Les soins de support pour la prise en charge psychologique
Le cancer représente un bouleversement et une rupture dans le cours d’une vie. À toutes les étapes de la maladie, il est susceptible d’entraîner des craintes, des doutes, des problèmes affectifs avec l’entourage, de la détresse, voire une dépression. Par la prise en charge psychologique, le patient et son entourage peuvent bénéficier d’une écoute et d’un soutien adaptés.
10 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025
L’impact psychologique du cancer : de quoi parle-t-on ?
L’expérience du cancer et de ses traitements est une épreuve pour le corps autant que pour l’esprit. L’annonce du diagnostic est généralement reçue comme un choc. Malgré les progrès des traitements et les chances croissantes de guérison, l’inquiétude et le désarroi peuvent submerger le patient. Ensuite, ce dernier doit souvent faire face à des bouleversements dans ses repères de vie (intime, familiale, professionnelle…) qui demanderont d’importants efforts d’adaptation, donc du stress. Il peut traverser des moments difficiles, de perte de confiance, de tristesse, d’angoisse et d’abattement. L’impact psychologique du cancer varie pour chaque patient, selon son caractère et son histoire de vie, mais aussi selon les moments : le moral des patients a souvent « des hauts et des bas » au cours du parcours de soins. Des troubles psychopathologiques, comme l’anxiété et la dépression, peuvent survenir : ils toucheraient de 10 à 40 % des patients selon les études.
Pourquoi la prise en charge psychologique est-elle importante ?
Les souffrances psychiques liées au cancer peuvent nuire profondément au bien-être et à la qualité de vie du patient. Il est possible qu’elles augmentent le ressenti des douleurs physiques et des effets indésirables des traitements, comme les nausées. Elles sont néfastes à la santé du patient, notamment si elles altèrent son appétit ou son sommeil, mais aussi si elles réduisent sa motivation à suivre les conseils d’hygiène de vie ou à communiquer avec l’équipe soignante. Selon certaines études, la dépression pourrait même diminuer la survie en réduisant l’adhésion aux traitements contre le cancer, voire en affectant certains processus biochimiques du corps.
Le soutien et la bienveillance de l’entourage sont précieux pour aider le patient à mieux « tenir le cap » dans ces « turbulences » émotionnelles. Cependant, cela ne suffit pas toujours. Dans le cadre des soins de support, un soutien psychologique est proposé au patient par l’établissement le prenant en charge. Il permet au patient de bénéficier de l’aide de professionnels expérimentés. De plus, certains patients souhaitent éviter de transmettre leurs doutes et inquiétudes à leurs proches qui, eux-mêmes, ne sont pas toujours armés pour les absorber et y répondre. Avec un professionnel, le patient peut exprimer sans crainte toutes ses angoisses et ses idées noires. Le professionnel peut l’entendre, le comprendre, répondre à ses questions, réfléchir avec lui sur la maladie et l’aider à mobiliser ses propres ressources pour retrouver un meilleur équilibre émotionnel et à mieux communiquer avec ses proches.
Le cancer peut aussi affecter les proches du malade, en engendrant de la détresse émotionnelle, du stress et des perturbations de l’équilibre familial. Le soutien psychologique des proches et des aidants d’une personne atteinte de cancer fait aussi partie des soins de support.
Livret réalisé en collaboration avec Rose magazine
Quels professionnels assurent la prise en charge psychologique ?
La prise en charge psychologique peut, selon les cas, être assurée par :
- un psychologue, un professionnel non-médecin qualifié en psychologie ;
- un psychiatre, un médecin spécialisé dans les troubles de l’humeur qui pourra diagnostiquer de l’anxiété ou une dépression et prescrire si besoinvdes médicaments ;
- un oncopsychologue, un psychologue spécifiquement formé à l’écoute des personnes atteintes de cancer.
Ces professionnels peuvent exercer au sein de l’hôpital ou en ville.
Quand peut-on en bénéficier ?
Le soutien psychologique est proposé au patient dès l’annonce du diagnostic, lors du repérage des besoins en soins de support par l’équipe soignante, et peut être poursuivi si besoin tout au long du parcours de soins.
Outre l’annonce du diagnostic, certaines étapes sont connues pour être émotionnellement plus dures, comme la mise en route des traitements, les intervalles entre les traitements et les attentes de résultats d’examen, mais aussi l’après-prise en charge hospitalière. En effet, chez certains patients, le retour à domicile représente la perte d’un environnement sécurisant : le quitter peut s’accompagner de désarroi. Il arrive que le patient développe une peur de la récidive qui, si elle survient, peut à son tour être psychologiquement difficile à affronter : il est toujours préférable de parler de ce qui peut arriver pour faire face le plus sereinement possible.
Partout en France, des associations de patients organisent des groupes de parole autour du partage et de l’entraide entre des personnes confrontées aux difficultés psychologiques associées au cancer. Elles peuvent se révéler très bénéfiques pour le moral du patient et de ses proches.
Comment la souffrance psychologique est-elle évaluée ?
Si le soutien psychologique n’est pas accepté par le patient dès le diagnostic, l’équipe soignante a pour rôle de repérer, par l’observation ou par les échanges, l’apparition ultérieure d’un besoin de soutien, d’une vulnérabilité ou d’une souffrance psychologique, voire de signes de pathologie psychiatrique comme une dépression. Elle peut s’aider de questionnaires d’évaluation de l’état de santé mentale qui seront renseignés par le professionnel ou le patient lui-même.
Un soutien psychologique peut être demandé par l’équipe soignante, par le patient ou par un proche à tout moment du parcours de soins. L’orientation vers une prise en charge psychiatrique est indiquée si les troubles psychologiques nécessitent un avis médical spécialisé et/ou certaines prescriptions médicamenteuses, par exemple en cas de suspicion de dépression.
Comment la souffrance psychologique est-elle traitée ?
Le type de soutien psychologique, la durée de la prise en charge ou encore la fréquence des consultations sont décidés en accord avec le patient en fonction de son état de santé, de ses besoins de soutien et de ses préférences. Le soutien psychologique peut prendre différentes formes : entretiens individuels, séances en famille ou groupes de parole. Il peut aussi faire appel à diverses techniques : psychothérapie de soutien, psychanalyse, thérapie comportementale et cognitive, hypnose, relaxation, etc. Si le patient est orienté vers un psychiatre, celui-ci pourra diagnostiquer un trouble psychopathologique et prescrire si besoin des médicaments comme des antidépresseurs, des somnifères ou des anxiolytiques. Un psychiatre consulté en dehors du cadre hospitalier doit rester en lien avec l’équipe soignante pour informer celle-ci des médicaments prescrits au patient.
D’autres solutions peuvent être mises en œuvre pour redonner au patient un meilleur équilibre émotionnel et renforcer les résultats de la prise en charge psychologique. Par exemple, l’état nutritionnel joue un rôle : une prise en charge diététique et la pratique d’une activité physique adaptée peuvent être bénéfiques au moral. La prise en charge de la fatigue, usante moralement, et d’autres effets indésirables des traitements, peut également aider.
- Votre souffrance psychique doit être entendue et prise en charge au même titre que votre souffrance physique. Parlez-en à l’équipe soignante sans craindre de passer pour « faible ».
- N’hésitez pas à demander à tout moment de votre prise en charge à rencontrer un psychologue auprès de l’équipe qui vous suit ou du secrétariat du service qui vous indiquera ses coordonnées.
- Certaines personnes ne souhaitent pas avoir recours à un soutien psychologique ou s’engager dans un suivi de long terme : sachez que vous pouvez tout à fait refuser ce soutien ou demander des interventions courtes de quelques séances, à votre convenance.
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).