Quelles sont les causes connues du cancer du foie ?

En France, la grande majorité des cancers du foie se développe sur un foie atteint de cirrhose. Cette cirrhose est liée à une longue exposition à des facteurs d’inflammation, notamment une consommation excessive d’alcool et/ou une infection par les virus de l’hépatite B ou C. Des troubles métaboliques et maladies rares peuvent également favoriser le cancer du foie.

01 décembre 2025 Dernière mise à jour : 31-03-2026

La cirrhose

Environ 9 carcinomes hépatocellulaires sur 10 se développent sur un foie déjà malade. Dans la plupart des cas, c’est un état d’inflammation hépatique chronique (sur de nombreuses années) qui a abouti à une cirrhose.

Une cirrhose est dans les trois quarts des cas due à une consommation excessive et régulière d’alcool, mais elle peut aussi provenir d’une infection par le virus de l’hépatite B et/ou C, d’un excès de graisse dans le foie (stéatose hépatique non alcoolique, voir plus bas) ou être la conséquence d’une maladie rare.

Aux premiers stades de l’inflammation, les cellules du foie (hépatocytes) se régénèrent en formant un tissu cicatriciel fibreux : on parle alors de fibrose. Avec le temps, la fibrose peut s’étendre, gênant la circulation dans le foie. Si l’inflammation persiste, elle peut évoluer en cirrhose. À ce stade, le foie est endommagé de façon le plus souvent irréversible et ne peut plus assurer normalement ses fonctions habituelles.

La cirrhose fragilise les hépatocytes, qui se transformeront plus facilement en cellules malignes : on considère même un foie cirrhotique comme un état « précancéreux ». Cependant, un cancer peut apparaître dès le premier stade de fibrose ; à l’inverse, une personne atteinte de cirrhose ne développera pas forcément de cancer du foie. La cause de la cirrhose et des paramètres personnels (âge, sexe, hygiène de vie…) influent sur le risque individuel de développer un cancer du foie.

Chez les patients atteints d’une cirrhose diagnostiquée, un suivi régulier est mis en place afin de surveiller une éventuelle évolution cancéreuse. Les médecins recommandent généralement un examen clinique, un bilan sanguin et une échographie du foie (ou une autre imagerie) tous les six mois.

Le score Child-Pugh

Ce score est utilisé pour évaluer la sévérité d’une cirrhose de A (légère) à C (avancée). Il prend en compte des signes de cirrhose comme la présence d’une ascite (accumulation de liquide dans l’abdomen), l’augmentation des taux de bilirubine (pigment de la bile circulant dans le sang) ainsi que la diminution du taux d’albumine (une protéine fabriquée par le foie) et du temps de prothrombine (délai avant coagulation) ainsi qu’une éventuelle atteinte cérébrale.

Les virus des hépatites B et C (VHB et VHC)

L’infection par les virus de l’hépatite B (VHB) et de l’hépatite C (VHC) est la première cause de carcinome hépatocellulaire dans le monde, bien qu’elle tende à reculer en France grâce aux progrès de la prévention (voir ci-contre) et de la prise en charge de ces maladies.

La vaccination anti-hépatite B a également permis de faire considérablement baisser le nombre de cas, en particulier en Asie.

L’infection chronique augmente le risque de fibrose et de cirrhose, donc de cancer. Pour cette raison, les personnes atteintes d’hépatite chronique B ou C font l’objet d’un suivi médical régulier. Les traitements contre ces hépatites (interféron, antiviraux…) diminuent significativement le risque de survenue d’un cancer du foie chez les patients avec ou sans cirrhose.

Hépatites B et C : prévention et dépistage

L’hépatite B et l’hépatite C chroniques touchent à elles deux plus de 270 000 personnes en France, sans compter une part
importante de population infectée et non diagnostiquée. Pour prévenir l’infection ou la dépister au plus tôt, les pouvoirs publics français communiquent sur :

  • La vaccination contre le VHB. Elle est obligatoire chez tous les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018 dès l’âge de deux mois. Elle est aussi recommandée, en rattrapage, chez tous les enfants ou adolescents non vaccinés jusqu’à l’âge de 15 ans inclus, ainsi qu’aux personnes à risque : professionnels travaillant au contact de personnes infectées, voyageurs dans les régions endémiques, usagers de drogues… Il n’existe pas à ce jour de vaccin contre le VHC.
  • La réduction du risque de transmission. Le VHB et le VHC étant transmissibles par le sang, des précautions peuvent être prises pour réduire les risques, comme éviter le contact avec le sang d’une personne infectée ainsi que le partage d’outils coupants ou de matériels contaminés (seringue, paille…) chez les usagers de drogues. Le VHB étant également transmissible au cours de relations sexuelles, l’utilisation du préservatif est recommandée.
  • Le dépistage du VHB et/ou du VHC. Se faire tester au cours de sa vie ou après une situation à risque d’infection augmente les chances que la maladie soit diagnostiquée au plus tôt et traitée avant qu’elle n’endommage sévèrement le foie et ne favorise un cancer.

Pour en savoir plus : www.hepatites-info-service.org

La consommation d’alcool

La consommation excessive et régulière d’alcool entraîne une accumulation de graisse dans le foie et la formation de lésions qui, avec le temps, peuvent évoluer en cirrhose. Au moins la moitié des carcinomes hépatocellulaires serait liée à l’alcool. Le risque de cancer augmente de manière linéaire dès que la consommation dépasse un verre par jour en moyenne et avec la durée de consommation. Certaines prédispositions génétiques favoriseraient également le développement du cancer du foie chez les grands buveurs.

Pour réduire le risque de cancer du foie, il est recommandé de ne pas boire plus de 10 verres standards d’alcool par semaine, pas plus de deux verres standards par jour (un seul pour les femmes) et pas tous les jours. Chez les patients atteints de cirrhose, il est recommandé d’arrêter l’alcool pour limiter le risque de cancer du foie.

Dépliant : Alcool
Dépliant
Sensibiliser et prévenir
Depliant Alcool Couv
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La consommation de tabac

Le tabac contient diverses substances toxiques et cancérigènes pour les cellules du foie. C’est pourquoi les fumeurs et anciens fumeurs ont un risque accru de cancer hépatique par rapport aux personnes n’ayant jamais fumé. En particulier, les gros fumeurs auraient un risque doublé de carcinome hépatocellulaire.

Chez des personnes déjà à risque de cancer du foie, comme celles atteintes d’une hépatite virale, le tabagisme favorise également l’évolution vers ce cancer. Il est donc recommandé aux personnes fumeuses et atteintes d’une maladie chronique du foie de se sevrer du tabac pour limiter le risque de cancer du foie.

Brochure : Tabac et cancer
Brochure
Comprendre et agir
Brochure Tabac Cancer Si 1
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L’exposition à d’autres composés chimiques ou biologiques

L’exposition prolongée et/ou répétée à d’autres facteurs plus rares peut augmenter le risque de cancer du foie :

    • Les aflatoxines : il s’agit de toxines produites par un champignon Aspergillus qui prolifèrent dans les cultures et stocks de blé, maïs et arachides, principalement dans les pays chauds et humides d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique. L’aflatoxine dite « B1 » est reconnue cancérigène pour le foie : une consommation prolongée d’aliments contaminés augmente le risque de cancer hépatique, d’autant plus chez les personnes atteintes d’hépatite B ou C. En France, il existe une limite de taux d’aflatoxines pour la mise sur le marché de produits alimentaires, notamment d’importation, mais les personnes ayant vécu dans un pays où sévit cette toxine sont exposées à ce facteur de risque.
    • Le chlorure de vinyle : c’est un produit chimique employé dans la fabrication de certains plastiques comme le PVC. Il a été reconnu cancérigène pour le foie en 1987 et son utilisation dans l’industrie est désormais strictement encadrée pour préserver la santé des travailleurs : les cancers du foie dus au chlorure de vinyle deviennent rares en France. Pour en savoir plus sur les risques professionnels
  • Les stéroïdes anabolisants : ces produits précurseurs d’hormones masculines, utilisés par certains sportifs et culturistes pour augmenter la masse musculaire, accroissent légèrement le risque de cancer du foie. Un suivi médical régulier est donc recommandé aux sportifs utilisant des stéroïdes anabolisants.
  • Le virus de l’hépatite D, très rare en France, ou certains parasites, comme des amibes ou des vers, augmentent les risques de cancer du foie.

La stéatose hépatique non alcoolique (SHNA)

Également appelée « maladie du foie gras » ou « maladie du soda », la stéatose hépatique non alcoolique (SHNA) est une maladie du foie liée à de mauvaises habitudes alimentaires et la sédentarité. Elle atteint essentiellement des personnes en surpoids ou obèses, souffrant de diabète et/ou présentant un taux de triglycérides élevé.

La SHNA correspond à une accumulation de graisse dans le foie qui entraîne une inflammation chronique. L’atteinte hépatique peut provoquer une fibrose, voire une cirrhose qui augmentent le risque de cancer du foie. Toutefois, on sait aujourd’hui que le SHNA peut être à l’origine d’un cancer du foie en l’absence de cirrhose dans environ un quart des cas.

La SHNA prend de l’ampleur dans les pays industrialisés et concernerait aujourd’hui 16 % des Français. Bien que le risque de carcinome hépatocellulaire soit très faible pour chaque personne atteinte de SNHA, la SNHA serait aujourd’hui associée à 20 % des cas de cancers du foie. C’est un facteur de risque émergent du cancer du foie qui pourrait à l’avenir être plus important que l’infection par le VHC.

La prise en charge de la stéatose hépatique non alcoolique au plus tôt de son évolution réduit le risque de cirrhose et de cancer du foie.

Des maladies rares prédisposantes

Plusieurs maladies rares peuvent augmenter le risque de cirrhose et de cancer du foie, par exemple :

  • La cholangite biliaire primitive, également appelée cirrhose biliaire primitive, cette maladie auto-immune touche 1 personne d’âge mûr sur 1 000, principalement des femmes. Elle provoque une fibrose progressive, puis une obstruction des canaux biliaires. La bile s’accumule dans le foie, qui se peut se fibroser jusqu’à la cirrhose.
  • L’hémochromatose héréditaire : cette maladie conduit à un stockage excessif du fer provenant des aliments. Son évolution entraîne des lésions hépatiques graves, telles que la cirrhose. Un dépistage de la maladie est souvent proposé aux personnes dont au moins l’un des parents au premier degré est atteint ou qui présentent à la fois une anémie (baisse des globules rouges dans le sang) et une anomalie du métabolisme du fer.
  • D’autres maladies génétiques, comme la maladie de Wilson qui entraîne une surcharge en cuivre au niveau du foie, augmentent les risques de cancer hépatique.

La prise en charge de ces maladies réduit le risque d’évolution vers une cirrhose, et par conséquent vers un cancer du foie.

Ce dossier a été réalisé grâce au concours du Pr Julien Calderaro, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier au sein du Département de Pathologie de l’hôpital Henri Mondor (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris).