Les soins de support pour la prise en charge diététique

Parce qu’une alimentation suffisante pour assurer les apports en nutriments nécessaires est cruciale pour l’état de santé du patient, la prise en charge des problématiques alimentaires fait partie des soins de support les plus importants.

09 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025

Diététique et nutrition : de quoi parle-t-on ?

La diététique désigne l’ensemble de règles à suivre pour une alimentation équilibrée en vue d’améliorer ou de maintenir la santé. Elle tient compte des préférences et des habitudes culturelles du patient. Elle est pratiquée par des professionnels de santé diplômés : les diététiciens.

La nutrition est une science étudiant les rapports entre la nourriture et ses effets sur l’organisme et la santé. Elle se consacre en particulier au métabolisme, de l’absorption à l’assimilation et la transformation des aliments par l’organisme. Elle est pratiquée par des médecins spécialisés : les nutritionnistes. En tant que médecins, ils peuvent prescrire des examens, des médicaments, de l’activité physique adaptée, etc.

Quel impact le cancer et ses traitements ont-ils sur l’état nutritionnel ?

Le cancer et ses traitements peuvent altérer l’état nutritionnel du patient. En effet, le cancer peut faire perdre du poids, car la tumeur entraîne une inflammation chronique de l’organisme qui utilise beaucoup d’énergie et de fatigue, alors que, souvent, l’appétit baisse. Selon la localisation du cancer, la tumeur peut aussi gêner la mastication, la déglutition, le métabolisme ou la digestion des aliments. Tous les cancers, en particulier ceux des voies aérodigestives (gorge, œsophage, etc.), peuvent entraîner une dénutrition.

La dénutrition résulte d’un déficit d’apport en énergie, en protéines et autres nutriments, qui entraîne une perte de poids (5 % de la masse du patient en un mois ou 10 % en six mois) par fonte des muscles et des perturbations de certaines fonctions du corps. Il est possible d’être dénutri malgré un poids « normal » ou même un surpoids si la masse musculaire utile a diminué alors que la graisse corporelle augmente.

Les traitements médicaux du cancer, comme la chimiothérapie, peuvent engendrer des modifications de l’odorat et du goût, des dégoûts alimentaires, une perte d’appétit, des vomissements. La radiothérapie peut aussi entraîner des douleurs dans les zones irradiées, tels une une inflammation de la bouche, des douleurs de gorge et des problèmes de déglutition (cancers des voies aérodigestives), ou des diarrhées (cancers au niveau de l’abdomen) qui peuvent gêner l’alimentation normale. Ces effets indésirables sont parfois source d’angoisse, voire de rejet de la nourriture, et augmenter le risque de dénutrition. D’autres traitements comme l’hormonothérapie peuvent au contraire faire prendre du poids.

De nombreux facteurs peuvent également contribuer à des problèmes nutritionnels, tels que le stress lié à la maladie, la perte d’autonomie, les douleurs ou la fatigue.

La gestion des troubles digestifs

Des troubles digestifs liés à la maladie ou à ses traitements peuvent survenir. Dans le cadre des soins de support, l’équipe soignante et le diététicien peuvent conseiller une alimentation permettant de limiter les symptômes digestifs gênants, en accord avec les médecins. Le médecin nutritionniste peut également prescrire des médicaments. Soulager ces troubles permet d’améliorer le bien-être du patient, mais aussi de prévenir la dénutrition et d’autres complications, comme une déshydratation ou des problèmes rénaux.

De plus, cela aide le patient à mieux tolérer les traitements, ce qui peut influer positivement sur le pronostic de la maladie. Parmi ces troubles digestifs, les nausées et vomissements liés à la chimiothérapie sont souvent redoutés par les patients. Ils sont prévenus ou traités par divers médicaments dits « antiémétiques », mais aussi par des psychotropes et des corticoïdes selon les cas. Des pratiques non conventionnelles non médicamenteuses comme l’acupuncture peuvent également être utiles.

Pourquoi la prise en charge diététique est-elle importante ?

Les études montrent que la nutrition influe fortement sur la qualité de vie du patient et sa santé générale, mais aussi sur le pronostic de la maladie. En effet, non seulement les problèmes d’alimentation et la dénutrition qui peut en découler entachent le bien-être du patient, mais ils diminuent aussi l’efficacité et la tolérance des médicaments anticancéreux, nuisent à la bonne cicatrisation après chirurgie et vulnérabilisent face aux infections.

La prise en charge diététique et nutritionnelle permet de maintenir au mieux l’état nutritionnel du patient tout au long de son parcours de soins pour éviter ces effets délétères.

Comment les besoins nutritionnels du patient sont-ils évalués ?

Dès le diagnostic, l’état nutritionnel du patient est évalué. La dénutrition est dépistée en calculant l’indice de masse corporelle (IMC) du patient et en estimant l’importance de l’éventuelle perte de poids. Le patient est également interrogé sur son alimentation et son appétit. Tout au long des traitements, le poids et l’état nutritionnel du patient seront régulièrement réévalués.

Des analyses sanguines sont parfois nécessaires. L’écart entre les besoins nutritionnels du patient et ses apports alimentaires permet d’établir et d’ajuster la stratégie de prise en charge diététique et nutritionnelle.

Comment la prise en charge diététique est-elle assurée ?

La prise en charge diététique et nutritionnelle est personnalisée : en fonction de l’état de santé du patient, de la localisation du cancer, du stade de la maladie, des effets indésirables des traitements, etc. Elle doit être programmée par l’équipe soignante. Selon les cas, elle peut être dispensée au chevet du patient lors d’une hospitalisation, à l’occasion de certains traitements (comme la radiothérapie) ou en consultation au sein du service.

Le diététicien et le médecin nutritionniste interviennent auprès du patient de façon différente, mais complémentaire. Le diététicien fournit au patient des conseils diététiques personnalisés en fonction du bilan nutritionnel, en particulier s’il y a dénutrition ou risque de dénutrition. En tenant compte des habitudes alimentaires et préférences du patient, il conseille des choix d’aliments, des textures, des techniques culinaires, des recettes, une répartition des repas, etc. L’objectif est de permettre au patient de mieux s’alimenter pour apporter à son organisme les nutriments dont il a besoin, tout en conservant le plaisir de manger. Dans certains cas, des compléments alimentaires protéinés et énergétiques par voie orale se révèlent nécessaires pour compléter les apports nutritionnels.

Le médecin nutritionniste évalue l’état nutritionnel du patient et le conseille sur son alimentation, mais il peut aussi poser un diagnostic et prescrire des examens, des médicaments et, si besoin, une nutrition artificielle. En effet, notamment quand le cancer atteint le tube digestif ou que la dénutrition est sévère, il doit prescrire une nutrition entérale (par sonde dans le tube digestif) ou parentérale (par voie intraveineuse) en complément ou à la place de l’alimentation normale.

L’état nutritionnel dépend des apports alimentaires, mais aussi de l’activation du métabolisme et des dépenses énergétiques : c’est pourquoi le nutritionniste peut également prescrire de l’activité physique adaptée.

Conseils

  • Si vous rencontrez des difficultés à vous alimenter, n’hésitez pas à en parler à l’équipe soignante.
  • Pendant les traitements, pesez-vous une à deux fois par semaine et mentionnez à l’équipe soignante toute variation de poids.
  • En cas de nausées ou vomissements, il est généralement conseillé de fractionner les repas, de les préférer froids, pas trop odorants et digestes.
  • En l’absence de contre-indication, accordez-vous de petits plaisirs culinaires et maintenez votre activité physique pour stimuler votre appétit : cela contribue à prévenir la dénutrition.

Pour en savoir plus, vous pouvez également consulter le site vite-fait-bienfaits.fr

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).