Quels sont les symptômes d’un cancer du foie ?
Le cancer du foie est dit silencieux car il est diagnostiqué en général tardivement, sauf pour les personnes ayant un suivi médical régulier lié à des facteurs de risque. Au début de la maladie, les signes d’alerte sont faibles voire absents jusqu’à un stade avancé.
01 décembre 2025 Dernière mise à jour : 01-09-2026
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Julien Calderaro, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier au sein du département de Pathologie de l’hôpital Henri Mondor (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris).
Dernière relecture : août 2026
Les principaux symptômes du cancer du foie
Il existe deux formes principales du cancer du foie en fonction de l’emplacement de la tumeur ;
- Dans un cancer primitif, la tumeur apparaît et se développe à partir de cellules à l’intérieur du foie , la forme la plus fréquente étant le carcinome hépatocellulaire (CHC) pour 80 à 90 % des cas (1) ;
- Dans un cancer secondaire ou métastatique, les cellules tumorales se propagent à partir d’un autre organe malade (ex. : sein, poumon, côlon…).
Dans des cas plus rares, le cancer primitif peut prendre la forme d’un cholangiocarcinome (cancer des voies biliaires), un angiosarcome (à partir des cellules des vaisseaux hépatiques) ou un hépatoblastome de l’enfant (à partir des cellules embryonnaires du foie).
Dans cet article, nous traitons des symptômes issus du cancer primitif. Les formes métastatiques sont traitées dans les dossiers des cancers d’origine (sein, colorectal, poumon par exemple) dont peuvent être issues les tumeurs secondaires.
Les premiers signes de la maladie
Au stade précoce, le cancer du foie provoque peu ou pas de symptômes. Au fur et à mesure que la tumeur se développe, les symptômes les plus fréquents sont :
- une fatigue intense et persistante ;
- une perte d’appétit ;
- des nausées ou des vomissements ;
- des douleurs abdominales diffuses;
- une fièvre ;
- une jaunisse (ictère) se manifestant par une coloration jaune de la peau et du blanc des yeux ;
- un abdomen gonflé par la présence de liquide (ascite) ;
En présence de ces symptômes, le patient est généralement amené à consulter son médecin traitant. Une série d’examens est alors réalisée pour écarter ou poser le diagnostic de la tumeur hépatique.
Stade avancé
Lorsque la maladie évolue à un stade avancé, les signes deviennent plus alarmants et sont souvent majorés
Des symptômes qui se confondent avec ceux de la cirrhose
Il y a très peu de signes d’alarme spécifiques à une tumeur hépatique. Dans la majorité des cas, le cancer du foie se développe à partir d’une maladie hépatique chronique, sur un foie fibreux ( cirrhose) Elle peut être dûe à une consommation excessive d’alcool, un syndrome métabolique ou une infection par les virus des hépatities B ou C. La maladie se manifeste d’ailleurs à partir de symptômes de la cirrhose (fatigue, perte d’appétit, jaunisse, gonflement abdominal ou hémorragies digestives).
Tout savoir sur le cancer du foie
Le dépistage chez les personnes à risque
Le suivi médical des personnes à risque (cirrhose ou maladie hépatique chronique) permet généralement d’avoir un diagnostic avant que l’évolution de la tumeur ne soit trop avancée. On recommande ainsi aux patients suivis pour une cirrhose un bilan tous les 6 mois qui comprendra un examen clinique, un bilan sanguin et une échographie du foie (ou autre imagerie).
En moyenne, une prise en charge rapide d’un carcinome hépatocellulaire pour les personnes suivies pour une cirrhose permet d’améliorer le taux de survie (2).
Quand consulter un médecin ?
Certains signes d’alerte doivent pousser à consulter son médecin traitant sans tarder, notamment en cas de :
- fatigue prolongée et intense sans cause évidente ;
- perte d’appétit ou amaigrissement inexpliqué ;
- douleurs ou de gêne persistante dans la région du foie ;
- jaunisse (ictère) ;
- gonflement du ventre ou ascite lié à un épanchement de liquide dans l’abdomen.
D’autre part, toute complication d’une maladie chronique doit être signalée rapidement au médecin.
Questions fréquentes
1. La jaunisse est-elle une manifestation d’une tumeur hépatique ?
L’ictère ou la jaunisse, qui correspond à une coloration jaune de la peau et du blanc des yeux, apparaît lorsque la bilirubine est en excèse dans le sang des patients.(le foie estne parvient plus à la traiter) L’ictère peut s’accompagner de démangeaisons, d’urines foncées et de selles décolorées.
2. Pourquoi les démangeaisons peuvent-elles être le signe d’un cancer au foie ?
Dans le cas d’une pathologie hépatique, les démangeaisons (prurit) sont causées par une cholestase (l’accumulation de la bilirubine dans le sang). Non éliminée par le foie, l’excès de bilirubine peut provoquer des démangeaisons difficilement tolérables par leur intensité.
Comment diagnostique-t-on un cancer hépatique ?
En cas de troubles du foie, il est recommandé de consulter un médecin sans attendre. La réalisation d’examens ainsi que le suivi médical pour les pathologies hépatiques chroniques sont des facteurs clés pour optimiser les possibilités thérapeutiques et améliorer le pronostic de survie.
L’examen clinique
Au cours d’une première consultation, le médecin interroge le patient sur ses symptômes, ses antécédents médicaux personnels ou familiaux (infection par un virus d’hépatite, cirrhose). Les questions autour du mode de vie du patient (consommation d’alcool, régime alimentaire) permettent de préciser le risque individuel.
À l’examen clinique, l’auscultation permet de repérer une augmentation de volume du foie (hépatomégalie) en palpant l’abdomen du patient, ainsi que tous signes de douleurs locales, d’ictère ou d’ascite.
L’imagerie
En première intention, l’échographie abdominale est l’examen d’imagerie de référence en cas de suspicion de tumeur hépatique. Cet examen indolore, qui utilise les ultrasons, permet de rechercher :
- une ou plusieurs petites masses (nodules) potentiellement cancéreuses ;
- des problèmes au niveau de l’irrigation sanguine pour les patients atteints d’une cirrhose, car un foie abîmé ne présente pas tout le temps des lésions visibles.
En cas de présence de nodules, un scanner (ou tomodensitométrie thoraco-abdomino- pelvienne) ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) peuvent permettre de confirmer le diagnostic de cancer du foie. Lors du scanner ou de l’IRM avec injection d’un produit de contraste, le médecin peut affiner son évaluation de l’extension de la tumeur
Bon à savoir : La technique de l’IRM est efficace pour identifier les nodules de très petite taille (1 cm de diamètre) ou très difficiles à visualiser à l’échographie / scanner.
Une biopsie peut être réalisé en fonction du contexte clinique.
La détection de nodules bénins entraîne une surveillance médicale avec la réalisation d’une échographie du foie de contrôle tous les 4 à 6 mois.
Le bilan sanguin et le dosage de l’AFP
Pour compléter les informations fournies par l’imagerie, une analyse de sang est réalisée pour renforcer le diagnostic, notamment pour doser :
- les différents composés produits par le foie), ce qui permet d’évaluer l’état et le fonctionnement de l’organe ;
- l’alphafœtoprotéine (AFP), une protéine produite par la tumeur. Cependant, tous les cancers du foie ne provoquent pas d’augmentation du taux d’AFP et d’autres pathologies (hépatite aiguë) ou d’autres cancers (ex. : testicule) peuvent l’augmenter ;
Une recherche d’infection par le virus de l’hépatite B ou C en cas de statut sérologique inconnu sera également effectuée.
La biopsie hépatique
Le prélèvement de tissu suspect du foie est réalisé uniquement si les examens de première intention (échographie, scanner ou IRM, analyse de sang) n’ont pas permis de poser un diagnostic précis.
En pratique, la biopsie hépatique est réalisée sous anesthésie locale en milieu hospitalier. La ponction biopsie hépatique (PBH) guidée par échographie permet de prélever un échantillon de tissus du foie via l’introduction d’une aiguille fine. La ponction peut se faire directement par voie abdominale ou par une voie veineuse jugulaire (risques hémorragiques en cas de maladies chroniques hépatiques) (3).
L’analyse de prélèvement par un médecin anatomopathologiste permet de :
- déterminer si le type de nodule est bénin ou précancéreux ;
- aider le médecin à définir les traitements les plus appropriés en fonction du stade de la maladie.
À l’issue de l’examen, plusieurs heures de surveillance sont planifiées pour soulager une éventuelle douleur et surveiller le risque hémorragique. La surveillance se déroule sur la journée : en l’absence de complication, le patient peut sortir 6 heures après l’examen, mais il est parfois préférable de rester en observation jusqu’à 24 heures.
Le bilan d’extension
Si un diagnostic de cancer du foie est posé, plusieurs examens complémentaires peuvent être réalisés pour évaluer l’état de l’organe, le stade d’évolution de la tumeur et son éventuelle extension à d’autres organes, ainsi que la stratégie thérapeutique la plus adaptée (4).
- Plusieurs examens d’imagerie comme une IRM et/ou un scanner du thorax et de l’abdomen qui permettent de caractériser les cellules cancéreuses (localisation, taille, organes environnants), l’extension possible aux ganglions lymphatiques et la présence de métastases.
- Un scanner cérébral ou une scintigraphie osseuse si la présence de métastases est suspectée.
- Un bilan sanguin complémentaire en cas de fibrose avec dosage des marqueurs TP, albuminémie, bilirubinémie, ALAT/ ASAT.
- Une fibroscopie pour rechercher des varices œsophagiennes (cas de cirrhose) en cas de complications de l’hypertension portale (pression sanguine anormalement élevée dans la veine porte).
- L’évaluation de la forme et de la gravité d’une cirrhose évaluée par le score Child-Pugh de la classe A (légère) à C (avancée).
Les stades du cancer du foie
La stadification du carcinome hépatocellulaire détermine l’évolution des cellules cancéreuses en fonction de la taille de la tumeur, sa localisation et les éventuelles extensions sur d’autres organes. Les stades du cancer du foie sont évalués en général selon le système de classification Barcelona Clinic Liver Cancer (BCLC) (5) :
- Le stade 0 (très précoce) correspond à une tumeur unique de très petite taille (moins de 2 cm), sans symptômes. C’est à ce stade que les traitements curatifs donnent les meilleurs résultats.
- Le stade A (précoce) correspond à une tumeur unique inférieure à 5 cm, ou à 2-3 nodules ne dépassant pas 3 cm, localisés dans le foie et sans extension aux vaisseaux ou aux autres organes. Un traitement à visée curative (chirurgie, destruction percutanée ou transplantation) est généralement envisageable.
- Le stade B (intermédiaire) correspond à la présence de plusieurs tumeurs dans le foie (atteinte multinodulaire), sans extension vasculaire ni métastase. Des traitements locaux comme la chimio-embolisation artérielle sont proposés en première intention.
- Le stade C (avancé) correspond à une tumeur ayant envahi macroscopiquement les vaisseaux sanguins locaux ou s’étant étendue à d’autres organes. L’état général du patient est souvent altéré ; des traitements médicamenteux (immunothérapie, thérapies ciblées) sont discutés.
- Le stade D (terminal) correspond à un stade où l’état général du patient est très altéré et la fonction hépatique sévèrement dégradée. Les options thérapeutiques sont généralement limitées aux soins de support.
Le taux de survie global à 5 ans tous stades confondus est de 18 à 19 %, mais il atteint 50% en cas de chirurgie, ce qui souligne l’importance d’un diagnostic précoce pour les personnes à risque (6).
Questions fréquentes
1. Le cancer du foie provoque-t-il toujours des symptômes ?
Le cancer du foie évolue souvent de manière silencieuse pendant plusieurs années, sans provoquer de signaux d’alerte aux premiers stades. C’est parfois un examen sanguin ou une imagerie de contrôle qui met en évidence une anomalie hépatique, avant même l’apparition de signes cliniques. Lorsque la tumeur progresse, des symptômes plus nets peuvent toutefois apparaître et amener à consulter.
2. Quels sont les premiers signes qui doivent alerter ?
Les premiers symptômes sont le plus souvent discrets et non spécifiques. Les personnes touchées décrivent fréquemment :
- une fatigue importante inhabituelle ;
- une baisse de l’appétit ;
- un amaigrissement involontaire ;
- des nausées ou un sentiment de malaise général ;
- une gêne ou une douleur sourde dans la région du foie, située dans la partie droite de l’abdomen ;
- un ictère ou jaunisse.
3. Quels symptômes digestifs peuvent être liés à un cancer du foie ?
À mesure que la maladie progresse, différents troubles digestifs peuvent apparaître : des nausées ou des vomissements répétés, une sensation de pesanteur après les repas ou un inconfort abdominal persistant.
Un abdomen très gonflé, du fait d’une accumulation de liquide (ascite), fait aussi partie des signes possibles qui nécessitent une évaluation médicale.
4. La douleur est-elle un symptôme fréquent ?
La douleur n’est pas systématique, surtout au début de la maladie. Lorsqu’elle est présente, elle se localise le plus souvent dans la partie supérieure droite de l’abdomen, parfois avec une sensation de gêne ou de masse sous les côtes. Elle peut être continue ou intermittente, et s’intensifier avec l’évolution de la tumeur ou en cas d’augmentation du volume du foie.
5. Peut-on observer d’autres manifestations générales du cancer du foie ?
En plus de la fatigue et de la perte de poids, certaines personnes présentent de la fièvre, une impression de faiblesse importante ou une diminution de leurs capacités physiques au quotidien.
Dans les formes plus avancées, des signes d’insuffisance hépatique peuvent apparaître tels que des troubles de la coagulation responsables de saignements plus faciles, une confusion, une somnolence ou des modifications du comportement, en lien avec l’accumulation de toxines dans l’organisme.
Références
Ce dossier a été réalisé avec le concours du Pr Julien Calderaro, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier au sein du département de Pathologie de l’hôpital Henri Mondor (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris).
Sources :
(1) Centre Léon Bérard – « Le cancer du foie ». Consulté sur https://www.centreleonberard.fr
(2) Société française d’hépatologie – « Le CHC ». Consulté sur https://afef.asso.fr/
(3) Centre Hépato-biliaire Paul Brousse – « La biopsie hépatique ». Consulté sur https://www.centre-hepato-biliaire.org/
(4) Infocancer – « Bilan pré-thérapeutique du cancer du foie ». consulté sur https://www.arcagy.org/
(5) Société savante des maladies et cancers de l’appareil digestif disponible sur https://snfge.org
(6) Institut national du cancer – « Panorama des cancers en France – édition 2025 ». consulté sur https://www.cancer.fr