La rechute : mieux comprendre la menace pour la tenir à distance
Face aux cancers, de nombreux traitements visent à lutter contre les rechutes.
Pour mieux anticiper, retarder ou éviter ces rechutes, une meilleure compréhension de la biologie des tumeurs est indispensable. Plusieurs grandes pistes à explorer sont d’ores et déjà ouvertes.
30 novembre 2024 Dernière mise à jour : 09-10-2025
Chaque année, en France, plus de 162 000 personnes perdent la vie à cause d’un cancer*. Pour une majeure partie d’entre elles, l’échec thérapeutique survient face à une maladie qui est revenue après que les premiers traitements soient parvenus à la faire reculer, partiellement ou de façon supposément complète.
Ces rechutes, ou récidives, peuvent apparaître à l’endroit de la tumeur initiale ou à distance (récidive métastatique). Leur localisation, ainsi que leur fréquence, varient beaucoup d’un cancer à l’autre. Elles dépendent aussi de la précocité avec laquelle le cancer a été détecté et traité.
Des stratégies déjà bien en place
Après les premiers traitements qui visent à éliminer, idéalement, toutes les cellules cancéreuses, les thérapies qui sont administrées ensuite visent à réduire le risque de récidive.
Radiothérapies, chimiothérapies, hormonothérapies, thérapies ciblées ou immunothérapies doivent détruire les cellules cancéreuses qui auraient été laissées en marge de la zone opérée ou qui auraient quitté la tumeur primaire avant qu’elle n’ait été retirée.
Parmi ces traitements, les immunothérapies semblent se démarquer par une action à plus long terme, mettant dans certains cas en place des défenses naturelles dotées d’une « mémoire » comparable à celle des vaccins.
Ces thérapies peuvent aussi agir en synergie avec les chimiothérapies ou les radiothérapies qui, en tuant des cellules cancéreuses, favorisent la mise en action des défenses immunitaires dirigées contre les cellules semblables à celles qui ont été éliminées. Mais force est de constater que ces approches ne sont pas suffisantes.
Comprendre l’hétérogénéité des cellules cancéreuses
Tous les chercheurs qui observent de façon précise la nature des cellules cancéreuses – notamment pour comprendre leur inégale sensibilité aux traitements – parviennent à des conclusions similaires : les tumeurs sont constituées de cellules cancéreuses qui sont très diverses. Les chercheurs parlent d’hétérogénéité intra-tumorale : différences de mutations génétiques, de besoins métaboliques, de rythme de division, de relations
avec les cellules immunitaires, de capacité à se mouvoir…
Soumise à un traitement donné, cette population hétérogène de cellules cancéreuses va donc réagir de façon… hétérogène ! Certaines seront sensibles au traitement et mourront (potentiellement la très grande majorité), tandis que d’autres seront résistantes et trouveront, dans ce nouveau contexte, des conditions adaptées à leur prolifération.
Imaginer des réponses adaptées
L’identification de certaines mutations dans le patrimoine génétique des cellules cancéreuses résistantes permet, dans certains cas, de mettre le doigt sur les causes de la résistance au traitement utilisé jusqu’alors et d’y opposer une thérapie ciblée, capable de contourner ou de faire plier cette résistance. Malheureusement, la versatilité des
cellules cancéreuses finit souvent par prendre l’avantage sur la pharmacie…
Une autre stratégie repose donc sur l’identification de leviers qui ne dépendraient pas directement des caractéristiques des cellules cancéreuses. Les chercheurs visent, par exemple, différents éléments de l’environnement dans lequel évoluent les tumeurs : cellules immunitaires, vaisseaux sanguins, ou encore cellules structurant les tissus.
D’autres travaux misent sur le fait que, dans de multiples contextes, les cellules résistantes sont dans un état proche de la dormance. Certaines approches proposent alors de commencer par faire sortir ces cellules de leur « hibernation », pour les rendre à nouveau sensibles aux traitements classiques.
Aujourd’hui, le développement de ces stratégies – même encore majoritairement expérimental – laisse espérer un avenir dans lequel les maladies cancéreuses pourront être
contrôlées et rendues chroniques.
* Donnée pour l’année 2021, Panorama des cancers en France, INCa, édition 2024.
232000 € sur 3 ans, c’est le soutien attribué par la Fondation ARC à l’équipe du Pr Marc Sanson pour sa participation au projet PLASTIG. Coordonné par Dr Anna Golebiewska au Luxembourg, ce projet mobilise aussi deux équipes en Irlande et en Allemagne.