Le tabagisme en France
Le tabagisme est la première cause de décès évitable dans le monde. Il est aussi à l’origine de plus de 45 000 cas de décès par cancer chaque année en France.
01 septembre 2024 Dernière mise à jour : 11-09-2026
Les chiffres de la consommation de tabac en France
Après quasi 40 ans de baisse du tabagisme en France métropolitaine, plus de trois personnes de 18-75 ans sur dix déclaraient encore fumer (31,8 %) en 2022, et un quart fumer quotidiennement (24,5 %). La consommation quotidienne a été marquée par une décrue importante entre 2016 et 2019 (de 29,4 % à 24 % en métropole) mais la prévalence s’est stabilisée entre 2019 et 2022. Les hommes fument davantage que les femmes (27,4 % de tabagisme quotidien, contre 21,7 %). En comparaison, d’après l’OMS, en 2021, la prévalence du tabagisme était de 17 % aux États-Unis, de 11,4 % en Australie et de 13,9 % au Royaume-Uni. Le tabagisme était également moins fréquent dans les pays limitrophes de la France : 20,5 % en Allemagne, 22,8 % en Italie et 26,1 % en Espagne.
Le tabagisme est marqué par des inégalités sociales importantes. La prévalence du tabagisme quotidien est nettement plus élevée lorsque le niveau de diplôme est plus faible : elle varie de 30,8 % parmi les personnes n’ayant aucun diplôme ou un diplôme inférieur au baccalauréat à 16,8 % parmi les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat. Enfin, parmi les 18-64 ans, la prévalence du tabagisme quotidien reste nettement plus élevée
parmi les personnes au chômage (42,3 %) que parmi les actifs occupés (26,1 %) ou les étudiants (19,1 %).
Chez les jeunes de 17 ans, le tabagisme quotidien a reculé de façon importante entre 2017 et 2022, en passant de 25,1 % à 15,6 %. Ils étaient toutefois près de la moitié (46,5 %) à avoir expérimenté la cigarette en 2022, en moyenne à l’âge de 15,3 ans. Les filles sont aussi nombreuses que les garçons à faire cette expérience, mais l’usage quotidien est plus souvent le fait des garçons (17 % contre 14,2 %).
L’utilisation de la chicha diminue aussi. En 2017, la moitié des jeunes avaient essayé le narguilé contre un tiers en 2022. L’usage reste majoritairement masculin.
À l’inverse, la tendance est à la hausse pour la cigarette électronique depuis 2016. En 2022, 41,2 % des 18-75 ans déclaraient avoir expérimenté la cigarette électronique et 5,5 % en faisaient usage quotidiennement contre 2,5 % en 2016. Auprès des plus jeunes (13-15 ans), une enquête commandée par ACT-Alliance en 2023 indique que 15 % des adolescents ont déjà utilisé les « puffs » (les cigarettes électroniques jetables) et, parmi eux, 47 % se sont initiés à la nicotine à travers ce dispositif.
Les femmes et le tabagisme
La consommation de tabac quotidienne concernait 21,7 % de femmes en 2022. Elle a augmenté de façon très importante depuis les années 1970, car la cigarette a été souvent considérée comme un symbole d’émancipation. Ainsi, on constate une augmentation de 75 % de consommation de tabac chez les femmes entre 1980 et 2012. Par contre, le tabagisme pendant la grossesse est en diminution. D’après l’Enquête nationale périnatale, 12,2 % des femmes fumaient au 3e trimestre de la grossesse en 2021 avec toutefois de fortes disparités régionales (17,1 % dans les Hauts-de-France contre 5,9 % en Île-de-France par exemple).
Ces incidences du tabagisme féminin sont particulièrement préoccupantes car les femmes présentent un surrisque de maladies liées au tabac par rapport aux hommes, avec une mortalité en proportion plus importante. Le nombre de décès annuels attribuables au tabac a ainsi doublé, passant de 3,1 % de tous les décès féminins à 6,3 % entre 2000 et 2015, alors qu’il a régressé chez les hommes. Entre 2002 et 2012, la mortalité par cancer du poumon a augmenté de plus de 72 % chez les femmes alors qu’elle restait stable chez les hommes. De 2002 à 2015, le taux d’hospitalisation pour exacerbation de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) a doublé chez les femmes, alors qu’il n’augmentait que de 30 % chez les hommes.
Plusieurs études indiquent que les femmes ont plus de difficultés à arrêter de fumer. De nombreux facteurs sont évoqués pour expliquer cette situation : la peur de la prise de poids, des facteurs psychosociaux plus défavorables (plus de familles monoparentales, salaires plus faibles, charge mentale familiale…) et des facteurs génétiques, neurologiques et biologiques, dont le statut hormonal.
Références
Ce dossier a bénéficié du concours du Dr Anne Stoebner-Delbarre, présidente du groupe oncoaddiction Unicancer, administratrice de la Société francophone de tabacologie (SFT), responsable de l’unité d’onco-addiction et de l’ELSA au département des soins de support de l’Institut du cancer de Montpellier (ICM).