Cancers du sang : déclencher une mort utile des cellules cancéreuses

06 janvier 2026 Dernière mise à jour : 20-03-2026

Actualité scientifique et médicalecancers du sang

A l’Institut Pasteur, des chercheurs soutenus par la Fondation ARC mettent au point une stratégie thérapeutique qui repose sur l’activation du système immunitaire grâce à des signaux portés par les débris des cellules cancéreuses tuées selon un processus bien spécifique.

Le système immunitaire est un merveilleux système de surveillance, de nettoyage, d’alerte… Il peut évidemment surveiller les cellules qui circulent dans notre sang ou les cellules qui constituent nos tissus, mais il est aussi sensible à d’autres éléments, plus discrets : ce que les cellules laissent après leur mort, des débris qui peuvent dire beaucoup sur les « circonstances du décès ». Du point de vue du système immunitaire, cette information peut être décisive pour déclencher, ou non, une réaction contre les cellules semblables à celles dont ils détectent les débris. Une réaction intéressante, par exemple, si les cellules ont été tuées à la suite d’une infection virale… ou si elles étaient cancéreuses ! Mais voilà, les cellules peuvent mourir de multiples façons et, bien sûr – ça serait trop simple ! –, toutes ces morts cellulaires ne génèrent pas des débris susceptibles de mobiliser le système immunitaire. Dans son équipe de l’Institut Pasteur, Philippe Bousso travaille à la mise au point d’outils permettant de favoriser la survenue d’une mort que l’on peut qualifier « d’utile » dans des lymphocytes B cancéreux, impliqués dans certains lymphomes et certaines leucémies.

Pour y parvenir, les chercheurs ont conçu une stratégie de haute précision, rendue possible par une connaissance approfondie des mécanismes de mort cellulaire :

  • L’activation de la protéine RIPK3 déclenche des mécanismes de mort cellulaire. Dans les cellules B cancéreuses, ces mécanismes penchent en faveur d’une mort par apoptose, relativement « silencieuse », connue pour ne pas alerter le système immunitaire. Une voie qui repose sur l’activation d’une famille de protéines bien spécifique (les caspases),

  • Pour autant, les chercheurs savent que, dans certains contextes, RIPK3 est aussi capable d’induire un autre type de mort cellulaire, la nécroptose, plus intéressante du point de vue de l’activation du système immunitaire. Or, cette voie semble défavorisée dans les cellules B cancéreuses, du fait de la faible expression de l’une des cible de RIPK3, la protéine MLKL.

Ainsi, en agissant sur trois leviers, grâce à trois molécules déjà utilisées en clinique aujourd’hui, les chercheurs sont parvenus à redéfinir expérimentalement, in vivo, le destin des lymphocytes B. Un premier médicament permettait d’activer RIPK3 tandis qu’un autre inhibait les caspases. Ce duo permettait déjà de déplacer le curseur de l’apoptose vers la nécroptose, déplacement qui s’accentuait grâce à l’interféron de type I, dont l’effet était de stimuler l’expression de MLKL.

Grâce à cette approche, les chercheurs sont donc parvenus à tuer des cellules B et à mobiliser le système immunitaire contre ces cellules cancéreuses. Ainsi, les cellules malades qui ne mourraient pas sous l’effet de la trithérapie étaient exposées au feu d’un système immunitaire compétent pour les reconnaître et activé pour les détruire.

R.D.

Source : Alonso, R. et al ; Reprogramming RIPK3-induced cell death in malignant B cells promotes immune-mediated tumor control ; Science Advances ; 15 août 2025

Les interactions entre système immunitaire et tumeurs disséquées à l'échelle de la cellule unique

L’équipe de Philippe Bousso, à l’Institut Pasteur, est soutenu à hauteur de 360 000 euros et pour 3 ans depuis 2023. Le travail de ces chercheurs, notamment le développement de modèles expérimentaux associés à des méthodes de pointe en imagerie in vivo, permet de faire la lumière sur des mécanismes complexes impliquant les relations entre cellules cancéreuses et cellules immunitaires. Dans la publication évoquée ici, les auteurs ont utilisé ces modèles pour comprendre comment une trithérapie permet d’intervenir sur ces relations.