Cancer du sein : nouvelles connaissances sur le carcinome lobulaire infiltrant
20 octobre 2026 Dernière mise à jour : 20-10-2026
Parmi les cancers du sein, le carcinome lobulaire infiltrant est le second le plus fréquent. Il se développe dans les glandes qui produisent le lait et se caractérise par la perte d’adhésion des cellules cancéreuses entre elles, qui se disséminent dans le tissu. L’équipe de Fatima Mechta-Grigoriou, à l’Institut Curie, montre que cette perte d’adhésion a en réalité des répercussions multiples : elle modifie des cellules du microenvironnement tumoral et bloque l’efficacité du système immunitaire anti-tumoral, favorisant la progression du cancer. Son équipe a obtenu deux financements de la Fondation ARC en 2019 et 2022 (environ 1 million d’euros). Fatima Mechta-Grigoriou est par ailleurs Présidente du Conseil scientifique de la Fondation ARC.
Le carcinome lobulaire infiltrant du sein (ou CLI) est le second cancer du sein le plus fréquent. Il se développe dans les lobules – les glandes qui produisent le lait maternel – puis infiltre les canaux qui les relient aux mamelons. L’un des mécanismes associés à la progression de ce cancer dans les tissus mammaires repose sur la perte progressive, dans les cellules cancéreuses, de protéines appelées « E-cadhérine » qui font adhérer les cellules entre elles. Ainsi, elles se détachent les unes des autres et se disséminent dans les tissus.
Suspectant que la perte de fonction des E-cadhérines puisse entrainer d’autres mécanismes favorables à la tumeur, l’équipe de Fatima Mechta-Grigoriou à l’Institut Curie, s’est intéressée aux conséquences de ce mécanisme pour la tumeur et son microenvironnement. Afin de réaliser ce travail, les chercheurs ont analysé les échantillons tumoraux de 251 patientes atteintes de carcinome lobulaire infiltrant et ont passé en revue les données archivées de 697 autres femmes atteintes de CLI ou d’autres types de carcinomes infiltrants, pour disposer de points de comparaison. Les chercheurs ont étudié en particulier la composition en fibroblastes associés au cancer (ou CAF), des cellules de l’environnement tumoral détournées par la tumeur à son profit pour s’installer dans le tissu, se protéger du système immunitaire ou de certains traitements. Ils ont également décrit les populations de cellules immunitaires présentes dans la tumeur, et analysé les interactions avec les cellules tumorales.
L’équipe montre que l’absence d’E-cadhérine dans les carcinomes lobulaires infiltrants favorise l’accumulation d’une population de CAF inflammatoires avec, comme effet, l’attraction de lymphocytes T dans la tumeur, des cellules immunitaires supposées attaquer les cellules cancéreuses. Mais malheureusement, d’une part, ces lymphocytes T ne sont pas activés et d’autre part, ils ne parviennent pas à rester dans la tumeur et en sont comme éjectés, faute de pouvoir s’accrocher à l’E-cadhérine. Globalement, tous ces mécanismes contribuent à affaiblir le système immunitaire et favorisent donc la survie et la progression des cellules cancéreuses.
Pour les auteurs, ces résultats sont d’une importance clinique majeure car ils expliquent en partie la progression tumorale. Ils montrent également que rétablir l’effet toxique anti-tumoral des lymphocytes T doit être une priorité pour lutter plus efficacement contre ces cancers.
Références
Rédaction : Aude Rambaud
Mhaidly, R. et al. E-cadherin inactivation shapes tumor microenvironment specificities in invasive lobular breast cancer. Nat Commun (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-72844-4