Comment agir sur la fatigue liée au cancer ?

L’impact de l’asthénie varie d’une personne à l’autre. Elle peut s’aggraver au fil des traitements, et ses causes sous-jacentes peuvent changer… Mais quelle que soit l’origine de la fatigue et sa sévérité, des solutions existent.

13 juin 2025 Dernière mise à jour : 22-07-2025

Au cœur de la prise en charge : l'activité physique adaptée

Cela peut sembler contre-intuitif, voire paradoxal, mais pour lutter contre la fatigue, l’activité physique est le traitement incontournable. Elle réduit de 30 à 40 % la fatigue liée au cancer1« Ce n’est pas un remède miracle, et son efficacité varie entre les malades, mais c’est la seule intervention qui a un effet sur toutes les dimensions de la fatigue. Elle stimule et renforce les muscles, contribue à soulager certaines douleurs, améliore le sommeil mais aussi le bien-être psychique. Il a ainsi été démontré qu’en cas de dépression légère, l’activité physique fonctionne aussi bien que les antidépresseurs2 », décrypte Baptiste Morel. Et nul besoin de se préparer au marathon pour en tirer bénéfice ! La pratique d’une activité physique adaptée (APA) à ses capacités et à ses envies a, en effet, prouvé son efficacité pour briser le cercle vicieux du déconditionnement physique.

Mais attention, tous les types d’activité ne se valent pas ! Par exemple, en cas de fatigue liée à une importante fonte musculaire, appelée « cachexie », renforcer son système cardiovasculaire mais aussi l’ensemble de ses muscles à l’aide d’exercices comme le step, le vélo ou encore du gainage sera plus approprié. En revanche, si la fatigue est plutôt émotionnelle ou associée à une dépression, l’accent sera mis sur la pratique en groupe afin de briser l’isolement et créer du lien social.

Les bénéfices du sport sur ordonnance

Ces séances d’APA sont prescrites par l’oncologue ou le médecin généraliste, et réalisées par des coachs sportifs formés aux maladies chroniques, et notamment aux spécificités du cancer et à ses complications. Dans le cadre de ces séances de sport sur ordonnance, le médecin réalise un examen complet pour évaluer la condition physique du patient mais également déceler d’éventuels troubles pouvant contre-indiquer ou exiger quelques précautions. « C’est important que la prescription soit la plus précise possible et mentionne clairement les contre-indications tels que des troubles cardiaques, une fragilisation osseuse ou une épilepsie. Cela nous permet de personnaliser au mieux les exercices ou déterminer si un cours individuel ou collectif sera le plus approprié », explique Laury Aulnette, enseignante en APA au Centre François Baclesse (Caen).

Une fois muni de sa prescription et de son certificat médical, le patient peut s’inscrire à un cours d’APA au sein de l’hôpital – des Pôles Sport & Cancer existent au sein de nombreux services d’Oncologie, d’Hématologie adultes et pédiatriques – ou en ville (milieu associatif,
maison Sport-Santé).

Dans le premier cas, le programme d’APA est pris en charge par l’hôpital. Si les séances sont réalisées en ville, plusieurs options sont possibles. Des structures, comme La CAMI Sport & Cancer présente à l’échelle nationale, proposent des séances gratuites. Certains départements ou régions ont également créé une offre gratuite comme le Grand-Est à travers son dispositif Prescri’mouv, la Normandie qui a mis en place Pass’sport santé 76 ou IMAPAC (Initier et maintenir une activité physique adaptée avec un cancer), ou encore le Relais Santé Pyrénées…

Néanmoins, la plupart du temps, une adhésion annuelle à l’association est nécessaire pour profiter des séances d’APA. Un coût qui peut être pris en charge par la mutuelle. N’hésitez donc pas à contacter votre complémentaire santé. Les entreprises peuvent aussi financer les activités sportives. Prenez contact avec le service des ressources humaines et/ou du comité d’entreprise.

Livret : "Bougez !"

Livret réalisé en collaboration avec Rose magazine

Livret
Mieux vivre
Livret Bougez Si 1
Télécharger Livret : "Bougez !" (pdf - 2.5 Mo)
La photobiomodulation, un traitement efficace

« Initialement utilisée et recommandée pour prévenir et traiter les mucites (inflammations de la muqueuse de la bouche), la photobiomodulation peut être efficace contre les douleurs complexes du cancer, les troubles cognitifs, les difficultés de sommeil, et ainsi améliorer la fatigue des patients*. Cette technique indolore, sans contre-indication ni effet secondaire, repose sur les propriétés de la lumière rouge et infrarouge pour régénérer les tissus abîmés par les traitements. Elle est absorbée par les usines énergétiques de nos cellules, les mitochondries, qui sont défaillantes à cause de la toxicité des thérapies anti-cancer. Quelques séances réparties sur plusieurs semaines permettent de “recharger” ces usines et d’améliorer considérablement la qualité de vie des malades. » Antoine Lemaire, spécialiste de la douleur au centre hospitalier de Valenciennes

* Photobiomodulation therapy in management of cancer therapy-induced side effects : WALT position paper 2022, Frontiers in Oncology, 2022.

Gérer les causes de la fatigue

Pour lutter efficacement contre cette dernière, il est nécessaire de s’attaquer à chacune de ses racines. En discutant avec votre médecin traitant et/ou avec l’oncologue de votre ressenti, une prise en charge personnalisée pourra se dessiner.

Limiter les effets liés aux médicaments

Des médicaments (opiacés, psychotropes, bêtabloquants ou encore statines) prescrits pour lutter contre le cancer ou des pathologies concomitantes comme le diabète, l’hypertension, etc., sont susceptibles de générer une grande fatigue. Certaines chimiothérapies sont, par ailleurs, plus fatigantes que d’autres. L’oncologue a la possibilité de réajuster l’ensemble des prescriptions médicamenteuses pour tenter de réduire le poids des effets secondaires. En fonction des cas, une molécule pourra être remplacée par une autre ou les posologies diminuées.

Traiter l’anémie

Comment ? D’abord en mangeant équilibré ! La production et la survie des globules rouges dépendent d’un bon apport en fer, vitamine B9 ou acide folique et en vitamine B12. Les œufs, le poisson, le boudin noir, les épinards, les céréales complètes, la levure de bière, les dattes et les légumineuses (pois chiches, pois cassés, lentilles…) sont d’excellents alliés. Une supplémentation en fer et/ou en vitamines sera utile si l’anémie persiste malgré une bonne alimentation. En cas d’anémie sévère, la prise d’érythropoïétine (Epo), un médicament qui booste la production des globules rouges dans la moelle osseuse, ou une transfusion sanguine sera envisagée.

Prévenir la dénutrition

Ne pas perdre de poids est la consigne donnée aux patients. Une consigne bien difficile à suivre quand les nausées, les vomissements ou les mucites s’invitent après la chimiothérapie, quand le moral est au plus bas ou quand la fatigue est trop écrasante. La dénutrition est une conséquence qui peut s’imposer très vite. Celle-ci est évoquée en cas de perte de 5 % du poids du corps en un mois ou 10 % en six mois. Pour une personne de 60 kg, cela ne représente que 3 kg ! En un si court laps de temps, c’est le muscle qui fond. Or, il est aujourd’hui bien établi que la dénutrition est associée à une plus grande toxicité des thérapies anti-cancer, quelle que soit sa corpulence.

Aussi, pour prévenir cette fonte, une pesée régulière est recommandée. Si des grammes disparaissent sur la balance, enrichir son alimentation est le premier réflexe à adopter. Crème fraîche entière, gruyère râpé, parmesan, fromage blanc, petits-suisses ou crèmes dessert, sauce béchamel pour préparer des légumes en gratin… Toute calorie supplémentaire est la bienvenue. Si ces astuces de cuisine ne suffisent pas, des compléments oraux, sous forme de boissons ou desserts, très concentrés en calories et en protéines, seront prescrits par l’oncologue. La nutrition artificielle à l’aide d’une sonde nasale est une solution de dernier recours en cas de dénutrition sévère.

Retrouver le sommeil

Entre un tiers et trois-quarts des patients qui viennent d’apprendre leur cancer disent mal dormir, soit près de 2 fois plus qu’en population générale. Des difficultés qui s’accentuent au fur et à mesure des traitements et qui participent à l’instauration et à la persistance de la fatigue. Conséquences biologiques du cancer, des traitements mais également de l’anxiété et de la dépression provoquées par l’annonce de la maladie, ces troubles du sommeil se traduisent par des difficultés à s’endormir, et/ou par des réveils nocturnes fréquents et prolongés.

Pour mieux dormir, l’adoption de certaines règles d’hygiène du sommeil est un préalable indispensable. Il s’agit notamment de  conserver un rythme de réveil et de coucher régulier, même le week-end, et de limiter les temps de sieste à 20 ou 30 minutes par jour en début d’après-midi, d’éviter les excitants (thé, caféine, alcool) après 16 h ou encore de pratiquer une activité physique quotidienne. Important : mettre en place une routine le soir qui exclut les écrans, afin de préparer le corps à aller se coucher. La chambre doit être plongée dans l’obscurité et conserver une température plutôt fraîche. Si le sommeil ne vient pas en moins de 20 minutes, il est conseillé de lire ou pratiquer une activité relaxante et de se recoucher quand on se sent à nouveau somnolent.

« Dans certains cas, la prescription de somnifères est nécessaire pour éviter que les troubles ne s’installent. Mais cette approche médicamenteuse doit être limitée à 3 mois, et doit céder sa place à des interventions non pharmacologiques comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), une forme brève de psychothérapie, qui a fait ses preuves dans le traitement de l’insomnie, et cela même si les séances sont réalisées à distance », indique Joy Perrier, chercheuse

au sein de l’unité Neuropsychologie et Imagerie de la mémoire humaine basée à Caen. Cette psychothérapie vise à modifier certaines habitudes de sommeil, mais aussi à rectifier les croyances erronées qui alimentent l’anxiété liée au manque de sommeil. L’acupuncture, la pratique de la relaxation ou encore la méditation de pleine conscience sont également des outils qui peuvent être utiles aux patients.

Apaiser les douleurs

Plus de 50 % des patients traités pour un cancer confient avoir mal. Des douleurs physiques, parfois réfractaires aux analgésiques, qui affectent le moral et épuisent. Conséquences du cancer lui-même (développement de la tumeur ou des métastases), et/ou des effets secondaires des traitements, les douleurs du cancer peuvent être dues à la lésion
d’un organe (douleur nociceptive) ou induites par l’atteinte des nerfs (douleurs neuropathiques).

Seul le médecin pourra les distinguer et prescrire un traitement adapté reposant sur des médicaments antidouleurs mais aussi des options non médicamenteuses (hypnose, relaxation…). De nombreuses réponses sont à retrouver dans notre livret Apaiser les douleurs du cancer.

Dissiper le brouillard cognitif

Difficulté à trouver ses mots, à se souvenir où l’on a laissé ses clés, à effectuer plusieurs tâches en même temps, à suivre une discussion… Selon les études, 40 à 70 % des patients rapportent ces difficultés qui, à la longue, demandent beaucoup d’effort mental pour les dépasser. Si la chimiothérapie est la plus souvent pointée du doigt, d’autres traitements du cancer (immunothérapie, hormonothérapie…) induisent ce brouillard cognitif qu’il est plus juste de nommer aujourd’hui « cancer fog ».

Pour chasser ce brouillard, l’activité physique a fait ses preuves. Mais ce n’est pas la seule solution. La rééducation cognitive, ou remédiation cognitive, commence à démontrer son efficacité4,5. Celle-ci consiste à réaliser des exercices de mémorisation (retenir une série d’images, de mots…), des jeux de logique ou de rapidité, ou encore des exercices nécessitant tout cela à la fois. Ils peuvent être réalisés lors d’ateliers en groupe animés par un neuropsychologue ou un orthophoniste, en visio ou en présentiel, comme le proposent la plateforme onCOGITE et de nombreux services d’oncologie, mais également seul à la maison. Dans ce cas, les mots fléchés, les sudokus, mais aussi aller voir des expos ou un film, et en parler autour de soi, sont autant de supports pour faire travailler les neurones et créer de nouvelles connexions.

Et aussi

Livret : "À table !"

Télécharger Livret : "À table !" (pdf - 1.98 Mo)

Livret : Apaiser les douleurs du cancer

Télécharger Livret : Apaiser les douleurs du cancer (pdf - 3.44 Mo)
Se reconditionner avant les traitements

Le devenir des patients après les traitements est étroitement lié à leur état de santé lors du diagnostic. Les patients les plus fragiles sont davantage confrontés aux effets secondaires, dont la fatigue. Forte de ce constat, une équipe canadienne a imaginé dans les années 2000 un programme de « pré-habilitation » visant à préparer physiquement et émotionnellement les malades qui s’apprêtent à subir une lourde chirurgie. Et les bénéfices sont au rendez-vous !

Grâce à une prise en charge nutritionnelle, la pratique d’une activité physique, et si besoin un soutien psychologique s’étalant sur 4 semaines, les patients récupèrent plus vite, restent moins longtemps à l’hôpital et présentent moins de complications post-opératoires*. Sur le long terme, ils ont par ailleurs plus de chances de survivre à leur cancer et d’éprouver moins de séquelles.

Aujourd’hui, en France, ces programmes de reconditionnement sont mis en oeuvre dans de nombreux services de chirurgie. Et depuis quelques années, des équipes les proposent aussi à des patients devant être traités par chimiothérapie.

* Multimodal prehabilitation in colorectal cancer patients to improve functional capacity and reduce postoperative complications : the first international randomized controlled trial for multimodal prehabilitation. BMC Cancer, 2019.

Au quotidien

Apprenez à vous économiser

Pour mieux comprendre votre fatigue, et apprendre à faire avec, tenez un journal. Au quotidien, notez comment vous vous sentez au lever, à midi et le soir, mais aussi après chaque activité (tâche ménagère, rendez-vous médicaux, sorties entre amis…). N’hésitez pas à évaluer votre état de fatigue sur une échelle de 0 à 10 pour tenter le plus objectivement possible d’observer son évolution. Vous pouvez également dresser la liste des choses qui vous donnent un regain d’énergie. En tenant ce journal, vous repérerez plus facilement les moments où la vitalité vous manque, les activités les plus énergivores mais aussi les périodes où vous avez besoin de repos.

Osez demander de l’aide

Pour alléger le quotidien

Cet exercice n’est pas forcément facile car, in fine, l’objectif est d’apprendre à renoncer à certaines activités et admettre que vous ne pouvez pas tout affronter. Il va falloir anticiper, planifier et surtout prioriser en déléguant certaines tâches à des proches, des voisins, ou des organismes privés. Vous vous surprendrez à profiter des « bons jours » et à mieux gérer les « mauvais ». Certaines mutuelles incluent dans leur contrat quelques heures d’aide à domicile en cas d’hospitalisation ou en cas de protocole de radiothérapie et/ou de chimiothérapie. N’hésitez pas à contacter votre complémentaire pour savoir ce que contient votre contrat.

Par ailleurs, en fonction de vos besoins, de votre âge mais aussi de votre état de santé, des aides à domicile et des financements peuvent être mis en place. Mais les démarches s’avèrent souvent complexes tant les organismes chargés de proposer ces services sont divers (caisses de retraite, maison départementale pour les personnes handicapées…). L’assistante sociale de l’hôpital saura vous orienter et vous aider à constituer votre dossier.
Le service social de l’Assurance maladie est également une ressource. Pour le contacter, il est possible de passer par la messagerie de votre compte Ameli, d’appeler le 36 46 et dire « service social » ou de vous rendre à l’accueil de votre Caisse primaire d’assurance maladie.

Pour conserver une bonne santé mentale

Surgissant à différents moments du parcours, l’anxiété et/ou la dépression touchent environ un tiers des malades. Pour ne pas perdre pied, il est nécessaire de ne pas s’isoler, et d’en parler à un professionnel : psychologue, psychiatre. Pour chasser les ruminations, prévenir les crises de panique ou améliorer la gestion du stress, les TCC se révèlent être l’intervention la plus efficace. L’activité physique a là aussi toute sa place. En cas de troubles sévères, les anxiolytiques et/ou les antidépresseurs sont utiles. Mais ils doivent être prescrits en association avec une psychothérapie.

Gare à l'automédication !

« Vitalité et Tonus », « Fortifiant et stimulant », « Énergie au quotidien »… Les promesses des compléments alimentaires ou des médicament vendus sans ordonnance s’affichent sur les boîtes ou les pubs à la télé. Or, ces produits n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité.

Au contraire, plusieurs études pointent leurs dangers. Certaines substances pourraient, en effet, protéger les cellules cancéreuses ou diminueraient l’efficacité des traitements. Les doses de vitamines seraient, parfois, trop élevées. Aussi, avant de prendre un complément alimentaire, il est vivement recommandé d’en discuter avec son oncologue.

1. Prescription d’activité physique et sportive Cancers : sein, colorectal, prostate, Haute Autorité de Santé, 2019.
2. Effectiveness of physical activity interventions for improving depression, anxiety and distress : an overview of systematic reviews British Journal of Sports Medicine, 2023.
4. Cognitive rehabilitation program to improve cognition of cancer patients treated with chemotherapy : A 3-arm randomized trial. Cancer, 2020.
5. Internet-based cognitive rehabilitation for working cancer survivors : results of a multicenter randomized controlled trial, JNCI Cancer Spectrum, February 2024.

 

Ce livret a été réalisé en collaboration avec le Dr Antonio Di Meglio, oncologue à Gustave Roussy; Baptiste Morel, maître de conférences à l’Université Savoie Mont Blanc ; Dr Amandine Bertrand, Oncologue à l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique (Lyon); Laury Aulnette, enseignante en APA au Centre François Baclesse (Caen),; Joy Perrier, chercheuse au sein de l’unité Neuropsychologie et Imagerie de la mémoire humaine basée à Caen; Dr Antoine Lemaire, spécialiste de la douleur au Centre Hospitalier de Valenciennes.