Exploiter le microbiote intestinal pour anticiper la réponse aux immunothérapies anticancéreuses
Avec le soutien de la Fondation, la Pr Laurence Zitvogel de Gustave Roussy (Villejuif), a mis au point un outil prédictif de la réponse à l’immunothérapie appelé le TOPOSCORE.
09 décembre 2024 Dernière mise à jour : 09-09-2025
Point de départ
De nouveaux traitements novateurs ont fait leur apparition ces quinze dernières années : ce sont les immunothérapies, qui stimulent le système immunitaire pour aider le corps à lutter par lui-même contre le cancer. Si ces traitements sont efficaces pour de nombreux types de cancers, ils sont vendus à des prix très élevés alors que tous les patients n’y répondent malheureusement pas. C’est pourquoi les chercheurs tentent d’identifier des signatures prédictives de réponse à ces traitements afin de les faire bénéficier aux bonnes personnes. Les paramètres qui peuvent composer ces signatures sont nombreux : présence de protéines présentes à la surface des cellules tumorales ou des cellules immunitaires, imagerie, molécules circulantes dans le sang, le tout combiné à l’intelligence artificielle… autant de pistes déjà utilisées ou prometteuses !
Parmi ces pistes, le microbiote commence à faire sa place, et pour cause ! On sait depuis une dizaine d’années que certaines bactéries favorisent la croissance de tumeurs, alors que d’autres comme Akkermansia muciniphila, Bifidobacterium spp. et Faecalibacterium spp contribuent à rendre plus efficaces des traitements anticancéreux.
Ce qu’on ignorait encore, et que la professeure Zitvogel, pionnière du concept du microbiote intestinal dans les thérapies du cancer, est la première à avoir mis en lumière, c’est qu’on allait pouvoir utiliser une souche immunogène d’Akkermansia, et possiblement d’autres, pour prédire la réponse à l’immunothérapie et l’améliorer… Une révolution !
Avancées grâce à la Fondation ARC
En 2020, elle obtient un financement dans le cadre de l’appel à projets SIGN’IT. Le projet a particulièrement convaincu le comité d’experts en charge de la sélection et elle reçoit 600 000 euros pour le mener. Ces fonds lui servent, entre autres, à analyser le microbiote de 245 patients atteints de cancer du poumon avant et après traitement par immunothérapie. Elle découvre alors deux groupes d’espèces bactériennes qualifiées de « délétères » ou de « bénéfiques » en fonction de leur distribution mais aussi de leurs interactions entre-elles : 45 espèces bactériennes sont identifiées comme facteur de bon pronostic, tandis que 37 autres sont identifiées comme facteur de mauvais pronostic.
L’ensemble des données collectées a permis de mettre au point un outil prédictif de la réponse à l’immunothérapie appelé le TOPOSCORE, rapport entre l’abondance relative des espèces délétères et celle des espèces bénéfiques. Le TOPOSCORE est même aussi précis que les outils d’intelligence artificielle qui sont utilisés de manière courante pour prédire une réponse à un traitement. Ce score a été validé dans 3 cohortes indépendantes regroupant à peu près 800 patients atteints de cancers bronchiques non à petites cellules, de carcinomes rénaux, de mélanomes, de cancers coliques et de cancers urothéliaux.
Les pistes pour demain
Pour l’avenir, la professeure Zitvogel imagine « qu’on pourrait proposer à des patients dont la flore intestinale est peu favorable, une composition bactérienne compensatrice soit par certaines commensales vivantes immunogènes issues de la flore intestinale (comme ONCOBAX®-AK) soit par une transplantation fécale ». Et pour toucher d’un peu plus près ce but, son équipe a mis au point un test rapide qui permet de déterminer la composition du microbiote du patient en 48 h pour une utilisation optimale dans une routine clinique afin de prédire quel patient bénéficierait le mieux de l’immunothérapie grâce au TOPOSCORE.
Laurence Zitvogel est convaincue que « certaines bactéries naturellement présentes dans la flore intestinale (ndlr le microbiote intestinal) sont en train de devenir des piliers du succès d’une immunothérapie en oncologie clinique ».