Que faire en cas de douleurs persistantes liées au cancer ?
Dans les années suivant les traitements, il arrive que des souffrances s’installent, mais là encore des solutions existent, notamment grâce aux approches alternatives aux médicaments.
30 octobre 2020 Dernière mise à jour : 17-07-2025
Un suivi post-traitement à renforcer
Selon l’étude VICAN5 réalisée par l’Institut national du cancer (INCa), deux tiers des patients souffrent de séquelles dues au cancer ou aux traitements 5 ans après leur diagnostic, et en particulier de douleurs neuropathiques. Celles-ci se sont généralement installées depuis de longs mois et ont d’importantes répercussions sur le quotidien, la vie professionnelle et sociale des patients en rémission.
Pourtant, trois fois sur quatre, ces séquelles ne font pas l’objet d’un suivi médical par un médecin généraliste ou un centre de lutte contre la douleur (CLUD). Lorsqu’elles sont prises en charge, les ordonnances ne s’appuient pas toujours sur les bonnes solutions. Elles reposent ainsi souvent sur les opioïdes, qui ne doivent pas être prescrits en première intention pour traiter les douleurs neuropathiques. D’une façon générale, la prise d’antalgiques au long cours n’est pas efficace contre les douleurs chroniques.
« Je n’ai pas souvenir d’avoir eu de vives douleurs durant mes traitements il y a 10 ans. Mais alors que je pensais reprendre ma vie d’avant une fois les séances de chimio derrière moi, des douleurs dans les articulations et les muscles m’ont peu à peu handicapée. Au point que j’ai dû arrêter de travailler. Jusqu’à maintenant je serrais les dents. Mais aujourd’hui, je suis bien décidée à consulter un spécialiste de la douleur. »
Catherine, 60 ans
Vers une désescalade thérapeutique
Etape 1 – Réévaluer l’ordonnance
En cancérologie, de nombreux patients ont reçu des opioïdes au cours de leur traitement. À ce moment-là, ils étaient nécessaires et utiles. Cependant, une fois les séances de chimiothérapie ou de radiothérapie terminées, la première étape dans la prise en charge des séquelles neuropathiques du cancer est de diminuer progressivement les opioïdes. Ils doivent être remplacés par les traitements les plus appropriés, à savoir les antidépresseurs et les antiépileptiques. La prescription de crèmes ou de patchs à base de capsaïcine, un principe actif extrait du piment rouge, permet également de soulager les douleurs neuropathiques et de réduire peu à peu les doses d’antalgiques.
Etape 2 – Faire appel aux thérapies non pharmacologiques
Cette difficile transition médicamenteuse est facilitée par des thérapies complémentaires comme la neurostimulation transcutanée (TENS). Cette technique consiste à poser, dans la région douloureuse, des électrodes qui délivrent des impulsions électriques afin de freiner, voire bloquer, la transmission des messages douloureux au cerveau. Si les douleurs deviennent réfractaires, une approche plus invasive peut être envisagée. Cette dernière s’appuie sur un traitement neurochirurgical permettant l’implantation d’électrodes au contact de la moelle épinière ou du cortex cérébral.
Ces approches non médicamenteuses sont généralement complétées par des activités comme le yoga, l’activité physique, la méditation, la sophrologie ou encore l’acupuncture et l’auriculothérapie. L’objectif est de trouver la thérapie qui vous convient le mieux afin de la pratiquer dès que la douleur survient pour l’empêcher de s’installer.
Dans certains hôpitaux ou centres de lutte contre la douleur, il est également possible de bénéficier de programmes d’éducation thérapeutique animés par des infirmier·e·s et/ou des psychologues. Au cours d’ateliers collectifs et individuels, les soignants vous délivreront des informations sur votre pathologie et vos traitements pour devenir autonome dans la gestion de votre douleur au quotidien, qui doit devenir au fil de temps de plus en plus silencieuse.
« Je voulais trouver une alternative aux médicaments. J’ai rencontré des professionnels du sport formés aux spécificités du cancer. Ils m’ont expliqué qu’inconsciemment, je cherchais à protéger mon sein fragile en me repliant sur moi-même. Il fallait donc que je modifie ma posture, mais aussi que je me muscle. Ce que j’ai réussi à faire grâce au canoë-kayak. J’ai rejoint une équipe de Dragon ladies. Finalement, le sport est ce qu’il y a de plus efficace pour moi. »
Anaïs, 29 ans
Pr Serge Perrot, Responsable du Centre de Lutte contre la Douleur (CLUD) de l’Hôpital Cochin (Paris).
La prise en charge médicamenteuse de la douleur a-t-elle évolué ces dernières années ?
Les traitements de la douleur s’appuient sur des molécules très anciennes, comme la morphine qui a plus de 6 000 ans, ou repositionnent des médicaments venus d’autres disciplines tels que les antidépresseurs ou les antiépileptiques. Ces dernières décennies, la recherche a trouvé peu d’alternatives à ces médicaments car la douleur est un système complexe sur lequel il est difficile d’intervenir sans provoquer des effets secondaires. En conséquence, des molécules qui paraissaient prometteuses chez l’animal s’avèrent toxiques chez l’Homme.
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Des essais cliniques ont-ils lieu ?
Oui, effectivement, les chercheurs étudient différentes méthodes visant à bloquer les voies de transmission de la douleur. Parmi elles, les études sur les anticorps monoclonaux anti-NGF apportent des résultats intéressants, notamment dans la prise en charge des douleurs articulaires. Néanmoins, des effets indésirables ont été signalés. Il faudra donc être vigilants. En parallèle, des équipes travaillent sur des molécules appelées des antagonistes du récepteur TRPV1 qui permettraient d’atténuer les douleurs neuropathiques. On peut aussi citer les dérivés de synthèse du cannabis qui vont faire l’objet d’une expérimentation en France.
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En parallèle, les approches non pharmacologiques sont-elles aussi étudiées ?
Ces thérapies sont indispensables dans la prise en charge de la douleur. Plusieurs études ont montré que l’activité physique, la méditation ou l’hypnose aident les patients à mieux vivre. Dans cet esprit, des équipes évaluent les bénéfices de la réalité virtuelle pour soulager les patients au cours de leurs séances de radiothérapie par exemple, ou encore l’impact du yoga sur les douleurs articulaires. À cela s’ajoutent des travaux de recherche dans le domaine de la radiologie interventionnelle qui vise à détruire les tumeurs par différents procédés, comme le froid, le laser ou les ultrasons, mais aussi la neuromodulation qui consiste à contre-stimuler le système nerveux pour bloquer la transmission du message nerveux.
Ce dossier a été réalisé en collaboration avec Rose Magazine et avec l’aide du Dr Sophie Laurent, responsable du Centre d’évaluation et de traitement de la douleur de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, du Dr Antoine Lemaire, chef du Pôle Cancérologie et Spécialités Médicales du Centre Hospitalier de Valenciennes, de Nathalie Ferrand, infirmière coordinatrice à l’Institut Daniel Hollard à Grenoble et du Pr Serge Perrot, responsable du Centre de lutte contre la douleur de l’Hôpital Cochin à Paris.