Prédire la réponse des cancers de la plèvre à l’immunothérapie

Le projet coordonné par Didier Jean au Centre de Recherche des Cordeliers à Paris fait partie des 12 projets sélectionnés par l’appel à projets SIGN’IT en 2024. Ce projet a pour objectif de découvrir comment identifier à l’avance parmi les patients atteints d’un cancer de la plèvre, ceux pour qui des immunothérapies seraient efficaces.

18 mars 2025 Dernière mise à jour : 09-09-2025

Le cancer de la plèvre

Le cancer de la plèvre ou « mésothéliome pleural » se forme à partir de cellules de la plèvre, le tissu qui entoure les poumons. Avec comme principal facteur de risque l’exposition à l’amiante, le cancer de la plèvre se déclare de façon insidieuse à un âge avancé vers 60-70 ans, soit plusieurs années après l’exposition à l’amiante. C’est pourquoi, malgré l’interdiction de celle-ci, le cancer de la plèvre reste en France un problème majeur de santé publique.

Données clés

  • 1 100 nouveaux cas de cancer de la plèvre chaque année en France
  • Une prédominance chez les hommes et en augmentation chez les femmes

L’espoir suscité par une double immunothérapie

L’objectif de ce projet est de savoir identifier, parmi les patients atteints d’un cancer de la plèvre, ceux pour qui les immunothérapies seraient efficaces. Ce projet vise donc à identifier, dans les tumeurs, des biomarqueurs prédictifs de la réponse des patients aux immunothérapies.

Pour cela, Didier Jean et ses collaborateurs analyseront les données médicales et les échantillons de tumeurs de 278 patients suivis au sein de « cohortes de vraie vie », constituées par le Groupe Français de Pneumo-Cancérologie (GFPC). Les échantillons tumoraux ont été collectés par la tumorothèque nationale MESOBANK qui fait partie du réseau national NETMESO de prise en charge du mésothéliome pleural. Atteints d’un cancer de la plèvre, ces patients ont été traités par double immunothérapie en soins courants.

Didier Jean et ses collaborateurs chercheront à quantifier différentes caractéristiques biologiques dans les tumeurs de ces patients :

  1. Les taux des différentes molécules d’ARN messagers, molécules produites par les cellules au préalable de la fabrication des protéines.
  2. Des changements dans la production des protéines à partir d’une modification identifiée précédemment dans des cancers et survenant dans les « ribosomes », c’est-à-dire dans la machinerie de production des protéines.
  3. Une étude plus approfondie sera menée afin de mieux caractériser les cellules cancéreuses et de connaître les différentes cellules qui les entourent dans la tumeur, telles que des cellules immunitaires, des cellules stromales. Pour cela, les taux des différentes molécules d’ARN messagers et de protéines seront analysés cellule par cellule, tout en conservant l’information de la localisation initiale de chaque cellule dans l’échantillon de tumeur.

Cette 3e étape contribuera à déterminer quelle est la contribution à la réponse à l’immunothérapie de chaque type de cellules présentes dans la tumeur.

À chaque étape de ce projet, l’équipe fera ensuite appel à la bio-informatique pour identifier les « ARN messagers » ou les protéines dont les taux sont les plus liés aux réponses des patients aux immunothérapies. À terme, Didier Jean et ses collaborateurs sélectionneront les 7 biomarqueurs protéiques tumoraux les plus pertinents puis ils en analyseront la valeur prédictive par immunohistochimie.

A savoir

L’analyse de l’ensemble des ARN messagers produits par une cellule renseigne les chercheurs sur l’identité et le fonctionnement de cette cellule.

Protégées dans le noyau de nos cellules, de longues molécules d’ADN comportent les « gènes », c’est-à-dire les informations nécessaires à la fabrication des protéines. Pour fabriquer les protéines, nos cellules produisent de multiples copies de nos gènes sous forme de molécules plus petites, appelées les « ARN messagers ». C’est à l’extérieur du noyau des cellules que ces ARN messagers servent de matrices pour la fabrication des protéines, par des structures appelées « ribosomes ».

Identifier l’ensemble des ARN messagers d’une cellule permet aux chercheurs de dresser son profil et son fonctionnement.

Les enjeux

En perspectives, les résultats attendus de ce programme devraient permettre :

  • D’identifier une signature prédictive, ensemble de biomarqueurs prédictifs de la réponse aux immunothérapies. Celle-ci devra ensuite être validée par une étude clinique indépendante pour vérifier qu’elle permet de mieux guider la décision thérapeutique et améliorer ainsi la prise en charge des patients.
  • D’acquérir de nouvelles connaissances sur la biologie des cancers de la plèvre pour ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques à explorer pour mieux lutter contre ces cancers.

Chercheurs et médecins mobilisés

Didier Jean est chercheur à l’Inserm et responsable du groupe de recherche « mésothéliome » au sein de l’équipe « Génomique Fonctionnelle des Tumeurs Solides », au Centre de Recherche des Cordeliers, dirigé par la Professeure Jessica Zucman-Rossi.

Ce projet mobilise aussi des experts de l’analyse biologique des tumeurs thoraciques et de leur prise en charge médicale :

Dr Jean-Baptiste Assié • Pneumologue, Centre de Recherche des Cordeliers / CHIC, Créteil

Pr Sylvie Lantuejoul – Anatomo-cyto-pathologiste, Centre Léon Bérard à Lyon, responsable de la tumorothèque nationale MESOBANK

Pr Diane Damotte – Anatomo-cyto-pathologiste, Centre de Recherche des Cordeliers / Hôpital Cochin – APHP, Paris

Pr Arnaud Scherpereel – Pneumologue, CHU de Lille, responsable du réseau expert national NETMESO de prise en charge du mésothéliome pleural

Pr Laurent Greillier – Pneumologue, Hôpital Nord, APHM, Marseille – pour le Groupe Français de Pneumo-Cancérologie (GFPC)

Le soutien de la Fondation ARC

Ce programme a été sélectionné en 2024 via notre appel à projets « SIGN’IT – Signatures en immunothérapie ». Il est soutenu depuis septembre 2024 à hauteur de 600 000 euros sur 3 ans.

En 2024, la Fondation ARC a soutenu 93 projets de recherche sur les cancers menés en région Ile-de-France pour un montant de près de 16 millions d’euros.

SIGN’IT – Signatures en immunothérapie : un programme de la Fondation ARC, pionnier en Europe

Depuis 15 ans, les immunothérapies révolutionnent la prise en charge des patients atteints de cancer en mobilisant leur système immunitaire, mais elles ne sont pas efficaces pour tous et ne sont pas toujours bien tolérées.

Depuis 2018, la Fondation ARC reconduit chaque année son programme SIGN’IT par lequel elle soutient des projets qui visent à identifier des ensembles de biomarqueurs ou « signatures prédictives » de la réponse des patients aux immunothérapies.