plus de forces pour se battre contre la maladie.
Comment la douleur est-elle mesurée ?
Pour une bonne prise en charge de la douleur, le dialogue entre le patient et l’équipe soignante est crucial : le patient doit informer l’équipe soignante qu’il a mal et celle-ci doit régulièrement demander au patient s’il a des douleurs. Afin de mieux la comprendre et la mesurer, l’équipe soignante dispose d’outils permettant au patient de décrire la douleur : réglettes graduées, échelles de 0 à 10 d’intensité de la douleur, questionnaires sur le type et le retentissement de la douleur sur le moral et le quotidien, etc.
Certains outils sont adaptés aux personnes ne pouvant communiquer et aux enfants ; pour ces patients, les observations des proches sont aussi utiles. Des examens cliniques réguliers et d’imagerie (scanner, IRM, etc.) peuvent enfin permettre de localiser l’origine de la douleur afin de mieux traiter sa cause.
- Chaque fois que vous avez mal, dites-le à l’équipe soignante. N’ayez pas peur de déranger, lasser, paraître douillet… La douleur peut et doit être soulagée : il est inutile de l’endurer.
- Ne laissez pas une douleur s’installer, car elle affecte le moral, la qualité de vie, et menace l’efficacité des traitements contre le cancer.
- Si vous craignez les effets indésirables des opioïdes, comme la dépendance ou la somnolence, parlez-en avec l’équipe soignante.
- Ne prenez pas vos antalgiques seulement quand la douleur est forte en pensant qu’ils ne vont plus agir avec le temps : suivez votre traitement tel qu’il vous a été prescrit, même si vous n’avez pas très mal, car une douleur plus forte est plus difficile à soulager.
- Si le traitement proposé pour soulager vos douleurs n’est pas complètement efficace ou si vous ressentez des effets indésirables, n’hésitez pas à le mentionner : des solutions seront recherchées.
- Si des antidépresseurs ou antiépileptiques vous ont été prescrits pour une douleur neuropathique, sachez que l’effet antalgique peut mettre plusieurs semaines à se faire sentir.
Comment la douleur est-elle traitée ?
En cancérologie, le traitement de la douleur du patient doit être personnalisé et basé sur l’évaluation régulière de la douleur et de ses traitements.
Pour l’équipe soignante, un traitement antalgique a un effet satisfaisant s’il permet au patient de considérer sa douleur comme supportable, ne perturbant pas le sommeil et ayant peu d’impact sur les activités quotidiennes. Le traitement sera adapté en conséquence et pourra conduire à changer de thérapie ou à y associer d’autres thérapies. Certaines douleurs connues, notamment associées aux soins ou à la chirurgie, doivent faire l’objet de traitements préventifs. Si la douleur résiste aux traitements habituels, une consultation doit être envisagée avec un algologue (médecin spécialiste de la douleur).
Les médicaments
Les antalgiques (dits « antidouleurs ») sont prescrits en fonction du type et de l’intensité de la douleur, mais aussi de l’état de santé du patient. Ils sont
classés en 3 paliers selon leurs puissances et peuvent être associés si besoin :
- les antalgiques de palier 1, en cas de douleurs légères à modérées : paracétamol, ibuprofène ;
- les antalgiques de palier 2 en cas de douleurs modérées, on les appelle « opioïdes faibles » : codéine, tramadol ;
- les antalgiques de palier 3 en cas de douleurs modérées à fortes (« opioïdes forts ») : morphine, oxycodone, fentanyl, hydromorphone.
Les antidépresseurs (clomipramine, imipramine, amitriptyline) et les antiépileptiques (gabapentine) sont prescrits contre les douleurs neuropathiques.
Les anesthésiques locaux peuvent être utilisés pour :
- prévenir les douleurs associées aux soins (xylocaïne, lidocaïne…), combinés ou non à des antalgiques classiques ;
- traiter une douleur neuropathique (patch de capsaïcine).
Les mélanges de gaz à inhaler (oxygène–protoxyde d’azote) sont destinés à prévenir les douleurs associées aux soins. Ils peuvent être combinés à des
antalgiques classiques.
D’autres médicaments actifs contre la douleur du cancer peuvent être prescrits selon les cas. Par exemple, des corticoïdes vont diminuer des douleurs cancéreuses d’origine inflammatoire, comme celles dues à des mucites ; des biphosphonates soulageront les douleurs osseuses ; des antispasmodiques vont lutter contre les douleurs spasmodiques ; etc.
Les traitements contre le cancer
En agissant sur la tumeur, les traitements médicaux du cancer, la radiothérapie ou la chirurgie réduisent les douleurs qui y sont liées. Parfois, un de ces traitements va essentiellement servir à diminuer la douleur et peut s’assimiler à un traitement de support antalgique. Par exemple, on peut retirer une métastase qui comprime un nerf par chirurgie, diminuer la douleur du cancer du pancréas par de la radiothérapie, etc.
Les autres solutions non médicamenteuses
Un soutien psychologique et/ou des techniques non médicamenteuses comme la kinésithérapie, la relaxation, l’hypnose, l’ostéopathie ou l’acupuncture peuvent être associés aux traitements antalgiques classiques. Ils peuvent permettre au patient de mieux gérer ses douleurs, souvent de réduire les doses de médicaments en accord avec le médecin, mais aussi de soulager le stress associé à la douleur.
Les opioïdes sont très efficaces mais comme tous les médicaments, ils peuvent entraîner des effets indésirables qui doivent être prévenus et traités. Ces effets indésirables sont le plus souvent limités : nausées, constipation, somnolence en début de traitement et, plus rarement, confusion mentale, rétention urinaire ou dépendance. Un dépistage systématique, surtout en début de traitement, est nécessaire. S’ils sont trop importants, le médecin peut modifier la dose ou la molécule d’opioïde.
Livret réalisé en collaboration avec Rose magazine
L’analgésie intrathécale est une méthode pouvant être utilisée lorsque les antidouleurs classiques par voie orale ou intraveineuse ne sont pas ou plus adaptés. Elle consiste en l’implantation, sous anesthésie générale, d’une pompe au niveau de l’abdomen contenant un mélange d’antalgiques comportant un opioïde.
Ce mélange sera délivré de façon programmée via un cathéter dans le liquide céphalo-rachidien autour de la moelle épinière. En agissant directement au niveau des voies nerveuses centrales de la douleur, l’analgésie intrathécale permet d’utiliser des doses d’opioïdes beaucoup plus faibles, ce qui limite les effets indésirables. Cette méthode n’est disponible que dans certains centres experts ayant développé des soins de support techniquement avancés ainsi que des procédures de mise en place et de suivi spécifiques à cette méthode. Une augmentation du nombre de ces centres est prévue au niveau national.
L’hypnoanalgésie se définit par le recours à l’hypnose pour soulager la douleur. L’hypnose est un état modifié de la conscience entre l’éveil et le sommeil, permettant à un professionnel de santé formé de détourner son patient des perceptions douloureuses par la suggestion verbale. Elle peut être utilisée dans certains soins invasifs (pose de chambre implantable, biopsie, etc.) ou encore lors d’interventions chirurgicales diverses. Le plus souvent, elle est utilisée en association avec une anesthésie ou des médicaments antalgiques et anxiolytiques (on parle alors d’hypnosédation). Elle permet parfois d’éviter l’anesthésie générale et souvent de diminuer les doses de médicaments.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).