Les thérapies ciblées demain
Les principaux objectifs de la recherche sont de mettre au point de nouvelles thérapies ciblées, de préciser et d’en étendre leurs usages, ainsi que de contourner les résistances et de réduire les effets secondaires.
12 janvier 2021 Dernière mise à jour : 04-07-2025
Identifier de nouvelles cibles thérapeutiques
La majorité des patients ne peut pas encore bénéficier de ces thérapies en raison, notamment, de l’absence des cibles déjà identifiées au sein de leur tumeur. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas ; en effet, de nombreuses autres cibles restent à découvrir, peut-être plus spécifiques de petits sous-groupes de cancers. Cet objectif mobilise de grands efforts de recherche actuellement dans ce domaine. À terme, les médecins espèrent bénéficier d’un large panel de thérapies ciblant plusieurs mécanismes tumoraux pour chaque tumeur afin d’associer ces traitements entre eux et d’attaquer le cancer sur plusieurs fronts à la fois.
Prédire la réponse au traitement
Les thérapies ciblées ne sont pas efficaces chez tous les patients porteurs de l’anomalie moléculaire ciblée. L’objectif est donc de disposer de facteurs prédictifs de la réponse au traitement afin d’administrer le médicament uniquement aux patients qui en tireront un bénéfice pour éviter toute perte de temps, pour réduire le risque d’effets indésirables et éviter des coûts inutiles (compte tenu du prix très élevé de ces médicaments). Ces facteurs prédictifs peuvent être cliniques (stade d’évolution du cancer, par exemple) ou encore biologiques (caractéristiques moléculaires, statut immunologique, marqueurs sanguins). Afin de les révéler, certains programmes de recherche font appel à des outils d’intelligence artificielle pour corréler la réponse au traitement et l’ensemble des données collectées chez les patients.
Lutter contre les résistances
Malheureusement les thérapies ciblées ont souvent une durée d’action limitée. Au bout de quelques temps, il arrive que le traitement perde en efficacité chez une partie des patients et que la tumeur se remette à progresser. Ces résistances sont très certainement le résultat de mécanismes adaptatifs rendus possibles par l’hétérogénéité des cellules cancéreuses qui coexistent au sein d’une même tumeur. Certaines portent une mutation qui les rend sensibles à la thérapie ciblée administrée, mais d’autres, potentiellement très minoritaires, ne la portent pas, ou en portent d’autres qui leur confèrent une résistance à cette thérapie. Dans d’autres cas, enfin, des mutations qui désensibilisent les cellules à la thérapie ciblée peuvent survenir. Plusieurs de ces mutations ont déjà été identifiées et offrent de nouvelles cibles thérapeutiques pour lutter contre l’émergence de populations de cellules cancéreuses résistantes grâce à des combinaisons de médicaments.
Augmenter l’efficacité et la tolérance
Les chercheurs travaillent à l’amélioration des thérapies ciblées déjà disponibles pour les rendre encore plus spécifiques de leur cible, accroitre ainsi leur efficacité et réduire leurs effets secondaires. Pour cela, ils modifient par exemple les structures chimiques des molécules pour réduire le risque d’interactions parasites avec d’autres molécules dans l’organisme.
Mieux cibler les tumeurs : les ADConjugués
Des anticorps spécifiques d’antigènes tumoraux peuvent être utilisés pour servir de « vecteur » afin de conduire une chimiothérapie au sein de la tumeur. L’anticorps est associé à une molécule de chimiothérapie donnant naissance à un médicament complexe appelé Antibody Drug Conjugates (ADConjugué). Lorsque l’ADC a reconnu sa cible au sein de la tumeur et s’y est fixé, la chimiothérapie est relâchée de façon localisée, ce qui augmente son efficacité et diminue la dispersion du produit dans l’organisme et les effets indésirables associés. Plusieurs médicaments de ce type sont déjà commercialisés dans le traitement de lymphomes hodgkiniens ou encore dans des cancers du sein HER2, et des dizaines de médicaments ADConjugués sont en cours de développement. À la différence des thérapies qui ciblent des protéines ou des mécanismes clés du développement tumoral, ces ADC sont conçus pour se fixer sur une protéine spécifiquement présente dans la tumeur, même si la protéine en question n’a pas un rôle central dans le développement tumoral. Il s’agit d’une avancée majeure dans le domaine des thérapeutiques anti-cancéreuses.
Avis d'expert : Entretien avec le Docteur Thomas Bachelot, Médecin et Chercheur au Centre Léon Bérard (Lyon)
C’est le développement des thérapies ciblées qui a transformé le concept de médecine de précision en une réalité. Désormais les plateformes de génétique moléculaire réparties en France effectuent des dizaines de milliers de tests chaque année pour caractériser le plus finement possible chaque tumeur et les traiter de la façon la plus spécifique possible. Et cette tendance ne va faire que croitre dans les années à venir avec l’arrivée de nouvelles thérapies ciblées, de nouveaux ADC et le développement de l’immunothérapie. En outre, de nouveaux outils comme des marqueurs biologiques ou l’intelligence artificielle aident à prédire l’évolution de certains cancers. Cela permet d’adapter le traitement pour l’alléger si le risque de récidive est faible ou au contraire le renforcer en cas de risque de rechute ultérieure.
Pour aller plus loin, la médecine « personnalisée » prendra également en compte les spécificités des patients eux-mêmes. Ces spécificités reposent sur le profil génétique de chacun mais aussi sur ses antécédents de santé, sur son environnement et son hygiène de vie, etc. Pour soigner chacun de manière optimale, il est donc nécessaire d’analyser toutes ces caractéristiques et d’adapter le traitement à chaque tumeur et chaque patient.
Cette individualisation des traitements s’accompagne aussi d’une meilleure prise en compte des effets indésirables ou des contraintes des soins pour faire en sorte que chaque patient puisse tolérer son traitement en fonction de son environnement et de ses contraintes sociales, professionnelles, familiales, et conserver la meilleure qualité de vie possible.
Dossier réalisé avec le concours du Docteur Thomas Bachelot, médecin et chercheur au Centre Léon Bérard (Lyon).