Comment garder l'appétit pendant les traitements ?

Nausées, vomissements, goût métallique dans la bouche, sans compter la fatigue qui n’arrange pas les choses... : s’alimenter peut vite devenir une épreuve. Des solutions pratiques, toutes simples existent pour retrouver le plaisir de passer à table.

01 mai 2026 Dernière mise à jour : 07-08-2026

Mâcher et/ou déglutir est difficile ? Les odeurs de cuisine vous insupportent ? Vous avez l’impression que tout a un goût de fer et du coup, plus rien ne vous fait envie ? Ces difficultés sont partagées par un très grand nombre de personnes qui traversent un cancer.

Règle n° 1 : écoutez vos envies même si elles bousculent vos habitudes.

Règle n° 2 : ne vous forcez pas.

Règle n° 3 : si vous êtes trop fatigué∙e pour cuisiner, faites-vous aider par votre entourage. Pratiquez le batch cooking (préparer plusieurs repas pour la semaine à venir en une seule session), ou bien réalisez des repas simples en plus grande quantité et congelez-en des portions. N’hésitez pas aussi à faire une réserve de produits et de plats cuisinés tout prêts, si possible, de bonne qualité. Pour cela, vérifiez-en le Nutri-Score et assurez- vous qu’ils ne contiennent pas trop d’ingrédients ultra-transformés. Comment les repérer ? En vous demandant si vous avez déjà acheté en magasin cet ingrédient ou si vous l’avez déjà cuisiné vous-même. Et si la liste compte des E en pagaille, c’est un signe !

Autre option : faites-vous livrer vos repas. Renseignez-vous sur les services de livraison de repas à domicile auprès de votre mairie. Quoiqu’il en soit, « si votre alimentation est adaptée à vos symptômes, elle sera bénéfique. Elle peut même aider à prévenir certaines complications digestives liées aux traitements », explique Émilie Masi, diététicienne à Paris.

Conseils ciblés, symptôme par symptôme

Perte d’appétit

Fractionnez les repas. Favorisez les aliments « plaisir » (mais de préférence denses en énergie et protéines), le plateau-repas devant la télé, les petits plats appétissants et bien présentés (dans une jolie vaisselle) pour stimuler l’envie.

Perte de poids /dénutrition

L’essentiel, répétons-le, est d’avoir un apport en protéines suffisant (entre 100 et 150 g/repas) et d’enrichir l’alimentation en ajoutant des matières grasses (beure, huile, crème fraîche, fromage râpé dans les soupes, les quiches, les tartes) et du sucre (sucre, miel, confiture, biscuits…). Votre médecin pourra introduire ce qu’on appelle des Compléments nutritionnels oraux (CNO) sous forme de jus de fruits, boissons lactées, potages, crèmes dessert, biscuits ou poudre de protéines (neutre en goût, elle s’intègre facilement dans des soupes, desserts lactés…). Si les aliments ou les CNO ne suffisent pas, une alimentation artificielle sera envisagée pour vous soulager. Il s’agira d’une alimentation liquide apportée par voie entérale (via une sonde passant par le nez et allant jusque dans le tube digestif), ou une alimentation parentérale (par voie intraveineuse).

En cas de goût métallique

Évitez les couverts en métal (préférez le bois ou bambou) ainsi que les aliments contenant beaucoup de fer (viande rouge notamment). Privilégiez alors les protéines végétales ou intégrez les produits carnés dans d’autres aliments (cake, purée) afin qu’ils ne soient pas en contact direct avec les muqueuses de la bouche.

Bon à savoir

Mâcher du basilic, de la coriandre ou du persil frais avant le repas, diminue le goût métallique. À éviter : les températures élevées qui l’augmentent.

Perte du goût

Donnez davantage de saveur aux aliments en ajoutant aromates et condiments : sel, sucre, citron, herbes ou épices comme le basilic, la muscade, la cannelle, le persil, le curry, la coriandre… Optez pour des aliments forts en goût comme les fromages ou certains poissons… Pour stimuler votre palais et papilles, prenez une boisson acidulée ( jus de fruit) avant de commencer le repas, et adoucissez votre plat avec un corps gras.

Un atelier culinaire pour les patients ORL

Avec ses collègues médecins nutritionnistes Nathalie Ho Hio Hen et Bruno Raynard, Séverine Guezennec, diététicienne à Gustave Roussy (Villejuif), a imaginé un atelier culinaire gourmand pensé pour les patients suivis pour un cancer ORL. Objectif : les aider à mieux s’alimenter malgré leurs difficultés (manque de salive, douleurs, déglutition compliquée…). Premier rendez-vous : « Comment préparer des textures modifiées à domicile ? ». Sous la houlette d’Eugénie Béziat, cheffe étoilée du Ritz Paris, les participants ont appris à préparer un flan d’asperges vertes à la cardamome, une panna cotta au coulis de mangue… de quoi retrouver le plaisir de passer à table.

En cas de nausées

Souvent causées par des odeurs, évitez les aliments trop chauds ou trop épicés et à odeur forte. Privilégiez les aliments ne nécessitant pas de cuisson (jambon blanc, pain, yaourts…) ou préférez les cuissons vapeur (en papillote ou au micro-onde) qui dégagent moins d’odeurs. Mangez dans un lieu ventilé et faites-vous aider pour préparer les repas. Buvez de petites gorgées d’eau toutes les 15/20 minutes. L’astuce pour calmer la nausée ? Ingérer une petite quantité d’aliments ou sucer un bonbon. Vous pouvez aussi prendre une ½ cuillère à café de bicarbonate de sodium dans un verre d’eau moyen, 1 à 2 fois par jour.

Enfin, certaines plantes, comme le gingembre sous toutes ses formes, les infusions de fenouil, camomille ou encore de clou de girofle, peuvent soulager les nausées (et les vomissements).

En cas de vomissements

Votre médecin vous prescrira sans doute des antiémétiques (médicaments contre les vomissements). Mais ce qui aide aussi, c’est de fractionner les repas en les étalant tout au long de la journée pour ne pas avoir l’estomac vide. Autres astuces : s’orienter vers des textures molles, mousseuses ou carrément mixées ; privilégier des aliments peu gras et tièdes car cela facilite le travail de digestion. Ne vous allongez pas tout de suite après le repas pour ne pas faire remonter le bol alimentaire, attendez 30 min assis (ou debout). Buvez une infusion de gingembre, anis étoilé, camomille…

« Quand je suis rentrée chez moi après l’ablation de mon estomac, j’avais perdu 12 kilos. Se nourrir sans estomac, même si l’intestin grêle prend le relais, c’est très difficile. On m’a d’abord prescrit une nutrition artificielle à domicile. Ensuite, guidée par un diététicien qui venait à la maison, et avec l’aide de mon mari, j’ai pu remanger des textures adaptées, plus faciles à digérer : d’abord sous forme liquide, mixée, puis des aliments mous. »

MARIE-ANNE, 70 ANS, DIAGNOSTIQUÉE D’UN CANCER À L’ESTOMAC EN 2024

En cas de diarrhée

Évitez le lait, les légumes et les fruits crus, riches en fibres, ainsi que les aliments très gras. Privilégiez les carottes, courgettes cuites, le riz, les pâtes, les bananes mûres, les compotes de pommes ou la gelée de coings. Compensez la déshydratation en buvant de l’eau, de la tisane ou une boisson à base de cola dégazéifié. En parallèle, faire une cure de probiotiques ou de psyllium est une bonne idée.

En cas de constipation

Tout ce qui est proscrit en cas de diarrhée est ici conseillé : les aliments riches en fibres, fruits et légumes, légumineuses, pain et céréales complets, ainsi que ceux riches en eau (pommes, courgettes, épinards…), les jus de fruits (raisin ou pruneau) et les fruits secs. Hydratez-vous (1,5 litre tout au long de la journée, en privilégiant les eaux riches en magnésium). Consommez 1 à 2 cuillères d’huile en dehors des repas, pour faciliter les selles. Pratiquez votre activité physique le matin, cela accélère le transit intestinal. Pensez aussi à masser votre bas-ventre.

Quand boire est difficile

Avis d’expert // Émilie Masi, diététicienne

Pour soulager nausées, goût métallique, bouche douloureuse, il y a plein de ruses ! Utilisez une paille, alternez différentes boissons : tisanes et bouillons pas trop chauds, et eau. Si celle-ci ne vous fait pas envie, aromatisez-la avec une rondelle de citron ou d’orange ou de concombre, des fruits rouges, du gingembre frais, des feuilles de menthe ou de verveine.

Un sirop parfumé – de bonne qualité – est aussi une excellente idée si on reste raisonnable sur la quantité (1 à 2 cuillères à café pour un verre d’eau de 50 cl). Il existe aussi de l’eau gélifiée toute prête, déjà aromatisée ou non, vendue en parapharmacie. Idéale quand on a vraiment du mal à avaler.

 

Contre les mucites

Validée internationalement, la photobiomodulation, une approche non médicamenteuse utilisant une lumière rouge (voir ci-contre), est aujourd’hui le traitement de référence des mucites (inflammation des muqueuses de la bouche). Malgré cela, elle n’est pas encore proposée partout. En 2026, plus de 80 centres hospitaliers en avaient la capacité en France. Son déploiement s’accélère. Afin de trouver un établissement équipé près de chez vous, consultez le site de Gustave Roussy qui propose une carte régulièrement mise à jour recensant tous les points où on peut en bénéficier :
gustaveroussy.fr/oncolum-centre-de-photobiomodulation-en-oncologie-patients

Lorsque cette technologie n’est pas disponible, il est possible de prévenir et soulager les mucites en combinant une hygiène bucco-dentaire douce et une alimentation adaptée. Utilisez une brosse à dents souple, voire extra souple, et un dentifrice sans agent irritant. Faites régulièrement des bains de bouche sans alcool, à l’eau gazeuse. Alternative : diluer ½ cuillère à café de bicarbonate de soude dans un verre d’eau tiède.

Hydratez-vous bien toute la journée (petites gorgées) et activez la salivation en mâchant des chewing-gums ou en suçant des pastilles. Pour protéger la muqueuse avant le repas, prenez un corps gras (par exemple 2 cuillères à café d’huile de coco), et recrachez l’excédent. Au niveau alimentaire, préférez les produits mixés et onctueux (sauces, crèmes, lait, laitages) et les aliments liquides et semi-liquides (crèmes, compotes, milkshakes, glaces, soupes enrichies), pas trop chauds. En cas de douleur, buvez à la paille pour réduire le contact avec la bouche et sucez des glaçons (le froid a des vertus anesthésiantes).

Et après les traitements, on mange quoi ?

Vos traitements sont terminés ? Rassurez-vous, votre appétit va peu à peu revenir. Laissez à votre corps le temps de reprendre des forces, tout en étant à l’écoute de ses besoins. Votre oncologue pourra le cas échéant vous orienter vers un∙e diététicien∙ne. Elle élaborera un plan alimentaire en fonction des interventions chirurgicales subies ou des traitements (hormonothérapie, immunothérapie…). En dehors de toute situation de dénutrition, vous reviendrez progressivement à une alimentation « normale », comme en population générale, conforme au Programme national de nutrition santé1.

L’objectif est de ne pas développer de surpoids ou d’obésité dont on sait qu’ils augmentent le risque de certains cancers2. Tenté∙e par un régime miracle pour éviter une récidive ? « Hélas, il n’existe pas d’aliments anti-cancer ! », souligne la Pr Mahasti Saghatchian. Certains aliments sont considérés comme protecteurs, comme les fruits et les légumes mais aucun aliment n’est capable à lui seul de prévenir ou de guérir un cancer. Ce qu’il faut, c’est limiter les aliments trop gras, salés, et sucrés, varier les couleurs dans son assiette car derrière chaque couleur se cache des vitamines, nutriments ou des fibres qui sont la clé d’une bonne protection. Éviter les aliments transformés et privilégier autant que possible le fait-maison, et le plaisir ! » En reprenant progressivement vos habitudes alimentaires, une activité physique et en maintenant un poids stable, vous mettrez toutes les chances de votre côté.

Et l'alcool ?

En dehors de tout traitement, un petit verre lors des repas de fête est autorisé. Mais cela doit rester occasionnel ! Si Santé publique France recommande de ne pas dépasser 2 verres d’alcool par jour et 10 verres par semaine, l’augmentation du risque de cancer du sein commence à partir d’une consommation régulière d’1 verre par jour, et toute quantité consommée d’alcool est délétère après un cancer des voies aéro-digestives supérieures. Et ce, quelle que soit la boisson ingérée (vin, bière, spiritueux). En cause ? L’éthanol, présent dans toutes les boissons alcoolisées. Métabolisé par l’organisme en acétaldéhyde, un composé toxique, il peut endommager l’ADN des cellules.

Sources : wcrf.org ; reseaunacre.eu ; cancer.fr

« La chimio modifiant le goût, j’ai dû me passer de ma drogue quotidienne, le chocolat noir, qui me laissait un goût de carton dans la bouche. Je ne pouvais avaler que des pâtes au ketchup – moi qui n’en mangeais jamais avant –, et des petits morceaux de tarte aux pommes. Heureusement qu’une diététicienne m’avait conseillé dès ma première cure de manger ce dont j’avais envie sans trop me soucier de “diététique”, ça m’a permis de ne pas culpabiliser. »

CATHERINE, 66 ANS, DIAGNOSTIQUÉE D’UN CANCER DU SEIN EN 1997, 2020 ET 2024

Références

Ce dossier a été réalisé avec le concours de :

  • Pr Mahasti Saghatchian, cheffe du pôle oncologie de l’hôpital Américain de Paris,
  • Dr Véronique Pelagatti, pharmacienne à l’Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole,
  • Dr Camelia Billard-Sandu, responsable du diplôme universitaire de photobiomodulation dans les soins oncologiques de support, à Gustave Roussy (Villejuif),
  • Émilie Masi, diététicienne-nutritionniste, intervenante à la maison RoseUp à Paris,
  • Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition (UDEN) à Gustave Roussy (Villejuif),
  • Dr Bernard Srour, chercheur en épidémiologie nutritionnelle (INSERM U1153, Université Sorbonne Paris Nord, INRAE, Cnam) et coordinateur du réseau NACRe (Nutrition, Activité physique, Cancer, Recherche),
  • Dr Pierre Senesse, responsable de l’Unité transversale de nutrition clinique à l’Institut de cancérologie de Montpellier (ICM),
  • Dr Nicolas Benech, gastroentérologue au Centre de recherche en cancérologie à Lyon.

Ce dossier a bénéficié d’une relecture du Réseau NACRe.

1. Voir le site : mangerbouger.fr
2. Nutrients. 2022 Jul 19;14(14):2958.