Connaître les effets des immunothérapies chez les patientes enceintes

Le jeune médecin Baptiste Abbar de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, a analysé les effets des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire sur la mère, le fœtus et le nouveau-né en comparaison à d’autres molécules anti-cancéreuses. Des données inédites pour mieux accompagner les patientes dans leur décision et dans la gestion des effets indésirables.

09 juillet 2025 Dernière mise à jour : 09-09-2025

Point de départ

Donner la vie… et sauver la sienne ! Il n’y a pas de moment favorable pour accueillir le diagnostic d’un cancer. Mais s’il y en a bien un dans la vie d’une femme où on s’y attend le moins, c’est pendant une gros­sesse ! Et lorsque la maladie vient mettre en péril la vie de celle qui la porte, les médecins mettent tout en œuvre pour que la mère reçoive le traitement optimal sans compromettre le pronostic du fœtus. Parmi les traitements plébiscités ces dernières années, on retrouve les immunothérapies qui modifient radicalement le pronostic de certains cancers. Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI), qui en font partie, occupent une place centrale car ils « lèvent » les blocages du système immuni­taire et restaurent une réponse immunitaire efficace contre les cellules tumorales. Jusqu’à présent, peu d’études cliniques ont analysé les effets de l’utilisation de ces molécules chez les femmes enceintes, mais quelques cas cliniques avaient tout de même montré des issues favorables. D’autres études à large échelle sont néces­saires pour préciser le risque d’exposition aux ICI pendant la période péri-natale.

Avancées grâce à la Fondation ARC

Et c’est la démarche entreprise par le jeune médecin Baptiste Abbar qui vient de publier une étude dans laquelle sont analy­sés les effets des ICI sur la mère, le fœtus et le nouveau-né en comparaison à d’autres molécules anti-cancéreuses. Pour cela, une base de données de pharmacovigilance mise à disposition par l’Organisation mon­diale de la Santé a été utilisée. Cette base recense les effets indésirables de plusieurs médicaments. Ainsi, 3 558 cas de patientes enceintes atteintes de différents cancers (mélanome, leucémie, cancer du sein…) et traitées par différentes molécules an­ti-cancéreuses, dont 91 par des ICI, ont été sélectionnées. Ont été considérés comme effets indésirables des cas de fausse couche, de malformation fœtale, de com­plication de la grossesse comme le diabète gestationnel, ou encore des complications chez le nouveau-né telles que des mala­dies neurologiques. L’équipe du Dr Abbar a pu mettre en évidence que ces différents évènements sont observés chez 41,8 % des patientes traitées par ICI contre 57 % chez les patientes traitées par d’autres thérapies anti-cancéreuses. Cette tendance est confirmée par des analyses statistiques fines : le nombre d’évènements observé dans le groupe des mères traitées par ICI n’est pas statistiquement différent de celui observé dans le groupe des mères traitées par les autres molécules. L’utilisation des ICI durant une grossesse semble donc être bien mieux tolérée que ce qui avait été suspecté jusque-là. Le Dr Abbar et l’équipe qui l’entoure rappellent tout de même que le choix de traiter des patientes enceintes par des ICI ou d’autres thérapies doit se faire au cas par cas.

Les pistes pour demain

Ces données ouvrent la voie à des explorations à plus large échelle qui prendront en compte d’autres paramètres n’ayant pu être étudiés ici, comme le temps d’ex­position aux médicaments par exemple. Une chose est sûre, cette découverte offre un espoir certain dans un domaine où les données sont rares avec, à la clé pour toutes ces femmes, une meilleure connaissance des effets des thérapies qui leur sont proposées et donc une meilleure décision personnelle quant à leur propre vie et à celle de leur enfant à naitre.

 

Le soutien de la Fondation ARC

40 008 € dans le cadre du « Prix de mobilité internationale » en 2024
129 984 € dans le cadre d’une aide individuelle (thèse de sciences pour médecin) en 2022