Les soins de support : l’activité physique adaptée

Pendant et après un cancer, la pratique d’une activité physique contribue à préserver la qualité de vie du patient. Dans certains cas, elle améliore le pronostic de la maladie et réduit le risque de récidive. Prescrite par un médecin en fonction de l’état de santé du patient, l’activité physique adaptée (APA) est dispensée par des professionnels formés.

14 octobre 2024 Dernière mise à jour : 15-07-2025

L’activité physique : de quoi parle-t-on ?

L’activité physique se définit par « tout mouvement corporel produit par contraction des muscles squelettiques entraînant une augmentation de la dépense énergétique par rapport à la celle du métabolisme au repos ». Elle englobe le sport et les exercices physiques, mais aussi les déplacements (à pied, à vélo…), les efforts physiques dans un cadre professionnel ainsi que les tâches quotidiennes comme les courses, le bricolage, le ménage, etc.

L’activité physique adaptée (APA)

Pendant un cancer et ses traitements, il peut être difficile d’atteindre les repères d’activité physique préconisés, surtout si le patient est habituellement peu actif. La pratique doit donc souvent être adaptée à l’état physique du patient, à sa fatigue, à la localisation de son cancer, à sa tolérance aux traitements, etc. L’activité physique adaptée (APA) a été conçue pour cela.

La vocation de l’APA est de faire bouger des personnes qui ne peuvent pratiquer dans des conditions habituelles, comme les malades du cancer. Elle comprend toutes les dimensions de l’activité physique : sport, exercices et tâches quotidiennes. Mais avec l’APA, la nature, l’intensité, la durée et la fréquence de l’activité physique sont déterminées en fonction des objectifs fixés par le médecin et des capacités, préférences, contraintes et attentes du patient. L’APA fait pleinement partie du parcours de soins du patient atteint de cancer pendant et après les traitements.

Les bénéfices et recommandations d’activité physique

Les bienfaits de la pratique d’une activité physique régulière sur la santé sont démontrés, quels que soient l’âge et l’état de santé. Les recommandations actuelles pour les adultes sont :

  • 30 min d’activité physique cardiorespiratoire d’intensité modérée à élevée au moins 5 jours par semaine, en évitant de rester 2 jours consécutifs sans pratiquer ;
  • du renforcement musculaire 2 fois par semaine, avec 1 à 2 jours de récupération entre deux séances ;
  • des exercices d’assouplissement et de mobilité articulaire 2 à 3 fois par semaine ;
    des exercices d’équilibre, notamment chez les seniors, 2 fois par semaine ;
  • une réduction du temps total passé en position assise ou allongée (en dehors des temps de sommeil).

Ces recommandations destinées à la population générale sont parfaitement recommandées et adaptables aux personnes atteintes de cancer.

Quelques exemples d’activités

  • Endurance (augmentant les capacités respiratoires) : marche rapide, running, marche nordique, cyclisme, natation, ski de fond, passer l’aspirateur, tondre la pelouse…
  • Souplesse : tai-chi, golf, yoga, travaux ménagers…
  • Équilibre : marche, vélo, danse, trottinette…

Pourquoi l’APA est-elle importante ?

Le cancer et ses traitements peuvent entraîner une dénutrition avec perte du volume et de l’endurance musculaire, une inactivité voire une immobilité, ainsi qu’une baisse des capacités cardiorespiratoires et une fatigue persistante.

À leur tour, ceux-ci induisent une diminution de la tolérance à l’effort et une augmentation de la fatigue. Un cercle vicieux entre déconditionnement physique et fatigue peut donc se mettre en place. La chirurgie du cancer du poumon, la radiothérapie au niveau du thorax, les chimiothérapies, thérapies ciblées ou immunothérapies sont des traitements plus particulièrement à risque de retentir sur les capacités cardiorespiratoires. De plus, la perte de masse musculaire est associée à plus d’effets indésirables et à une moindre efficacité des traitements. Enfin, au cancer et à ses traitements s’ajoutent souvent les effets habituels de l’avancée en âge qui favorisent le déconditionnement physique.

De nombreuses études ont montré les effets positifs de l’activité physique modérée (marche, cyclisme, exercices de musculation, yoga…) sur les capacités physiques et la sensation de forme chez des personnes sous ou après traitement pour différents cancers, notamment du sein, du côlon, du poumon ou de la prostate. Plus l’activité physique est commencée tôt ou maintenue dans le parcours de soins, plus ses effets sont bénéfiques. Elle permet au patient de conserver un meilleur état général et fonctionnel en maintenant les capacités respiratoires, l’endurance, la force musculaire, l’amplitude articulaire et la souplesse.

Mais ce n’est pas tout : l’activité physique agit plus spécifiquement sur les effets de la maladie et ses traitements. Par exemple, elle réduit d’environ 30 % le niveau de la fatigue, quel que soit le moment de la prise en charge du cancer. Elle soulage certaines douleurs et peut contribuer à maintenir un bon poids. Elle a un impact positif sur l’image de soi et la confiance en soi, renforcer les liens sociaux et diminuer l’anxiété comme la dépression. Elle permet au patient d’améliorer globalement sa qualité de vie et de conserver une autonomie dans ses activités quotidiennes. L’activité physique diminue également la toxicité des traitements, donc les risques d’effets indésirables. Elle réduit notamment la fatigue ainsi que les effets toxiques cardiaques ou neuropathiques de certaines chimiothérapies. Elle diminue les douleurs articulaires que peuvent induire les hormonothérapies. Selon une étude, elle réduit également les douleurs apparues à la suite d’une radiothérapie, permettant ainsi de diminuer la consommation d’antidouleurs. Ces bénéfices reposent sur différents mécanismes biologiques, notamment ceux qui
réduisent les processus inflammatoires. Pour certains cancers, l’activité physique peut même diminuer la mortalité et le risque de récidive. Par exemple, l’activité physique améliore le pronostic en diminuant le risque de rechute de 24 à 30 % après un cancer localisé du sein, et de 39 % après un cancer colorectal.

Des précautions à prendre

Aucune étude n’a pu montrer un impact défavorable de l’activité physique chez les personnes atteintes de cancer. Néanmoins, les patients doivent obtenir un certificat médical de non-contre-indication pour pratiquer une APA. Les contre-indications relatives à l’APA sont notamment les suites précoces de chirurgie, la fièvre, une forte fatigue ou une dénutrition sévère, des métastases osseuses, une anémie, etc. Enfin, si le patient a des limitations fonctionnelles sévères, il ne peut être suivi en APA que par un professionnel de santé.

Par qui et comment l’APA est-elle assurée ?

L’APA fait appel à des professionnels de santé ou entraîneurs sportifs spécifiquement formés et qui exercent, sur prescription médicale, dans les établissements de soins, des associations ou des clubs sportifs. Le médecin ou l’équipe soignante qui prend en charge le patient peut ainsi lui proposer une APA dispensée au sein de l’établissement de soins ou l’orienter vers les structures externes les plus adaptées.

Les APA dispensées pendant la prise en charge sont le plus souvent des pratiques sportives modérées comme la gym douce, la marche nordique, la natation, l’aquagym, la bicyclette, le yoga, etc. Les séances sont généralement collectives, mais elles peuvent être individuelles selon l’état de santé du patient. Elles sont toujours organisées de façon à pouvoir prendre en compte les capacités et les limites de chaque patient.

En phase « d’après-cancer », des activités diverses et plus intenses peuvent être proposées en APA et dans ces centres Sport-Santé : tennis, aviron, escrime, etc.

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Comment les besoins en activité physique sont-ils évalués ?

L’équipe médicale, et en particulier le professionnel de santé responsable de la prise en charge diététique et nutritionnelle, doit poser des questions au patient afin d’évaluer son niveau d’activité physique, de sédentarité et d’autonomie. Repérer une réduction de l’activité physique permet de détecter un risque de déconditionnement et de fournir au patient des conseils pour rester actif.

n bilan fonctionnel, un repérage des contre-indications et une évaluation de la motivation permettent d’orienter le patient vers de l’APA, en signalant les éventuels freins et problèmes de santé.

Kinésithérapie et rééducation fonctionnelle

Le cancer et ses traitements, notamment la chirurgie ou la radiothérapie, peuvent engendrer des douleurs musculaires, des raideurs articulaires, des œdèmes, etc. Ils provoquent aussi parfois d’autres problèmes, comme des déficiences neurologiques, des problèmes à la marche, une perte de force, une gêne pour respirer…

Ces effets indésirables participent à la limitation des capacités fonctionnelles du patient. Ils peuvent être minimisés par la prise en charge par un kinésithérapeute : exercices, massages et mobilisations permettent au patient de réapprendre le mouvement, de retrouver sa souplesse, de se reconditionner à l’effort.

En conseillant sur des dispositifs d’aide fonctionnelle ou des aménagements du logement, un ergothérapeute peut également aider le patient à maintenir ou à retrouver son autonomie dans ses tâches quotidiennes.

Conseils

  • N’hésitez pas à échanger avec votre équipe soignante sur l’activité physique qui vous plairait le plus et la meilleure manière de la pratiquer.
  • L’APA n’est pas synonyme de sport. L’objectif de votre pratique ne devrait pas être la performance : commencez par des activités physiques de faible durée ou de faible intensité pour mieux progresser.
  • Si vous êtes déjà sportif, vérifiez avec votre médecin si vous pouvez poursuivre votre pratique sans risque.
  • Si, à la suite d’une pratique d’activité physique, vous ressentez des symptômes tels que des douleurs articulaires ou une fatigue inhabituelle, signalez-le à votre médecin.

Ce dossier a été réalisé avec le concours du Professeur Ivan Krakowski, oncologue médical, médecin de la douleur, ancien président de l’Association francophone des soins oncologiques de support (AFSOS).