L’IA, la nouvelle alliée de la lutte contre le cancer
03 février 2026 Dernière mise à jour : 20-03-2026
A Lyon, deux chercheurs utilisent l’IA pour mieux prédire l’efficacité des immunothérapies
A l’occasion de la Journée Mondiale contre le cancer, le 4 février, la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, a choisi de mettre en lumière comment les médecins et les chercheurs se sont appropriés cette technologie. Méconnue des Français sur ses usages concrets, elle est pourtant d’ores et déjà utilisée dans le diagnostic et/ou le traitement de nombreux cancers. Pour la recherche, elle engendre des innovations méthodologiques majeures, en particulier pour l’analyse des données à grande échelle maintenant disponibles pour comprendre le cancer.
Pour Pierre Saintigny et Stéphane Dalle, médecins oncologue et dermato-oncologue (respectivement au Centre Léon Bérard et aux Hospices Civils de Lyon) et chercheurs au Centre de recherche en cancérologie de Lyon (CRCL), l’IA est devenue une alliée indispensable pour mener à bien leurs travaux de recherche clinique et translationnelle soutenus par la Fondation ARC.
L’IA, un outil déjà intégré dans la lutte contre le cancer mais un manque de connaissance du public sur ces usages
Près de 7 Français sur 10 (67 %) déclarent ne pas savoir si l’IA est aujourd’hui utilisée à l’hôpital et 60% des moins de 35 ans qualifient l’IA de « gadget » dans le diagnostic et le traitement des cancers, selon l’étude* Fondation ARC/Opinion Way réalisée en décembre 2025 sur la connaissance et l’acceptabilité de l’usage de l’IA dans la recherche.
Ce résultat révèle un vrai besoin de pédagogie auprès de la population, car en réalité, l’usage de l’IA est déjà très étendu : près de 70 % des établissements français y ont recours
dans le diagnostic ou le traitement des cancers(1), elle permet déjà de détecter certains cancers jusqu’à cinq ans avant l’apparition des symptômes et pourra simuler la réponse des patients aux traitements grâce à des jumeaux numériques.
Pour le Pr Éric Solary, vice-président de la Fondation ARC « L’usage de l’IA dans l’univers hospitalier est encore largement perçu comme abstrait. L’IA s’intègre pourtant petit à petit dans la pratique clinique, en particulier dans le domaine de la cancérologie. Elle devrait notamment permettre une prévention et un dépistage plus personnalisés des cancers. Son acceptation nécessite le respect de règles de transparence et d’éthique ».
Face à ces enjeux, la Fondation ARC publie un nouveau livret pédagogique « Enquête sur le tournant de l’intelligence artificielle » avec des exemples concrets d’usages de l’IA dans la lutte contre le cancer :
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Pour le diagnostic : dans l’imagerie et l’analyse des tissus, l’IA fournit une analyse complémentaire à celles des radiologues ou à celle des anatomopathologistes dans le cas d’une biopsie par exemple.
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Pour le traitement : l’IA permet de compléter les essais cliniques en créant, à partir de données réelles, des groupes comparatifs virtuels qui complètent les analyses permises par les patients témoins des essais cliniques. Cette approche est déjà mise en œuvre en France, par exemple dans le programme Esmé (qui centralise des données sur les cancers du sein métastatiques, les cancers du poumon métastatiques et le cancer de l’ovaire).
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Pour la recherche contre le cancer : Aujourd’hui, la cancérologie produit un très grand nombre de données, que l’humain n’est souvent pas en mesure d’organiser et d’analyser efficacement. L’IA joue un rôle majeur dans le traitement de ces données.
Focus sur le projet de recherche de Pierre Saintigny
Au CRCL (Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon), Pierre Saintigny mène un projet de recherche intitulé FRAILIMMUNE-BIO. Son objectif ? Prédire la réponse à l’immunothérapie chez les patients atteints de cancer des voies aérodigestives (VADS), et trop fragiles pour être éligibles à une combinaison classique d’immunothérapie et de cisplatine. Pour cela, Pierre Saintigny et son équipe analysent les échantillons de tumeurs de 120 patients qui ont participé à un essai clinique (coordination Dr. Jérôme Fayette).
Dans cette démarche, l’IA leur permet d’identifier les biomarqueurs capables de prédire l’efficacité de l’immunothérapie et donc, intervient comme une aide à la recommandation future des traitements les plus adaptés pour les patients.
« L’IA est devenue un outil indispensable dans mes travaux de recherche. Je pense qu’il y a un point de non-retour, on ne peut rester indifférent à son potentiel à la fois pour le quotidien et pour nos projets de recherche. C’est une réelle opportunité pour mon équipe qui produit beaucoup de données à partir d’échantillons de patients. Ces outils d’IA nous aident à en extraire les informations pertinentes. » précise le chercheur.
Pierre Saintigny alerte cependant sur l’impératif de rigueur vis-à-vis de ces outils : « Ces méthodes sont complexes et nécessitent une rigueur méthodologique. Les analyses de données par l’IA doivent être réalisées par des bioinformaticiens, biostatisticiens et data scientists de métier, qui sont en mesure d’en comprendre les limites et les dangers. »
Ce projet est soutenu par la Fondation ARC à hauteur de 565 000 euros sur 3 ans.
Focus sur le projet de recherche de Stéphane Dalle
Les patients atteints de mélanomes à des stades moyennement avancés sont généralement opérés puis reçoivent une immunothérapie dite « adjuvante », pour éviter le risque de rechute. Mais 40% d’entre eux développent une résistance à ces traitements. Dans le cadre d’un projet baptisé INTEGRATE financé par la Fondation ARC, Stéphane Dalle cherche à identifier les facteurs associés à l‘efficacité ou à la résistance à l’immunothérapie chez ces patients.
Grâce à des technologies innovantes dont l’intelligence artificielle, il cherche notamment à caractériser finement les interactions entre les cellules tumorales et les cellules immunitaires.
« Depuis l’essor des technologies d’analyses multi‑omiques (générées à partir de prélèvements de patients), mon équipe mobilise un ensemble d’algorithmes utilisant différents principes d’IA. Elle nous permet de débloquer l’analyse de jeux de données de très grande taille et parfois multi-dimensionnels permettant ainsi des analyses intégratives d’un très grand nombre de paramètres. » précise le chercheur.
L’objectif est, à terme, d’ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques tout en optimisant la balance bénéfice/risque pour chaque patient.
Stéphane Dalle, à l’instar de Pierre Saintigny, souligne toutefois que « l’utilisation de ces outils est conditionnée par une excellente compréhension de leur utilité et de leurs limites, et que leur bonne utilisation est garantie par l’expertise des bio-informaticiens. »
Ce projet est soutenu par la Fondation ARC à hauteur de 588 000 euros sur 3 ans.
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