Santé mentale : où trouver du soutien et des solutions ?
À tout moment du parcours, des stratégies et des traitements médicamenteux ou non peuvent être mis en place pour atténuer des symptômes dépressifs ou une anxiété envahissante. Des aides à l’hôpital et en ville existent aussi.
18 septembre 2025 Dernière mise à jour : 16-12-2025
Les personnes ressources
À l’hôpital, l’équipe soignante
Tout au long du parcours, le médecin oncologue, les infirmières de coordination veillent et tentent de déceler les fragilités, de détecter les moments de basculement et d’identifier les patients les plus vulnérables. Une vigilance qui passe par des questions simples comme « Comment allez-vous aujourd’hui ? ». Une main tendue qu’il ne faut pas hésiter à saisir. Elle est une opportunité pour bénéficier au plus tôt et au mieux, de nombreux soins de support comme le soutien psychologique, mais aussi l’activité physique adaptée (APA), des médecines douces et complémentaires (relaxation, sophrologie, yoga, réflexothérapie…).
L’équipe peut également orienter les malades et les proches vers des associations de patients et d’aidants, des groupes de parole…
Les services de psycho-oncologie
La très grande majorité des services d’oncologie et des centres de lutte contre le cancer (CLCC) ont des équipes de psychologues et de psychiatres formés aux spécificités du cancer. Ces professionnels peuvent être sollicités à votre demande ou à celle de l’équipe médicale, notamment en cas d’urgence pour juger de la pertinence d’une hospitalisation pour des raisons psychiatriques. Un suivi en ville est aussi possible, mais pas toujours évident à mettre en place. Le dispositif « Mon soutien psy » permet de bénéficier de 12 séances de psychothérapie prises en charge par la Sécurité sociale, sans obligation de prescription par le médecin traitant. Pour autant, toute la profession ne propose pas ce dispositif. Dans chaque département, il existe également des Centres médico-psychologiques (CMP). Ils proposent des consultations gratuites de psychologues et de psychiatres.
En parallèle, des associations de psychologues ou de réseaux de soins à domicile, peuvent se déplacer. Mais ces structures sont très souvent débordées… Et par ailleurs, il s’avère complexe de trouver des psychologues ou psychiatres libéraux formés à la cancérologie. Pour aider les patients à identifier des centres ou des professionnels, plusieurs centres régionaux de cancérologie ont mis à leur disposition, sur leur site internet, des annuaires.
En ville, le médecin traitant est au côté des patients
Entre les rendez-vous à l’hôpital, ou lorsque les traitements sont terminés, le médecin traitant reste un repère. Il est à même d’écouter le patient, de l’aiguiller vers des psychologues mais aussi de débuter un traitement pharmacologique si la situation le nécessite. Les données des études VICAN 2 et 5 soulignent d’ailleurs que dans plus de huit cas sur dix les antidépresseurs et les anxiolytiques sont prescrits par le médecin généraliste.
Les associations d’aide aux malades et aux proches
À travers toute la France, de nombreuses associations proposent aux patients de rencontrer d’anciens malades ayant combattu la même maladie, suivi un parcours de soins similaires et subi les mêmes opérations. Ce partage d’expériences est l’opportunité de pouvoir poser toutes ses questions, de confier ses craintes à des personnes qui sont déjà passées par là. De plus en plus de services offrent aussi la possibilité de rencontrer des patients partenaires, aussi appelés patients experts. Des groupes de paroles entre malades, ou proches, sont aussi mis en place par des associations au sein des hôpitaux ou à l’extérieur.
Le service social de l’hôpital est là pour vous venir en aide, pour trouver avec vous des solutions en cas de soucis financiers ou pour mettre en place des aides à domicile.
Du bon usage des médicaments
Prescrits en fonction de l’intensité des troubles, les médicaments psychotropes ne constituent jamais une solution à eux seuls. La prise d’un antidépresseur ou d’un anxiolytique doit toujours être associée à une psychothérapie, une approche complémentaire et indissociable pour qu’ils expriment pleinement leur efficacité. Ils restent, néanmoins, essentiels dans certains cas pour passer un cap, sortir la tête de l’eau.
Les antidépresseurs
Les antidépresseurs ont un intérêt dans le traitement des dépressions sévères. À condition
qu’ils soient convenablement prescrits. Le rapport VICAN 5 a ainsi souligné que leur usage,
notamment la durée des prescriptions, n’est pas toujours approprié. « Il faut attendre entre
deux et trois semaines pour qu’un antidépresseur commence à faire effet. Il est donc aberrant qu’une prescription prenne fin au bout d’un mois. Classiquement, ils sont prescrits durant six à douze mois et progressivement arrêtés pour éviter tout rebond de la dépression ousyndrome de sevrage », décrit le Dr Georges-Michel Reich, psychiatre au Centre de lutte contre le cancer Oscar Lambret de Lille. Le spécialiste pointe, par ailleurs, les risques de doublons dans le contexte oncologique. « Ces molécules peuvent aussi être utilisées pour calmer des douleurs rebelles, des bouffées de chaleur ou douleurs articulaires causées par l’hormonothérapie… Mieux vaut éviter de multiplier les antidépresseurs », précise-t-il. En ce qui concerne le traitement des dépressions légères, le recours à la psychothérapie, associée à l’activité physique, est à privilégier.
Anxiolytiques et somnifères
Contrairement aux antidépresseurs, ces médicaments perdent de leur efficacité en cas de prise continue. Le cerveau s’y habitue très vite, ce qui augmente paradoxalement les symptômes anxieux, les troubles du sommeil… La tentation est donc grande d’augmenter les doses pour les soulager. Pour éviter ce phénomène d’accoutumance, mais aussi le risque de dépendance physique et psychique, la prise d’un anxiolytique ne devrait pas dépasser douze semaines, et celle d’un somnifère quatre semaines, rappellent les autorités sanitaires. Et là aussi, l’arrêt peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, si le traitement est ancien.
Au regard des effets secondaires éventuels des antidépresseurs ou des anxiolytiques comme la sécheresse buccale, la constipation, la confusion mentale ou encore les impacts cardiaques, le choix des molécules doit être réfléchi. Il ne faudrait pas que les effets indésirables de ces médicaments se surajoutent à la toxicité des traitements du cancer. En outre, certaines molécules peuvent interagir avec les chimiothérapies ou les hormonothérapies. Elles peuvent augmenter leur concentration dans le sang et accroitre leur toxicité, ou au contraire, diminuer les concentrations sanguines, et ainsi réduire leur efficacité. Il est donc important de toujours prévenir son oncologue de la prise d’un psychotrope. »
La place des thérapies non médicamenteuses
La psychothérapie
Parmi les nombreuses approches possibles pour traiter la dépression, l’anxiété ou les troubles du sommeil, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont celles qui ont le plus fait leurs preuves8. Elles consistent à aborder les schémas de pensées négatives observés chez les patients (être convaincu de ne pouvoir échapper à la dépression, s’auto-dévaloriser, se remémorer essentiellement des mauvais souvenirs, exagérer un incident mineur…), schémas qui inconsciemment guident leurs actions et renforcent leur mal être. L’objectif est d’apprendre aux patients à repérer ces pensées et à les déconstruire.
La thérapie interpersonnelle a également été validée par de nombreuses études, et est recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS). Cette approche met l’accent sur l’impact des évènements récents (deuils, survenue de la maladie…) et/ou les relations avec les autres qui peuvent créer et renforcer des pensées et des sentiments dépressifs.
La HAS recommande aussi la psychanalyse (avec des thérapies brèves) qui « a pour but de faire revenir au niveau conscient chez le patient, par la parole, les conflits et traumatismes enfouis dans l’inconscient à l’origine de troubles psychiques actuels ».
Outre ces thérapies conduites par des psychologues ou des psychiatres, la HAS préconise aussi la psychothérapie de soutien qui peut être réalisée par l’oncologue, l’infirmière ou le médecin traitant. Celle-ci repose sur une écoute empathique permettant au patient d’exprimer ses émotions. Elle n’a pas pour objectif de traiter la dépression comme les techniques présentées précédemment, mais elle peut apporter un soulagement immédiat, et suffire pour soulager une détresse émotionnelle, une tristesse ou angoisse passagère.
L’exercice physique
Outre les médicaments qui peuvent être utiles en cas de troubles sévères, les thérapies non
médicamenteuses ont toute leur place dans la prise en charge de la souffrance psychique, notamment en cas de dépression légère. Et en premier lieu, l’activité physique (adaptée ou non)(9). Il est, en effet, démontré que les activités d’endurance (marche, jogging, danse, vélo, natation, yoga…) sont associées à une réduction significative des symptômes dépressifs chez les malades atteints de cancer, à la fois à court terme (dans le mois suivant le début d’une activité) et à long terme (entre six et douze mois après).
Les mécanismes d’action sont nombreux et pas toujours élucidés, mais il est établi que bouger favorise la libération de neurotransmetteurs dans le cerveau qui augmentent la sensation de bien-être, activent le circuit de la récompense et réduisent le niveau de stress. L’activité physique renforce aussi l’estime de soi et contribue à briser l’isolement social lorsqu’elle est pratiquée en groupe.
Les techniques psychocorporelles
Pour s’évader, lutter contre les ruminations, le trop-plein de pensées noires ou encore la fatigue, les douleurs, les nausées…, l’hypnose ou la méditation peuvent également être des alliées dont le bénéfice a été démontré sur le plan scientifique(10).
Deux protocoles de méditation, l’un contre les troubles anxieux et les rechutes de dépression (Réduction du Stress Basée sur la Pleine Conscience / MBSR) et l’autre – dérivé du premier – visant à lutter contre le stress (Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience/MBCT), ont fait l’objet de nombreuses évaluations et sont utilisés dans beaucoup d’hôpitaux. Par des méditations guidées et la pratique à domicile, les participants apprennent à adopter de nouvelles manières de réagir aux émotions qui peuvent les traverser. De même, l’hypnose agit sur le cerveau en régulant la production de cytokines, molécules du stress. L’état hypnotique favorise, par ailleurs, la reconfiguration de la communication entre plusieurs régions du cerveau, ce qui permettrait de diminuer la douleur et l’anxiété liées à la maladie et aux traitements, ainsi que la détresse émotionnelle ou les difficultés de sommeil.
Il n’est jamais facile d’observer le mal-être d’un proche malade. Quelle que soit la situation, rappelez-vous que vous ne pouvez pas guérir cette personne, mais vous pouvez la soutenir.
Comment ? Votre simple présence et vos mots sont des preuves d’attention. Mais gare aux conseils ou injonctions brutales qui peuvent s’avérer contreproductives. Lui souffler « si j’étais toi, je ferais ceci ou cela », ou « si tu veux aller mieux, tu devrais… » ne l’aidera pas à sortir de son lit et à chasser ses idées noires. Pas plus que de lui dire de faire des efforts, de prendre sur elle. La patience et l’optimisme sont les clés ! Suggérez-lui de faire des activités qu’elle apprécie habituellement comme sortir se promener, aller au cinéma… Et surtout laissez-lui toujours la possibilité de refuser et respectez son choix. Son rythme est probablement différent du vôtre. Ecoutez-là sans jamais la juger, et n’hésitez pas à lui mentionner les progrès que vous observez.
8. Épisode dépressif caractérisé de l’adulte : prise en charge en premier recours, Recommandation de bonne pratique, Haute Autorité de Santé, 2017
9. Noetel M, Sanders T, Gallardo-Gomez, et al, Effect of exercise for depression : systematic review and network meta-analysis of randomised controlled trials, BMJ 2024
10. Charlotte Grégoire, et al, « Intérêt et utilisation de l’hypnose pour améliorer le bien-être physique et psychologique en oncologie ». Hegel, n° 4, 2017. p.267-275. CAIRN.INFO : https://urls.fr/LVI5Zh
Remerciements à Jonathan Grondin, Psychologue clinicien à l’Institut Universitaire du Cancer Toulouse (IUCT) – Oncopole, au Dr Antonio Di Meglio, Oncologue à Gustave Roussy (Villejuif), et au Dr Georges-Michel Reich, Psychiatre au Centre Oscar Lambret (Lille).
Ce dossier est issu d’un livret réalisé en collaboration avec Rose Magazine qui informe les femmes touchées par tout type de cancers.